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10/02/2011

D'la bière, des frites et un peuple de moules?

Le monde change. Ailleurs. Tunis et le Caire se soulèvent. Le Yémen et la Jordanie frémissent, sans compter le Maroc. Face à cette contamination des révolutions, les titreurs s’épuisent à trouver des locutions dignes de passer à l’histoire : révolution du Jasmin, soulèvement des Pharaons. Vautré dans sa patiente attente d’un gouvernement promis depuis le 13 juin dernier, le Belge, dans un ultime effort pour coller à l’image pathétique qu’il incarne dans des blagues hélas universelles, propose dans un grand sursaut de faire la « Révolution de la Frite ».

Enfin un projet à notre mesure ? Déambuler cannette en main, le cornet de frites-mayonnaise en étendard ? Réclamer pacifiquement « des mitraillettes, oui oui oui » ? Organiser ensuite une bataille de fricadelles, un lancer de gaufres à la crème jugé par LeGloupier en personne ? Le tout précéderait l’élection démocratique d’un empereur, au nombre de chopes ingurgitées « à fond ». Deux candidats, pour rappel, ont déjà fait leurs preuves, à savoir Poelvoorde et Daerden. Je parle bien sûr de leur incarnation de Cesar. Leur médiatisation déjà largement établie devrait servir la reconnaissance du nouveau régime (dissocié ?), au niveau international.

ASSEZ ! L’auto-dérision a un sens, lorsqu’elle ponctue l’arrogance triomphante, la réussite, le succès : elle ramène ces derniers, par l’étalage de leurs ridicules et petitesses, à une plus juste modestie. Elle corrige leur impudence. Mais le fou du village qui prend les huées pour des rires, et préfère s’esclaffer du brun qui le macule, comme s’il n’était de lui, cela, ce n’est pas de l’auto-dérision. C’est de l’auto-flagellation. Un processus pervers, délétère, qui nous réduit à notre propre caricature –le Belge ventru et taré rêvant d’être demain le flamboyant gagnant de l’Euromillion, du Win-for-life ou d’un gouvernement. Étonnez-vous après cela qu’on nous raille, et par dessus qu’on nous méprise. Cessons enfin de le chercher !

Aucune révolution ne s’accomplit sans projet : aucun projet ne se conçoit sans espoir. Ce n’est ni la dictature ni l’oppression qui nous ôtent le nôtre : mais le consentement paresseux à la médiocrité. Nos assiettes sont pleines, nos chopes aussi. Gavés de mal’bouffe comme de mal’gouv’(ernance), nous rotons, repus et somnolents, comme si cette kermesse factice était le seul horizon de nos rêves. Notre humour n’est pas la politesse du désespoir, mais la paresse de l’espoir. Et cela, voyez-vous, c’est peut-être la fin. La fin du pays, celui des moules arrimées à leur rocher, regardant prosaïquement marées hautes et marées basses,  comme des phénomènes extérieurs et passagers.

À quand la tempête ?

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