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16/05/2011

Du juste, de l'injuste et du caniveau

Ben Laden est mort. Je n’ai pas pleuré ; je n’ai pas ri ; je n’ai ni dansé ni manifesté. Mais oui, j’ai éprouvé comme un soulagement confus. Pas celui d’une angoisse, non ; plutôt le sentiment que les choses rentraient dans l’ordre ; ou plus exactement encore que c’était selon l’ordre des choses. « Justice est faite », a dit Obama. Non, pourtant, ce n’est pas vraiment cela. L’élimination de Ben Laden n’est pas un acte de justice –enfin, au sens de justice procédant par des voies légales, appuyée sur un jugement, rendue en fonction de lois. Il faut être naïf pour méconnaître la commodité, pour les USA et la communauté internationale, de cette « solution finale », sans autre forme de procès. Mais il faut être malhonnête, aussi, pour la clope au bec et les fesses dans un fauteuil, critiquer les  assassins de l’assassin. Prendre Ben Laden vivant, oui : mais à quel prix ? La mort d’un seul des hommes du commando ? Des prises d’otages pour libérer l’Otage ? Des attentats ? Évoquer le jugement d’Eichmann en regard de cette procédure expéditive est un argument fallacieux: Ben Laden n’était pas l’ultime survivant d’une idéologie morte, mais l’âme, le souffle d’une organisation mortifère bien vivante. Je ne pense pas que le choix posé était LE bon choix ; je pense qu’il était le moins mauvais, en tous les cas le moins risqué en terme de vies humaines, incluant celle de bon nombre d’innocents, étrangers à tous les « Jihads » et à toutes les « justes guerres » contre le terrorisme.

Michèle Martin est en passe d’être libérée. Cette nouvelle a provoqué chez moi un haut-le-corps. Comment ? Déjà ? C’était hier, pourtant, Julie et Melissa, l’horreur de leur enlèvement, de leur mort après de si longs sévices, la marche blanche, les engagements politiques de réforme à tous les niveaux, l’espérance d’une Belgique différente, ou aucun « estompement de la norme » ne pourrait couvrir des dysfonctionnements en cascade. C’était hier, c’était il y a 15 ans : la moitié de la peine requise pour une femme qui fut complice, et qui a continué, face au désespoir des parents et des victimes survivantes, à taire la vérité. Qui la tait encore. Malgré cela, Michelle Martin remplit toutes les conditions d’une libération conditionnelle. Elle y a droit. C’est légal. C’est conforme à la loi. Est-ce « juste » ? En ce de conforme à la décision de justice, oui. Mais qui osera dire en l’occurrence : « justice est faite » ? Elle n’est que « rendue » par un tribunal.

C’est à dessein que j’ai rapproché ces deux événements : les réactions qu’ils génèrent l’un et l’autre m’interpellent. On assiste dans les forums, sur FB et dans les commentaires de blogs un tsunami d’insultes, un dégueulis d’opinions insanes, outrancières, intolérables; une déferlante de boue, une régurgitation de caniveau. On ne peut fermer les oreilles et les yeux sur ce qui s’est passé là ; on ne peut feindre qu’il s’agit là de « dérapages » de la part de quelques « excités », des « primaires », des « Groseilles » ou des « Barakis[1] ».

Le mal est plus profond, je crois. La justice, c’est une institution humaine qui, pour le bien de la collectivité, règle les conflits entre personnes ; elle nous permet de sortir du cycle de la vengeance, de la violence, et elle a su évoluer depuis la loi du talion jusqu’à des peines de substitution. La justice « civilise », n’en déplaise à la meute aux babines retroussées, éclaboussant de sa bave les proies qu’elle rêve de démembrer. Et qui pourtant lui ressemble.

Comment ne pas constater, néanmoins, que la justice, celle du palais et des prétoires, drapée de toge et d’épitoge, ne parle plus (comme la politique), une langue compréhensible au commun des mortels ? Perdue dans ses arguties, ses méandres inextricables, sa jurisprudence, ses niveaux d’appels, elle fait attendre infiniment longtemps la réparation de faits graves, et les peines prononcées sont rarement appliquées jusqu’à leur terme. Si l’avocat et le juge savent que la peine maximale est limitée à  30 ans, et que le condamné est libérable sous certaines conditions au tiers de sa peine, le citoyen continue à l’ignorer, et à vivre comme un double déni de justice l’application allégée de ces condamnations. Déni des jugements, puisque les peines ne correspondent pas, en réalité, au prononcé[2]. Déni de la Justice, avec une majuscule, aussi.

Car la Justice est –aussi, et au-delà- une exigence inscrite au cœur de l’homme. J’ai écrit: au cœur, ce pourrait être dans les tripes, aussi -en tous les cas, pas que dans sa raison, pas que dans des livres, les lois et ni sur les pages d’un registre de sorties d’écrou. Tant pis pour les existentialistes qui condamneront avec condescendance sans doute, ma position jugée idéaliste (tendance Ricoeur), et qui ramèneront la justice dans les bornes du prétoire, donc au « légat ». J’appelle « juste », aussi, surtout, ce qui est conforme à l’équité, cette aspiration indéfinissable à la justice naturelle.

Ainsi, il est « légal » que l’un des trois agresseurs d’un simple voyageur de métro, condamné voici trois ans pour avoir roué de coups et laissé sa victime invalide à 90%, soit sorti de prison aujourd’hui[3]. C’est « juste », aussi, au regard de la justice belge, qui a rendu selon les formes sa sentence. Mais je défie n’importe quel être humain normalement constitué, regardant dans les yeux la victime dont la vie est anéantie –et partiellement celle aussi de sa famille-, d’oser dire que cela est juste, au sens d’équitable. Et que cette libération est légitime.

Justice est faite pour Ben Laden ; justice est rendue pour Michelle Martin. Bien d’autres affaires demeurent en souffrance, nourrissant la colère et la rage en même temps que le sentiment d’impunité. Ce populisme rageur qui se répand comme une trainée de poudre manifeste un désarroi, et une revendication. Vider les mots de leur substance, c’est pervertir le rapport à la réalité. Nous souffrons particulièrement me semble-t-il, de cette dé-signifiance des termes et par conséquent des choses. Une incommunicabilité profonde et je le crains durable s’installe entre le citoyen, les gens de pouvoir, et plus que tous les politiques. L’incompréhension rageuse est aussi une forme d’exigence: celle d’un discours sans équivoque, de règles claires, et d’une application sans dysfonctionnement, sans détournement dans l’esprit, de ce qui constitue la lettre et balise (imparfaitement) notre perfectible démocratie.

Au risque de la perdre…

 

 

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[1] Belgicisme qualifiant quelqu’un vivant dans une “baraque”, une caravane (à l’origine, un forain): désigne une personne grossière, inculte. Voire les précisions sur:http://fr.wiktionary.org/wiki/Discussion:baraki. Synonyme: beauf (France), gros colon (Québec)

 

[2] : peut-on ainsi souligner le paradoxe ridicule d’une condamnation à « perpétuité » (du latin « perpetuus », qui dure toujours ) limitée dans le temps, et qui peut théoriquement tenir en 10 ans ?

[3] http://www.rtl.be/info/votreregion/bruxelles/794081/metro-delta-l-agresseur-libere-sous-conditions-sa-victime-reste-invalide-a-9

09/05/2011

Lady Marianne sort de la forêt de Sherwood.

Le décret Robin des Bois va être remis à plat. C’est Lady Marianne qui l’a dit. Lady Marianne ne siège pas au gouvernement du Prince Jean, ni d’ailleurs celui de Richard-Cœur-de-Lion : elle fait partie du conseil de bande de la forêt de Sherwood. Elle décide, et les ministres exécutent. Et le Parlement ? Pareil.

Dans cette démocratie postiche qui sert de couvert à la particratie, les manants se réjouissent que des brigands défendent leurs droits contre le vilain shérif de Nottingham. Puisque c’est pour leur bien, et qu’il leur reviendra un peu des biens pillés aux méchants.

Oui, mais qui sont les méchants ? Et à qui en définitive profite la déliquescence de l’État et des organes démocratiques ? Le maquis communautaire protège un peu plus encore la forêt de Sherwood. Les Présidents de partis peuvent y asseoir encore mieux leur pouvoir et leur loi. Alors dansez manants, au son de la musette. Dansez, dansez, au son des instruments à vent.

 

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05/05/2011

Twitter, sa faune, sa flore et le Round-Up

Trois questions posées on-line par un twittos, m’ont amenée à accoucher des quelques considérations suivantes concernant :  Twitter, sa faune et sa flore (et accessoirement un désherbant bien connu). Certes, il s’agit d’un billet d’humeur –de mauvaise humeur de surcroît-, mais qui n’exclut pas une interrogation plus fondamentale sur la nature  du réseau social et sur ma liberté. Je le dédie à tous ceux qui ont fait partie de mon équipée twitterienne ces derniers mois, ceux qui, pour des raisons évoquées plus bas, ont jeté l’éponge, ceux qui connaissent le Doute, ceux enfin qui conservent la Foi.

J’aime à le préciser, car je lui reste reconnaissante « par delà les étoiles », c’est @Sucre_Gandhi, lecteur de mon blog qui m’a amenée, voici un an et demi environ, sur le réseau Twitter. J’y ai été accueillie par des « connaissances virtuelles », des gens dont je suivais le flux rss, commentais quelquefois les billets ou qui illustraient les miens. J’ai étoffé ce « premier cercle » de façon excentrique : des politiques bien sûr –de gauche, de droite, en fait de toutes les couleurs- ; des journalistes, publicitaires, designers, photographes, professionnels, étudiants, des amis d’amis, pêchés le jour des « FollowFriday » ; enfin de parfaits inconnus rencontrés au hasard du web et dont la biographie, un twit ou le blog m’ont séduite. Il y a là du belge (francophone et flamand), du français, de l’européen, du québecois et même de l’australien. Je suis aujourd’hui près de 400 personnes. Un quota assez équilibré en rapport d’un peu plus de 900 followers, desquels il faut décompter bien sûr les comptes commerciaux, les curieux de passage ou encore @SarahPalin, qui me fait l’honneur de me suivre depuis que je l’ai associée au mot dinde, le jour de Thanksgiving. Le cœur très actif de ma TL (time-line, pour les non-initiés) compte une bonne centaine de twittos, et je lis avec le même intérêt @recriweb ou Liberal_origin. Pas @SarahPalin.

Il se peut que @SarahPalin soit vexée que je ne la suive pas. Mais voilà, j’ai regardé sa TL, et je ne me trouve aucun point d’intérêt avec elle. Je ne dis pas qu’elle ne présente aucun intérêt, je dis que ses intérêts ne rejoignent pas les miens, ni globalement ceux de qui je fréquente. Elle criera sans doute à l’élitisme, mais bon, c’est ainsi : ai-je encore le droit de choisir avec qui il me plaît de partager, ce qui me plaît, comme il me plaît ? Ou bien le réseau social implique-t-il la même promiscuité (intellectuelle) imposée qu’un métro parisien à l’heure de pointe ? Si c’est le cas, je crois que je préfère descendre à l’arrêt suivant, et musarder tranquillement en marchant sur les quais. En papotant avec des amis, ou bien les hirondelles. Je leur trouve plus de charme qu’au glougloutement de la dinde, au croassement des corbeaux ou au caquetage des perruches.

Ce long exergue pour donner une amorce de réponse à la première  question de @XtopheMincke : sur Twitter « Faut-il ne garder que les gens avec lesquels vous êtes d’accord, et rester entre soi » ?

Ma TL relativement étendue et paradoxale répond sans équivoque: non. Mais ce reste l’intérêt qui conditionne et les échanges. Pour ce motif, je suppose, vous n’êtes pas abonné à @hckGGREN, qui tweete des titres d’ouvrages philosophiques médiévaux et renaissants en latin. Moi bien. Mais je ne suis pas @ProSnookerBlog, qui vous passionne peut-être. Logique, non ?

Par contre, à la deuxième question : « Twitter est-il la table d’un repas entre potes ou un lieu de débats et de combats politiques? », ma réponse sera plus mitigée.

En effet, ce qui m’a séduite dans Twitter, c’est la possibilité d’échanger : des liens, de l’humour, des idées. Entre deux fous rires et nombre d’infos, j’y ai connu quelques véritables débats, argumentés, vifs et néanmoins respectueux. Je saluerai ainsi en passant @KarineLalieux , escrimeuse politique de talent, pour sa cohérence et sa pondération. On peut n’être pas souvent du même avis, et œuvrer ensemble à l’avancée d’un débat.

Malheureusement, et je ne suis pas seule à le constater, cet esprit de débat tend à être transformé par certains, précisément, en « combat ». L’évolution est sensible depuis ces derniers mois, certains « trollémistes »(2) choisissant de s’en prendre systématiquement à des twittos bien ciblés, tronquant les tweets, les manipulant, ou considérant comme vérité avérée de simples présupposés à la pensée du locuteur. Cela a pu passer pour jeu. Ensuite, pour biais de pensée. Que la pratique devienne systématique témoigne finalement d’une malhonnêteté intellectuelle consommée. Certains, fatigués de répondre à tant de mauvaise foi, et n’ayant pas le « tweetclash » comme activité principale, ont choisi une retraite prudente, se cantonnant aux échanges en DM ; d’autres sont passés à des comptes privés ; d’autres enfin ont fermé leur compte ou évoquent un prochain « twicide ».

Plusieurs haussent les épaules et laissent s’écouler cette logorrhée,  encourant stoïquement le reproche de «  discréditation (…) par une censure auto-organisée (…) à l’égard de twittos récalcitrants (…) », et assumant sans état d’âme leur rôle de « petits caporaux en chambre (…) vedettes-censeurs (…)  observateurs et analystes médiocres de l’actualité, intellectuels 2.0 fort médiocres (…) issus de cette élite de masse (sic) fatiguée d’être elle-même et qui a trouvé dans Twitter l’opportunité de vivre une gloriole intello-médiatique qui ne surclasse même pas la télé-réalité. » On ne rit pas svp. On explique compassionnellement au twittos unfollowé quelques principes de bienséance, ou d’amabilité valables dans le monde réel comme virtuel.(1)

Une Time Line est une table ouverte, mais l’hôte s’attend à ce que ceux qui y sont conviés y conservent un minimum de savoir-vivre, de respect et d’éducation. Faut-il en passant rappeler l’étymologie de ce joli mot : e-duqué, c’est, littéralement, « être conduit hors de soi » -être capable d’abandonner, le temps d’une discussion, l’autisme idéologique, les catégorisations réductrices, la polémique stérile. Les insultes aussi, faut-il le préciser ? Oui, hélas, l’expérience et le texte ci-dessus montrent qu’il le faut.

Certains, manifestement, n’ont guère de pratique de la dialectique, et gesticulent à table en donnant de la voix et en pointant leur couteau. D’autres sont bien à même d’en comprendre les ressorts, mais choisissent de se positionner en phalangistes plutôt qu’en interlocuteurs, en idéologues Don Quichottant, pourfendeurs –à la fourchette- de fantasmatiques moulins. C’est leur liberté, comme il est du ressort de la mienne de ne pas ou plus embarquer dans ce « jeu » que je trouve déplaisant et qui plus est, totalement infructueux.

Je ne sais, vu les mets servis à ma table et les joyeux convives qui s’y fréquentent, que répondre à la dernière question: « A quoi mène l’isolement dans le réseau? » .

C’est une question qui me semble relever davantage, pour certains twittos qui se sentent « persécutés », de l’introspection. Pour ma part, je continue à à croître et à m’enrichir des échanges et opinions multiples, parfois –souvent- contradictoires qui fleurissent sur ma TL.  Elle a le charme d’un jardin anglais : un brin fantasque, un brin désordonné, mais plein de surprises. Qu’il se trouve des épines sur les rosiers par ailleurs florissants n’est en soi pas bien grave. Une écharde, une blessure, une goutte de sang font partie des risques pour qui jardine avec cœur, et sans gants. Mais que des ronciers stériles viennent étouffer certaines de mes plus jolies fleurs, et des plus appréciées, je trouve cela déplaisant.

À bon entendeur…

Ps: de fait, j’ai, en un an et demie de pratique twittérienne, défollowé moins de 5 personnes.

(1) À ce propos, l’éthique impose de citer ses sources. C’est une bonne ccasion de rendre le bien pour le mal et donc augmenter la fréquentation d’un blog qui compte 4 lecteurs abonnés. voir l’avant dernier billet de: http://martinfitcke.posterous.com/.

le dernier est consacré à une enquête au bénéfice du KGB, de la Stasi ou de la CIA, on ne sait pas au juste mais Le Grand Inquisiteur vous écoute. PRALEZ!

(2) l’expression « trollémiste » est empruntée à @Phineas_Barnum

22/04/2011

La poule sans tête et la démocratie postiche

C’est un fait : Le gouvernement belge est en vacance(s)[1]. Enfin, le nouveau, celui que nous promettaient les élections du 12 juin 2010. L’autre, l’ancien, court toujours. De façon erratique, d’une entrée en guerre à un budget bricolé pour l’Europe, d’un pansement d’urgence à quelques annonces médiatiques, il subsiste ou persiste –c’est selon. Comme une poule décapitée, le corps malade de la Belgique vacille de-ci, de-là, derrière le grillage du poulailler particratique. Hors de l’enclos, un renard regarde les coqs impuissants se demander que faire sans pouvoir s’accorder. Il faudrait bien trouver une poule aux œufs d’or, que chacun continue à cocoricoter sur son tas de fumier. Donner de la voix pour faire des voix. Et ainsi s’auto-légitimer…

Peut-on dénoncer l’imposture démocratique qui consiste à nous appeler aux urnes pour voter, et aussitôt confisquer nos bulletins pour les remettre dans les mains de présidents de partis ? Peut-on dénoncer l’imposture démocratique qui consiste à multiplier les parlements croupion, remplis de valets obséquieux choisis par les mêmes présidents, pour entériner leurs décisions ? Peut-on dénoncer la servilité de ces « Élus du peuple », d’autant moins portés à critiquer le système qu’ils en bénéficient, puisqu’ils sont placés en ordre utile sur les listes qui leur garantissent leur siège ?

Comment un peuple de citoyens peut-il accepter cette démocratie réduite à un simulacre, confisquée par une présidentocratie de fait? Comment un peuple de citoyens peut-il tolérer des mises en scène parodiques, du genre de celles que j’évoquais dans le billet portant sur la désignation d’un juge à la cour constitutionnelle ? Comment enfin un peuple de citoyens peut-il lire sans bondir les propos d’un chef de file de l’opposition –oui, je dis bien, de l’OPPOSITION- sur l’avenir de la Région wallonne?

« Notre objectif n’est pas de faire une note Octopus au parlement wallon et d’en remettre une couche à Namur qui cristalliserait les positions dans un débat déjà difficile. Le débat est mené pour l’essentiel par les présidents de parti. Dès lors, aller de façon artificielle, pour le symbole, tenir un débat au parlement wallon me paraît en décalage par rapport aux négociations. Ce n’est pas le débat au parlement qui va déterminer leur direction »(Willy Borsus dans La Libre Belgique)

Qu’il ne se trouve aucune voix pour réagir à de tels propos me sidère. Le débat parlementaire est considéré comme « artificiel » par rapport au fonctionnement « naturel », c’est-à-dire la négociation particratique et présidentocratique. Il n’influe aucunement sur la tête du parti. Il est en tous les cas inutile.

Permettez-moi alors une question qu’on qualifiera sans doute de poujadiste : dans de telles conditions, faut-il encore rémunérer, pour la forme, ce ramassis de béni-oui-oui dont le rôle principal semble être strictement postiche. Postiche aux deux sens du mot : faux, fallacieux et « perruque destinée à masquer une calvitie » -en l’occurrence, bien plus que celle-ci : ouvrez les yeux, avec l’État, c’est la démocratie qui est décapitée.

 

 

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[1] VACANCE : Étymologie et Histoire

 

A. 1305-07 « état d’une charge qui est sans titulaire »; 1643 vacance du saint siege ; 1719vacance du Trône par extension 1830 « poste sans titulaire, à pourvoir »  B. 1596 substantif féminin singulier « jour de repos » − 1623 substantif féminin pluriel « les vacances scolaires » (Sorel, Histoire comique de Francion, III, éd. E. Roy, t. 1, p. 188); (source : centre national de ressources textuelles et lexicales : http://www.cnrtl.fr/etymologie/vacance)

    15/04/2011

    Vangheluwe et l'inconscience ordinaire

    L’interview donnée hier par l’évêque Vangheluwe à une chaîne de télévision privée suscite une vive réaction chez les éditorialistes flamands comme francophones. À juste titre : le personnage, pontifiant, recadre et minimise les accusations contre lui portées. Elles n’ont, dans son esprit, aucun apparentement avec le viol ou la pédophilie. Ses errements, qui n’ont entraîné de sa part ni dévoilement de sa propre nudité ni exhibition de son sexe, a fortiori, pas de pénétration, relèvent selon lui de « moments d’intimité ». Voici donc une relation -de surcroît incestueuse- ramenée au rang d’un banal touche-pipi, ou peu s’en faut.

    J’écoute le chœur des offensés s’élever contre l’Indigne. Je partage, du plus profond de moi même, de mon cœur et de ma chair, leur colère et leur dégoût. Mais qu’on ne se méprenne pas ! La réaction de Vangheluwe n’est pas emblématique d’un homme d’Église pédophile : elle est typique d’un pédophile. À se focaliser sur le personnage, son titre et sa « dignité » (sic) épiscopale, on passe à côté de l’essentiel, qui permettrait de mieux lutter contre cet intolérable (et oserais-je le dire, ce quotidien) qui se perpétue, ce déni, cette inconscience ordinaire qui n’est autre qu’une banalisation du mal.

    Comment ? En rappelant précisément, haut et fort, y compris face aux familles –je dirais, SURTOUT face aux familles, que les dérives commencent bien en deçà de ce qu’on qualifie usuellement de viol. Tous les pédophiles, mais aussi tous les incestueux se dédouanent en effet de leurs actes en affirmant qu’il n’y a eu « que » contacts, attouchements, éventuellement masturbation, jamais pénétration : donc pas, selon eux ni selon la définition juridique belge, de viol. De surcroît, s’il n’y a pas eu de résistance manifeste, ils récusent le terme d’ »agression sexuelle », qui qualifie justement pourtant la violence psychologique usée pour obtenir, sinon un consentement, la passivité et le silence face à leurs agissements.

    Que l’arbre VanGheluwe ne cache pas la forêt. Si ses propos révulsent, paraissent intolérables au travers de la médiatisation exceptionnelle dont il fait l’objet, il faut par ailleurs, ici et maintenant, cesser de minimiser ce que le milieu familial tend à considérer, à l’instar de l’évêque de Bruges comme des « dérapages » ; il faut cesser la tolérance hypocrite d’un milieu social trop souvent porté à couvrir d’un voile pudique ce qu’il sait, et qui n’est pas « si grave, peut-être, que cela ».

    Au travers de l’émotion intime que suscite chez moi cette affaire, au-delà du chagrin, de la colère et de la rage qui parfois remontent comme du vomi, je ne trouve pourtant d’autres mots à redire que ceux que j’avais publiés en septembre dernier, en rapport avec la Commission Adriaenssen

    Les victimes de pédophilie sont parmi nous. Leur histoire n’est pas secrète, elle est taboue. Toutes les gesticulations médiatiques et politiques ne changeront rien à cette vérité dérangeante: si elles se taisent, souvent, c’est qu’elles ont, au moins une fois, essayé de parler, et qu’elles ont pour la plupart rencontré un silence gêné, embarrassé ou incrédule.  Le battage à l’encontre de l’Église qui a caché ces faits ne doit pas faire oublier le silence des mères complices, des voisins compréhensifs, des connaissances complaisantes; et ceci que l’auteur des faits soit du clergé, ou le plus souvent de la famille.

    Bas les masques!

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