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15/04/2011

Vangheluwe et l'inconscience ordinaire

L’interview donnée hier par l’évêque Vangheluwe à une chaîne de télévision privée suscite une vive réaction chez les éditorialistes flamands comme francophones. À juste titre : le personnage, pontifiant, recadre et minimise les accusations contre lui portées. Elles n’ont, dans son esprit, aucun apparentement avec le viol ou la pédophilie. Ses errements, qui n’ont entraîné de sa part ni dévoilement de sa propre nudité ni exhibition de son sexe, a fortiori, pas de pénétration, relèvent selon lui de « moments d’intimité ». Voici donc une relation -de surcroît incestueuse- ramenée au rang d’un banal touche-pipi, ou peu s’en faut.

J’écoute le chœur des offensés s’élever contre l’Indigne. Je partage, du plus profond de moi même, de mon cœur et de ma chair, leur colère et leur dégoût. Mais qu’on ne se méprenne pas ! La réaction de Vangheluwe n’est pas emblématique d’un homme d’Église pédophile : elle est typique d’un pédophile. À se focaliser sur le personnage, son titre et sa « dignité » (sic) épiscopale, on passe à côté de l’essentiel, qui permettrait de mieux lutter contre cet intolérable (et oserais-je le dire, ce quotidien) qui se perpétue, ce déni, cette inconscience ordinaire qui n’est autre qu’une banalisation du mal.

Comment ? En rappelant précisément, haut et fort, y compris face aux familles –je dirais, SURTOUT face aux familles, que les dérives commencent bien en deçà de ce qu’on qualifie usuellement de viol. Tous les pédophiles, mais aussi tous les incestueux se dédouanent en effet de leurs actes en affirmant qu’il n’y a eu « que » contacts, attouchements, éventuellement masturbation, jamais pénétration : donc pas, selon eux ni selon la définition juridique belge, de viol. De surcroît, s’il n’y a pas eu de résistance manifeste, ils récusent le terme d’ »agression sexuelle », qui qualifie justement pourtant la violence psychologique usée pour obtenir, sinon un consentement, la passivité et le silence face à leurs agissements.

Que l’arbre VanGheluwe ne cache pas la forêt. Si ses propos révulsent, paraissent intolérables au travers de la médiatisation exceptionnelle dont il fait l’objet, il faut par ailleurs, ici et maintenant, cesser de minimiser ce que le milieu familial tend à considérer, à l’instar de l’évêque de Bruges comme des « dérapages » ; il faut cesser la tolérance hypocrite d’un milieu social trop souvent porté à couvrir d’un voile pudique ce qu’il sait, et qui n’est pas « si grave, peut-être, que cela ».

Au travers de l’émotion intime que suscite chez moi cette affaire, au-delà du chagrin, de la colère et de la rage qui parfois remontent comme du vomi, je ne trouve pourtant d’autres mots à redire que ceux que j’avais publiés en septembre dernier, en rapport avec la Commission Adriaenssen

Les victimes de pédophilie sont parmi nous. Leur histoire n’est pas secrète, elle est taboue. Toutes les gesticulations médiatiques et politiques ne changeront rien à cette vérité dérangeante: si elles se taisent, souvent, c’est qu’elles ont, au moins une fois, essayé de parler, et qu’elles ont pour la plupart rencontré un silence gêné, embarrassé ou incrédule.  Le battage à l’encontre de l’Église qui a caché ces faits ne doit pas faire oublier le silence des mères complices, des voisins compréhensifs, des connaissances complaisantes; et ceci que l’auteur des faits soit du clergé, ou le plus souvent de la famille.

Bas les masques!

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