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14/02/2011

Belgique, je t'aime encore... mais fais un effort!

Il a fallu pour me pousser à ce billet une initiative de blogueurs, dont je connais le talent et estime la plume. C’est à cause d’eux, c’est pour eux, aussi que j’entre dans la ronde de ces blogs carnival, et renvoie aux textes de ceux qui m’ont déjà précédé aujourd’hui (voir lien en bas de page). Le but commun ? Écrire un mot de Saint-Valentin à notre chère (de plus en plus, vu l’inflation) Belgique.

Belgique je t’aime encore… mais fais un effort

Ma mie Belgique, pendant que tu te complais encore dans un lit froissé, dans une atmosphère confinée, je t’écris ces quelques mots. Avec un brin de lassitude. Mon cœur n’est pas à la fête : ni percé ni brisé, il s’ennuie de battre à tes côtés par simple routine, celle d’une vie en longue communauté. Tu ne me fais plus rêver. Que deviens-tu? Regarde-toi ! Tu te laisses aller. Tu te laisses aller (air de Charles Aznavour). Je l’avoue, oui : j’ai songé te quitter.

Ce n’est pas ton âge, vois-tu, qui te rend aujourd’hui si peu désirable. C’est ta négligence ; ton abandon ; cette sorte de mélancolie dépressive que tu arbores avec un fatalisme gris; tes crises à répétitions ; tes chamailleries ; tes ridicules et cette forme pathologique d’auto-dévaluation, qui t’amène à souligner à gros traits tes défauts, tes faiblesses : un grimage plutôt qu’un maquillage. Quelle erreur ! Quelle horreur. À qui donc, incomparable, voudrais-tu ressembler ?

On dirait, Belgique, que tu as oublié que tu fus belle, à ta façon. Jamais tu n’eus la prétention fringante d’une Marianne, l’arrogance impériale d’une Albion, ni les ardeurs guerrières d’une Walkyrie : fille de village tu as longtemps continué à porter des sabots, aimer la kermesse et boire de la bière. Tu as gardé le teint frais et l’allant des filles de la campagne et su te dégager de la glaise, construire une démocratie moderne, un pays riche, une sécurité sociale remarquable ; tu as enfanté de grands industriels, des inventeurs, des prix Nobel, d’immenses artistes et des talents en pléthore. En as-tu perdu la fierté ? En as-tu perdu la mémoire? Les médiocres t’ont-ils inoculé Alzheimer?

Ce temps n’est pas si lointain, où ta face placide servait de modèle aux hommes de bonne volonté : ce peut-être le cas encore. Lève-toi, lave-toi, quitte ce peignoir grisâtret, cette humeur de mégère vieillissante. Habille-toi, fais-toi belle : au lieu de pointer tes bourrelets, tes rides, tes cicatrices, de te complaire à te dénigrer devant un miroir, retrouve cela qui t’a fait marcher, courir, danser. Un projet, des rêves, des valeurs qui méritent que tu t’investisses, au lieu de continuer à ainsi végéter. Laisse ces masques de carnaval et ces prétendants médiocres qui veulent tantôt se vautrer dans ton lit, tantôt en emporter les draps.

Ouvre les fenêtres, secoue les polochons, donne un petit coup de froid aux acariens. Redeviens un modèle : retrousse tes manches, sors la pelle, la charrue, et appelle les ouvriers parce qu’aucun champ ne se cultive en tournant les pages d’un ouvrage d’agriculture, un livre de comptes ou l’almanach de Nostradamus. Au soir, sur le banc commun et à la table d’hôte, on pourra dresser les plats d’étain et les chopes, resservir du waterzooi ou de l’oie à l’instar de Visé. Du couscous et du Bortsch aussi. Nous aurons le dos cassé, certes. Mais l’esprit vide de chimères périmées nous pourrons continuer à rêver d’autres demains. Et surtout, nous lever au matin avec la hâte de les construire.

Ma Mie, il est temps de changer d’air, d’accrocher un sourire à ta face, et de retrouver la courageuse obstination qui a fait de toi une patrie aimée. Ma Mie, il est temps de te lever. Laisse les paresseux, les avares, les babeleurs et les politicards, les joueurs de cartes et les discoureurs de tous bords. Il y a des gens dehors qui te trouve encore un charme autre que de douairière. J’aimerais encore danser avec toi, Belgique. Une farandole ou une carmagnole : quelque chose en tous les cas, qui nous échevelle et nous rende le goût d’entreprendre, autre chose, autrement. Ensemble.

Charles Bricman reste ce que tu es http://blog.charlesbricman.be/reste-ce-que-tu-es/

Marie Véja Lettre d’amour et de fierté http://www.lafillede1973.com/1442-lettre-damour-et-de-fie...

Marcel Sel: Saint-Valenthaine  http://blog.marcelsel.com/archive/2011/02/14/saint-valent...

 

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10/02/2011

D'la bière, des frites et un peuple de moules?

Le monde change. Ailleurs. Tunis et le Caire se soulèvent. Le Yémen et la Jordanie frémissent, sans compter le Maroc. Face à cette contamination des révolutions, les titreurs s’épuisent à trouver des locutions dignes de passer à l’histoire : révolution du Jasmin, soulèvement des Pharaons. Vautré dans sa patiente attente d’un gouvernement promis depuis le 13 juin dernier, le Belge, dans un ultime effort pour coller à l’image pathétique qu’il incarne dans des blagues hélas universelles, propose dans un grand sursaut de faire la « Révolution de la Frite ».

Enfin un projet à notre mesure ? Déambuler cannette en main, le cornet de frites-mayonnaise en étendard ? Réclamer pacifiquement « des mitraillettes, oui oui oui » ? Organiser ensuite une bataille de fricadelles, un lancer de gaufres à la crème jugé par LeGloupier en personne ? Le tout précéderait l’élection démocratique d’un empereur, au nombre de chopes ingurgitées « à fond ». Deux candidats, pour rappel, ont déjà fait leurs preuves, à savoir Poelvoorde et Daerden. Je parle bien sûr de leur incarnation de Cesar. Leur médiatisation déjà largement établie devrait servir la reconnaissance du nouveau régime (dissocié ?), au niveau international.

ASSEZ ! L’auto-dérision a un sens, lorsqu’elle ponctue l’arrogance triomphante, la réussite, le succès : elle ramène ces derniers, par l’étalage de leurs ridicules et petitesses, à une plus juste modestie. Elle corrige leur impudence. Mais le fou du village qui prend les huées pour des rires, et préfère s’esclaffer du brun qui le macule, comme s’il n’était de lui, cela, ce n’est pas de l’auto-dérision. C’est de l’auto-flagellation. Un processus pervers, délétère, qui nous réduit à notre propre caricature –le Belge ventru et taré rêvant d’être demain le flamboyant gagnant de l’Euromillion, du Win-for-life ou d’un gouvernement. Étonnez-vous après cela qu’on nous raille, et par dessus qu’on nous méprise. Cessons enfin de le chercher !

Aucune révolution ne s’accomplit sans projet : aucun projet ne se conçoit sans espoir. Ce n’est ni la dictature ni l’oppression qui nous ôtent le nôtre : mais le consentement paresseux à la médiocrité. Nos assiettes sont pleines, nos chopes aussi. Gavés de mal’bouffe comme de mal’gouv’(ernance), nous rotons, repus et somnolents, comme si cette kermesse factice était le seul horizon de nos rêves. Notre humour n’est pas la politesse du désespoir, mais la paresse de l’espoir. Et cela, voyez-vous, c’est peut-être la fin. La fin du pays, celui des moules arrimées à leur rocher, regardant prosaïquement marées hautes et marées basses,  comme des phénomènes extérieurs et passagers.

À quand la tempête ?

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