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16/09/2011

Préserver l'Alambic

Vous y avez cru, vous, à la réforme copernicienne de l’État Belgique ? Vous y avez cru, à la refondation, à la revivification institutionnelle de ce pays en phase terminale ? Rangez vos rêves, rangez vos espérances. Il n’est question ici, encore et toujours, que de maquignonnage, de trocs, de compromis, ou plus exactement de compromissions. La rénovation politique, seule à même, prioritairement, de sauver ce pays, n’est pas pour demain.

L’alchimiste de jadis sublimait la matière dans l’Athanor, pour trouver la pierre philosophale (celle qui transforme la boue en or) ; aujourd’hui Wim Delvoye brille sur le marché de l’Art en créant Cloaca, la machine à produire de la merde. Je vous laisse choisir la métaphore qui s’applique le mieux aux compromis institutionnels qu’on nous vante, dans le plus pur style monodique ou pravdéen, comme historique. La leçon de ces 500 derniers jours, c’est que les bonimenteurs qui nous servent de politiques n’ont d’autres projets que de préserver l’Alambic.

L’Alambic ? Vous savez, cette machine mystérieuse, qui distille en glougloutant et lâchant des jets de vapeur, de mystérieux élixirs : comme celui de longue vie (au pouvoir), de richesse (passons), de jouvence (idem). Conservés dans des officines (on les appelle des cabinets), consommés en secret, ils donnent à des politiques sclérosées, des administrations vermoulues et des organismes de l’État nécrosés l’illusion qu’ils nous font illusion. Leur radotage sénile, leur sourire édenté, leur odeur de naphtaline révèlent à qui les regarde bien, la plus effrayante caricature d’une démocratie fonctionnelle.

On peut agiter l’épouvantail des nationalismes, des communautarismes, des politiques économiques et autres. La Belgique meurt d’un système consociationaliste dévoyé en particratie, où la notion de Bien Commun n’a plus consistance aucune. Sans projet, sans rêves, sans perspectives, ces vieillards de la pensée, apeurés d’un quelconque changement qui poserait la légitime question de leur légitimité, n’ont plus qu’une ambition : maintenir ce qui les maintient.

Regardons les choses en face : l’Alambic n’est plus qu’une usine à gaz. Ses employés ont beau nous mettre en garde contre les risques d’explosion, j’en suis à me demander si la catastrophe ne serait pas salutaire. Sur les friches, on peut tenter de nouveaux labours, des semailles, des récoltes. Comme jadis : en travaillant solidairement en une corvée commune, puis en dansant ensemble à la fête des moissons.

14/02/2011

Belgique, je t'aime encore... mais fais un effort!

Il a fallu pour me pousser à ce billet une initiative de blogueurs, dont je connais le talent et estime la plume. C’est à cause d’eux, c’est pour eux, aussi que j’entre dans la ronde de ces blogs carnival, et renvoie aux textes de ceux qui m’ont déjà précédé aujourd’hui (voir lien en bas de page). Le but commun ? Écrire un mot de Saint-Valentin à notre chère (de plus en plus, vu l’inflation) Belgique.

Belgique je t’aime encore… mais fais un effort

Ma mie Belgique, pendant que tu te complais encore dans un lit froissé, dans une atmosphère confinée, je t’écris ces quelques mots. Avec un brin de lassitude. Mon cœur n’est pas à la fête : ni percé ni brisé, il s’ennuie de battre à tes côtés par simple routine, celle d’une vie en longue communauté. Tu ne me fais plus rêver. Que deviens-tu? Regarde-toi ! Tu te laisses aller. Tu te laisses aller (air de Charles Aznavour). Je l’avoue, oui : j’ai songé te quitter.

Ce n’est pas ton âge, vois-tu, qui te rend aujourd’hui si peu désirable. C’est ta négligence ; ton abandon ; cette sorte de mélancolie dépressive que tu arbores avec un fatalisme gris; tes crises à répétitions ; tes chamailleries ; tes ridicules et cette forme pathologique d’auto-dévaluation, qui t’amène à souligner à gros traits tes défauts, tes faiblesses : un grimage plutôt qu’un maquillage. Quelle erreur ! Quelle horreur. À qui donc, incomparable, voudrais-tu ressembler ?

On dirait, Belgique, que tu as oublié que tu fus belle, à ta façon. Jamais tu n’eus la prétention fringante d’une Marianne, l’arrogance impériale d’une Albion, ni les ardeurs guerrières d’une Walkyrie : fille de village tu as longtemps continué à porter des sabots, aimer la kermesse et boire de la bière. Tu as gardé le teint frais et l’allant des filles de la campagne et su te dégager de la glaise, construire une démocratie moderne, un pays riche, une sécurité sociale remarquable ; tu as enfanté de grands industriels, des inventeurs, des prix Nobel, d’immenses artistes et des talents en pléthore. En as-tu perdu la fierté ? En as-tu perdu la mémoire? Les médiocres t’ont-ils inoculé Alzheimer?

Ce temps n’est pas si lointain, où ta face placide servait de modèle aux hommes de bonne volonté : ce peut-être le cas encore. Lève-toi, lave-toi, quitte ce peignoir grisâtret, cette humeur de mégère vieillissante. Habille-toi, fais-toi belle : au lieu de pointer tes bourrelets, tes rides, tes cicatrices, de te complaire à te dénigrer devant un miroir, retrouve cela qui t’a fait marcher, courir, danser. Un projet, des rêves, des valeurs qui méritent que tu t’investisses, au lieu de continuer à ainsi végéter. Laisse ces masques de carnaval et ces prétendants médiocres qui veulent tantôt se vautrer dans ton lit, tantôt en emporter les draps.

Ouvre les fenêtres, secoue les polochons, donne un petit coup de froid aux acariens. Redeviens un modèle : retrousse tes manches, sors la pelle, la charrue, et appelle les ouvriers parce qu’aucun champ ne se cultive en tournant les pages d’un ouvrage d’agriculture, un livre de comptes ou l’almanach de Nostradamus. Au soir, sur le banc commun et à la table d’hôte, on pourra dresser les plats d’étain et les chopes, resservir du waterzooi ou de l’oie à l’instar de Visé. Du couscous et du Bortsch aussi. Nous aurons le dos cassé, certes. Mais l’esprit vide de chimères périmées nous pourrons continuer à rêver d’autres demains. Et surtout, nous lever au matin avec la hâte de les construire.

Ma Mie, il est temps de changer d’air, d’accrocher un sourire à ta face, et de retrouver la courageuse obstination qui a fait de toi une patrie aimée. Ma Mie, il est temps de te lever. Laisse les paresseux, les avares, les babeleurs et les politicards, les joueurs de cartes et les discoureurs de tous bords. Il y a des gens dehors qui te trouve encore un charme autre que de douairière. J’aimerais encore danser avec toi, Belgique. Une farandole ou une carmagnole : quelque chose en tous les cas, qui nous échevelle et nous rende le goût d’entreprendre, autre chose, autrement. Ensemble.

Charles Bricman reste ce que tu es http://blog.charlesbricman.be/reste-ce-que-tu-es/

Marie Véja Lettre d’amour et de fierté http://www.lafillede1973.com/1442-lettre-damour-et-de-fie...

Marcel Sel: Saint-Valenthaine  http://blog.marcelsel.com/archive/2011/02/14/saint-valent...

 

Retrouvez le Bien commun, ses archives et ses commentaires sous le nom de domaine et sa plate-forme: http://www.leblogdubiencommun.be/. merci de vous y référer pour laisser votre post'

27/01/2011

Un gouvernement et un référendum?

Il n’y a pas d’issue. La métaphore prémonitoire concernant le « carrousel des négociations » se vérifie. Les tours de manège se succèdent, personne n’est plus à même de décrocher la floche. D’ailleurs, pour quoi en faire ? Tourner encore ? Les citoyens désabusés, assourdis de fanfares diverses et contradictoires, regardent, écoeurés jusqu’à la nausée. Il est temps d’arrêter la ronde infernale, de faire descendre les participants ; il est temps de quitter le champ de la kermesse, ses lumières factices, ses odeurs de gaufres et de frites,  et les slogans racoleurs promettant le gros lot. Nous ne sommes plus à la fête. Le quotidien gris nous happe. Les ruelles de l’avenir sont obscures, et une eau glauque sourd déjà des caniveaux, à gros bouillons.

La Belgique est dans une impasse. Ceux qui nous y ont menés, prisonniers du système qu’ils ont conçu, ne sont plus aptes à nous en sortir. Ou ne le veulent plus, pour certains – peu importe lesquels. Accuser tel ou tel ne réglera en rien l’insoluble problème : cela nourrit simplement la logique des conflits, les rancoeurs qui rendent d’autant plus improbables non pas même un accord, mais simplement une entente. Or de cela, les citoyens sont peut-être encore capables. Encore faudrait-il qu’ils puissent l’exprimer. C’est une des raisons qui m’ont fait marcher, dimanche dernier. Et un motif capable de me faire marcher, encore. Avec une volonté précise.

« Les élections ne changeront rien », nous rétorque-t-on à l’envi -certes : tant que le système électoral verrouillera les votes dans des choix de coalition déterminés a posteriori par les Présidents de partis, nous serons condamnés à être les témoins (pas même les spectateurs) de tractations laborieuses, dont la confidentialité est sensée garantir le succès. Avec l’insuccès que l’on voit. Que le MR entre ou pas dans la ronde des négociations n’y changera guère. C’est une évidence, nous n’en sommes nulle part, les mois écoulés n’ont pas engrangé une moisson, pas même un boisseau –on compte les épis, voire même on les égrène. Tout serait-il réglé que BHV serait à même d’anéantir la récolte: et je gage qu’il se trouvera toujours quelqu’un pour allumer la mèche, susciter l’incendie. Y a-t-il quelqu’un d’encore suffisamment crédule pour imaginer le contraire ?

À la crise actuelle, je ne vois d’autre solution que celle que proposait voici quelques semaines Charles Bricman : la désignation d’un Premier par le Roi, et la présentation d’un gouvernement d’union nationale devant le Parlement. Il y aurait là un véritable test de légitimité, fondé sur un organe réellement, constitutionnellement représentatif : ce que les présidents de partis ne sont pas, faut-il le rappeler ? Ce gouvernement devrait s’attacher prioritairement au socio-économique, car il y a urgence ; mais prévoir parallèlement une consultation populaire –un referendum sur la scission. Si la volonté commune demeure de vivre ensemble, des propositions « coperniciennes » ont été formulées, en dehors de la logique des partis : voyez le groupe de Pavie (circonscription fédérale), le groupe Re-Bel (4 régions, un pays). Elles sont présentement écartées par les Présidents : une raison supplémentaire de les examiner positivement.

Bien sûr, un réferendum fait peur ; bien sûr, il est à craindre que les clivages ne s’accusent, et que la majorité de la population soit en définitive en faveur du divorce. Mais on ne peut artificiellement maintenir un couple, si l’un des deux veut partir. Une minorité ne peut indéfiniment s’opposer à une majorité -si la majorité veut effectivement la scission. Quelle que soit la réponse, sur une question aussi fondamentale, je refuse de laisser décider pour moi et mes concitoyens, des « représentants » qui n’ont pas été élus avec ce mandat.

Finissons-en aussi avec les accusations de « populisme », dès qu’il est question de consulter les citoyens. Cette phobie –qui curieusement semble le fait des partis de gauche- cache la peur de perdre une part de l’emprise particratique, habituée à se draper fallacieusement dans la « démocratie représentative ». Le populisme, c’est Happart disant : « je vous emmerde, j’ai fait 75.000 voix » mais « ce n’est pas à la rue à nous dire ce que nous devons faire ». Le populisme, c’est vendre de la politique électoraliste à coup de slogans, se revendiquer à tout propos « des gens », mais considérer qu’ils sont trop immatures pour décider en connaissance de cause.

Les personnes que j’ai côtoyées dimanche dernier n’étaient pas populistes. C’était des citoyens manifestant dignement le refus d’un système, le refus d’une impasse. Ils n’étaient ni a-politiques, ni anti-politiques. Ils voulaient précisément de la politique.

Autrement.

Le Bien commun est desormais disponible sous le nom de domaine et sa plate-forme: http://www.leblogdubiencommun.be/. merci de vous y référer pour laisser votre commentaire

14/06/2010

Construire des ponts. En sifflant?

Alea jacta est. C’est ainsi que Charles Bricman intitule son dernier billet, en double écho au Tweet de VVQ et à la marche sur Rome de Jules Cesar. Il y confronte les deux vidéos qui passeront sans doute aucun à l’histoire. On les regardera dans 40 ans  sur nos TV 3D, en version restaurée, avec le regard mouillé que nos grands parents ont aujourd’hui en regardant Apocalypse.

Il faut scruter, écouter ces deux vidéos. Les Flamands ont choisi le changement (Bart de Wever); les Francophones ont choisi la stabilité (Elio di Rupo). Voila qui donne à 100% raison au premier, qui, depuis l’avant-dernier baromètre de La Libre, défendait la thèse du divorce irrémédiable des opinions. Je comprends aisément les Flamands qui ont choisi, dans la situation critique qui est la nôtre au sein d’une Europe en crise, de réclamer une réforme radicale. Je ne comprends rien au vote francophone. Les régionales avaient marqué une aspiration au changement, traduite par la poussée des Verts, le discours sur l’éthique, l’appel à un volontarisme positif. Un an plus tard, les quatre partis, tétanisés par la menace du NVA, ont fait une campagne inconsistante, inodore, incolore, insipide -et indistincte. On l’a dite “consensuelle”, alors qu’elle était sans courage, sans vision, sans avenir. Et mensongère. Car un statu quo n’est pas possible, nous sommes poussés avant terme à la gestation d’un embryon que nous n’avons pas conçu.

La suite sur la nouvelle plateforme du Bien commun:

Leblogdubiencommun.be

08/06/2010

Les fleurs du cimetière

Au cimetière, il y a beaucoup de fleurs. La plupart en gerbe, nanties d’un ruban quelquefois hypocrite, du genre “à mon cher…. regretté…. estimé… bien aimé”. Leurs commanditaires assistent à l’office funèbre, puis se retrouvent pour boire un verre à la mémoire du disparu. À mi-voix on évoque le rendez-vous chez le notaire, et in petto on escompte le montant de la succession. Attention, Madame Belgique a des dettes.

Au cimetière, sur les tombes abandonnées, poussent parfois l’une ou l’autre fleur. Elles n’ont pas l’arrogance des roses ou des oeillets, nul ne les regarde, nul ne les admire. Mais parce qu’elles s’enracinent dans la terre, elles ont quelques chances de durer. Ce sont des vivaces, colportées par le vent ou moins poétiquement par un fion d’oiseau.

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