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06/08/2011

De la parole performative. Dieu, Voldemort et « Les Marchés »…

Dans la série « je me la pète avec un langage châtié», abordons aujourd’hui l’expression « parole performative ».

Emprunté à la linguistique, et en particulier à la théorie d’Austin, le mot « performatif » désigne, en parlant d’énoncés ou d’actes de langage :

Ce qui réalise une action par le fait même de son énonciation.

Le lecteur un brin plus curieux, soucieux de développer la définition, consultera l’outil formidable du Centre national de ressources textuelles et lexicales: (http://www.cnrtl.fr/definition/performatif). Les autres attendront sans doute des exemples, en guise d’éclaircissement.

Illustrons donc ce qui précède de quelques paroles performatives bien connues:

La toute première, d’abord, au sens où, selon la Bible,  elle devancerait même le Temps. Dieu dit : « que la lumière soit », et la lumière fût. La chose advient, en même temps que le mot (Logos, en grec, Verbum, en latin) est prononcé : la parole performative crée, réalise, inscrit dans le réel. D’aucuns tentent de nous faire accroire que, de la même façon, Moody’s, Standard and Poors et Fitch disent « tel pays risque d’avoir des problèmes de solvabilité »… et les problèmes arrivent.

Autre exemple : dans le rite catholique, l’officiant dit : « je vous déclare unis par les liens du mariage » … et vous êtes indissolublement lié à votre conjoint, comme la Grèce à sa dette, par les bons offices des grands prêtres d’une quelconque secte (genre groupe de Bildenberg) dont les acolytes s’appelleraient Barroso, Juncker ou Trichet

Dernier exemple, enfin,:  Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom lance le sortilège « endoloris », et sa victime se tord dans les soubresauts d’affreuses douleurs : un peu comme ces pauvres hères soumis aux coupes sombres des budgets sociaux, au cœur même des démocraties ou des régimes apparentés (nominativement).

Oui, je sais, mes illustrations sentent un peu trop le manifeste des Indignés, ça fait à la fois anarcho-bobo, lutte ouvrière, gauche-gauche, rouge-rouge, grand soir et Internationale. Ce qui, pour l’observateur superficiel, colle assez mal avec un joli tailleur et des talons aiguilles, l’amour du cappuccino Nespresso et Nietzsche dans la bibliothèque. Notez que je porte aussi à l’occasion T-shirt No Marque, short délavé  et bottines de rando, que j’achète équitable, soutiens le microcrédit et idolâtre Steinbeck. Pas de simplisme svp. Car enfin pour n’être guère partisane des sittings, campements, manifs, banderoles et expression grégaire de ma colère, force est de reconnaître que je partage avec certains Indignés nombre de constats. Je les partage en tant que libérale démocrate, ce que vous aurez le bon goût de ne pas associer à un quelconque parti, ni à une dichotomie gauche-droite particulièrement réductrice en l’occurrence.

Reprenons le fil de notre sujet. La haute finance, les bourses, les marchés n’usent pas, quoi qu’en disent eurocrates et politiciens frileux, de parole performative. Ce sont, pour recourir à des références harrypotteriennes, simplement des Detraqueurs. Ils sèment le doute, l’anxiété et le désespoir, mais n’ont en définitive de pouvoir que sur les petits sorciers : ceux qui faute d’ambition ou d’envergure se sont soumis par intérêt à Vol-de-Mort-à-la-démocratie.

Les intérêts particuliers de ces politiciens médiocres ont trop souvent prévalu sur le Bien Commun, et le peuple des Moldus découvre avec stupeur les privilèges qu’ils se sont arrogés. Ce sont ces mêmes intérêts, ces mêmes privilèges qui les ligotent aujourd’hui, les aliènent, les rendent définitivement impuissants, incapables de lutter contre les forces du Côté Obscur. Non, je ne confonds pas Harry Potter avec Star Wars. C’est que la sage Hermione a décidément un côté casse-bonbons et que je lui préfère le charme un brin rebelle de Princesse Leia. Question de tempérament je crois.

Revenons à nos moutons. Belges, précisément. A Madrid, en Italie à, ailleurs encore une vive réaction se fait jour contre la corruption politique et le grippage des institutions ; le gouvernement espagnol a démissionné et les potentats italiens vacillent ; en Belgique, malgré les rapports successifs de Transparency International, le citoyen en pantoufles ne s’émeut plus de rien. On lui a enseigné que ce pays était celui des compromis, alors qu’il n’est plus, depuis longtemps, que celui des compromissions. La régionalisation, la communautarisation, l’incroyable complexification institutionnelle ont servi l’inflation d’un personnel politique pléthorique, et qui, n’en déplaise aux ânes brayant sous le bâton, répond assez bien à l’image qu’en esquissait certain fonctionnaire de la STIB (paix à son âme).

En particulier, n’importe quelle démocratie fonctionnelle, c’est à dire composée d’abord de citoyens vigilants,  protesterait et obtiendrait la démission d’un ex-ministre de Haut Vol (ceci moins en rapport avec ses compétences aéronautiques que ses émoluments) : qu’il prétende par la grâce de l’ingénierie fiscale faire échapper son plantureux salaire à l’impôt est la dernière des avanies de la part d’un Elu qui vit des largesses du contribuable. Faut-il que notre sens moral, notre conception de la politique soient à ce point dépravés pour tolérer de tels abus ? Faut-il que le troupeau soit résigné à la tonte, pour qu’aucun bêlement ne s’élève même contre cette impudence ? Faut-il que le baume des belles paroles et des promesses électorales masque les effluves qui émanent de l’abattoir où on nous mène ? Je désespère. De vous, de nous, peuple sans citoyenneté. Sans projet de vivre-ensemble, donc sans avenir…

Éduquons-nous, instruisons-nous, cultivons notre sens politique : impliquons-nous avec plus de vigilance et de vigueur dans le respect des principes démocratiques. L’enjeu de ce combat n’est pas la défense d’un quelconque pouvoir d’achat, d’acquis sociaux ou autre slogan racoleur.  L’enjeu réel aujourd’hui et demain est notre capacité d’exercer un pouvoir politique, l’enjeu est d’élire des représentants, et pas des marionnettes dont d’autres tirent les fils, l’enjeu est l’efficacité d’une gouvernance, pour un PROJET et non comme un objet. Car un gouvernement n’est pas un échiquier où une main obscure déplace des pions, une table de poker où chacun ment essayant de remporter la mise, ce n’est pas un Monopoly où s’acquièrent et où s’échangent des portefeuilles, des rentes, des prébendes. Gouverner, c’est étymologiquement « tenir le gouvernail du navire », être capable de barrer  en cas de tempête, d’amener ou de donner de la voile, tenir un cap, et non se laisser ballotter par les flots. Et ce cap, il est à définir collectivement. Concitoyennement. Pas par des lobbies, des groupes de pression, des groupes d’intérêts : y compris les nôtres propres, y compris ceux des partis qui prétendent les défendre et ainsi nous « représenter ».

J’ai refermé bien des grimoires dont le contenu m’a déçu, j’ai perdu avec l’âge quelques-uns de mes sortilèges, je n’ai pas de baguette magique. Néanmoins, contre toutes les paroles qu’on nous dit être performatives et en particulier celle des « marchés » , je m’accroche encore à une chose : notre capacité d’invoquer, contre le malheur et le Mal, le patronus de l’esprit critique et celui de la liberté de pensée. Dans le combat sans merci contre la démocratie fictionnelle, puissent Harry Potter et Kant nous seconder.

La paresse et la lâcheté sont les causes qui font qu’une si grande partie des hommes, après avoir été depuis longtemps affranchis par la nature de toute direction étrangère restent volontiers mineurs toute leur vie, et qu’il est si facile aux autres de s’ériger en tuteurs. Il est si commode d’être mineur !

Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières, 1794

10:28 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dans la série « je me la pète avec un langage châtié», abordons aujourd’hui l’expression « parole performative ». empr, et en particulier à la théorie d’austin, le mot « performatif » désigne, en parlant d’énoncés ou d’actes de langage : ce qui réalise une, soucieux de développer la définition, consultera l’outil formidable du centre national de ressources t, en guise d’éclaircissement. illustrons donc ce qui précède de q, d’abord, au sens où, selon la bible, elle devancerait même le temps. dieu dit : « que la lumière soit, et la lumière fût. la chose advient, en même temps que le mot (logos, en grec, verbum, en latin) est prononcé : la parole performative crée, réalise, inscrit dans le réel. d’aucuns tentent de nous faire accroire qu, de la même façon, moody’s, standard and poors et fitch disent « tel pays risque d’avoir des, l’officiant dit : « je vous déclare unis par les liens du mariag, comme la grèce à sa dette, par les bons offices des grands prêtres d’une quelconque secte (, juncker ou trichet dernier exemple, enfin, : celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom lance le sortilège, et sa victime se tord dans les soubresauts d’affreuses douleurs , au cœur même des démocraties ou des régimes apparentés (nominati, je sais, mes illustrations sentent un peu trop le manifeste des indignés, ça fait à la fois anarcho-bobo, lutte ouvrière, gauche-gauche, rouge-rouge, grand soir et internationale. ce qui, pour l’observateur superficiel, colle assez mal avec un joli tailleur et des talons aiguilles, l’amour du cappuccino nespresso et nietzsche dans la bibliothèqu, short délavé et bottines de rando, que j’achète équitable, soutiens le microcrédit et idolâtre steinbeck. pas de simplisme , campements, manifs, banderoles et expression grégaire de ma colère, force est de reconnaître que je partage avec certains indignés n, ce que vous aurez le bon goût de ne pas associer à un quelconque, ni à une dichotomie gauche-droite particulièrement réductrice en, les bourses

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