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22/04/2011

La poule sans tête et la démocratie postiche

C’est un fait : Le gouvernement belge est en vacance(s)[1]. Enfin, le nouveau, celui que nous promettaient les élections du 12 juin 2010. L’autre, l’ancien, court toujours. De façon erratique, d’une entrée en guerre à un budget bricolé pour l’Europe, d’un pansement d’urgence à quelques annonces médiatiques, il subsiste ou persiste –c’est selon. Comme une poule décapitée, le corps malade de la Belgique vacille de-ci, de-là, derrière le grillage du poulailler particratique. Hors de l’enclos, un renard regarde les coqs impuissants se demander que faire sans pouvoir s’accorder. Il faudrait bien trouver une poule aux œufs d’or, que chacun continue à cocoricoter sur son tas de fumier. Donner de la voix pour faire des voix. Et ainsi s’auto-légitimer…

Peut-on dénoncer l’imposture démocratique qui consiste à nous appeler aux urnes pour voter, et aussitôt confisquer nos bulletins pour les remettre dans les mains de présidents de partis ? Peut-on dénoncer l’imposture démocratique qui consiste à multiplier les parlements croupion, remplis de valets obséquieux choisis par les mêmes présidents, pour entériner leurs décisions ? Peut-on dénoncer la servilité de ces « Élus du peuple », d’autant moins portés à critiquer le système qu’ils en bénéficient, puisqu’ils sont placés en ordre utile sur les listes qui leur garantissent leur siège ?

Comment un peuple de citoyens peut-il accepter cette démocratie réduite à un simulacre, confisquée par une présidentocratie de fait? Comment un peuple de citoyens peut-il tolérer des mises en scène parodiques, du genre de celles que j’évoquais dans le billet portant sur la désignation d’un juge à la cour constitutionnelle ? Comment enfin un peuple de citoyens peut-il lire sans bondir les propos d’un chef de file de l’opposition –oui, je dis bien, de l’OPPOSITION- sur l’avenir de la Région wallonne?

« Notre objectif n’est pas de faire une note Octopus au parlement wallon et d’en remettre une couche à Namur qui cristalliserait les positions dans un débat déjà difficile. Le débat est mené pour l’essentiel par les présidents de parti. Dès lors, aller de façon artificielle, pour le symbole, tenir un débat au parlement wallon me paraît en décalage par rapport aux négociations. Ce n’est pas le débat au parlement qui va déterminer leur direction »(Willy Borsus dans La Libre Belgique)

Qu’il ne se trouve aucune voix pour réagir à de tels propos me sidère. Le débat parlementaire est considéré comme « artificiel » par rapport au fonctionnement « naturel », c’est-à-dire la négociation particratique et présidentocratique. Il n’influe aucunement sur la tête du parti. Il est en tous les cas inutile.

Permettez-moi alors une question qu’on qualifiera sans doute de poujadiste : dans de telles conditions, faut-il encore rémunérer, pour la forme, ce ramassis de béni-oui-oui dont le rôle principal semble être strictement postiche. Postiche aux deux sens du mot : faux, fallacieux et « perruque destinée à masquer une calvitie » -en l’occurrence, bien plus que celle-ci : ouvrez les yeux, avec l’État, c’est la démocratie qui est décapitée.

 

 

la discussion a continué, au travers des commentaires, sur la plate-forme du blog: www.leblogdubiencommun.be


[1] VACANCE : Étymologie et Histoire

 

A. 1305-07 « état d’une charge qui est sans titulaire »; 1643 vacance du saint siege ; 1719vacance du Trône par extension 1830 « poste sans titulaire, à pourvoir »  B. 1596 substantif féminin singulier « jour de repos » − 1623 substantif féminin pluriel « les vacances scolaires » (Sorel, Histoire comique de Francion, III, éd. E. Roy, t. 1, p. 188); (source : centre national de ressources textuelles et lexicales : http://www.cnrtl.fr/etymologie/vacance)

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