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27/01/2011

Un gouvernement et un référendum?

Il n’y a pas d’issue. La métaphore prémonitoire concernant le « carrousel des négociations » se vérifie. Les tours de manège se succèdent, personne n’est plus à même de décrocher la floche. D’ailleurs, pour quoi en faire ? Tourner encore ? Les citoyens désabusés, assourdis de fanfares diverses et contradictoires, regardent, écoeurés jusqu’à la nausée. Il est temps d’arrêter la ronde infernale, de faire descendre les participants ; il est temps de quitter le champ de la kermesse, ses lumières factices, ses odeurs de gaufres et de frites,  et les slogans racoleurs promettant le gros lot. Nous ne sommes plus à la fête. Le quotidien gris nous happe. Les ruelles de l’avenir sont obscures, et une eau glauque sourd déjà des caniveaux, à gros bouillons.

La Belgique est dans une impasse. Ceux qui nous y ont menés, prisonniers du système qu’ils ont conçu, ne sont plus aptes à nous en sortir. Ou ne le veulent plus, pour certains – peu importe lesquels. Accuser tel ou tel ne réglera en rien l’insoluble problème : cela nourrit simplement la logique des conflits, les rancoeurs qui rendent d’autant plus improbables non pas même un accord, mais simplement une entente. Or de cela, les citoyens sont peut-être encore capables. Encore faudrait-il qu’ils puissent l’exprimer. C’est une des raisons qui m’ont fait marcher, dimanche dernier. Et un motif capable de me faire marcher, encore. Avec une volonté précise.

« Les élections ne changeront rien », nous rétorque-t-on à l’envi -certes : tant que le système électoral verrouillera les votes dans des choix de coalition déterminés a posteriori par les Présidents de partis, nous serons condamnés à être les témoins (pas même les spectateurs) de tractations laborieuses, dont la confidentialité est sensée garantir le succès. Avec l’insuccès que l’on voit. Que le MR entre ou pas dans la ronde des négociations n’y changera guère. C’est une évidence, nous n’en sommes nulle part, les mois écoulés n’ont pas engrangé une moisson, pas même un boisseau –on compte les épis, voire même on les égrène. Tout serait-il réglé que BHV serait à même d’anéantir la récolte: et je gage qu’il se trouvera toujours quelqu’un pour allumer la mèche, susciter l’incendie. Y a-t-il quelqu’un d’encore suffisamment crédule pour imaginer le contraire ?

À la crise actuelle, je ne vois d’autre solution que celle que proposait voici quelques semaines Charles Bricman : la désignation d’un Premier par le Roi, et la présentation d’un gouvernement d’union nationale devant le Parlement. Il y aurait là un véritable test de légitimité, fondé sur un organe réellement, constitutionnellement représentatif : ce que les présidents de partis ne sont pas, faut-il le rappeler ? Ce gouvernement devrait s’attacher prioritairement au socio-économique, car il y a urgence ; mais prévoir parallèlement une consultation populaire –un referendum sur la scission. Si la volonté commune demeure de vivre ensemble, des propositions « coperniciennes » ont été formulées, en dehors de la logique des partis : voyez le groupe de Pavie (circonscription fédérale), le groupe Re-Bel (4 régions, un pays). Elles sont présentement écartées par les Présidents : une raison supplémentaire de les examiner positivement.

Bien sûr, un réferendum fait peur ; bien sûr, il est à craindre que les clivages ne s’accusent, et que la majorité de la population soit en définitive en faveur du divorce. Mais on ne peut artificiellement maintenir un couple, si l’un des deux veut partir. Une minorité ne peut indéfiniment s’opposer à une majorité -si la majorité veut effectivement la scission. Quelle que soit la réponse, sur une question aussi fondamentale, je refuse de laisser décider pour moi et mes concitoyens, des « représentants » qui n’ont pas été élus avec ce mandat.

Finissons-en aussi avec les accusations de « populisme », dès qu’il est question de consulter les citoyens. Cette phobie –qui curieusement semble le fait des partis de gauche- cache la peur de perdre une part de l’emprise particratique, habituée à se draper fallacieusement dans la « démocratie représentative ». Le populisme, c’est Happart disant : « je vous emmerde, j’ai fait 75.000 voix » mais « ce n’est pas à la rue à nous dire ce que nous devons faire ». Le populisme, c’est vendre de la politique électoraliste à coup de slogans, se revendiquer à tout propos « des gens », mais considérer qu’ils sont trop immatures pour décider en connaissance de cause.

Les personnes que j’ai côtoyées dimanche dernier n’étaient pas populistes. C’était des citoyens manifestant dignement le refus d’un système, le refus d’une impasse. Ils n’étaient ni a-politiques, ni anti-politiques. Ils voulaient précisément de la politique.

Autrement.

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21/01/2011

De l'a-politisme, de l'anti-politisme et du "conformisme" belge

 

Hier matin, Jean Quatremer se fendait d’un billet péremptoire, intitulé «  Belgique : le degré zéro de la politique ». Je pensais y découvrir une analyse de nos derniers avatars politiciens (le mot politique est ici inconvenant), mais non, il s’agit d’un billet d’opinion portant sur la manifestation qui se tiendra dimanche à Bruxelles. Sévère et condescendant à la fois, l’auteur qualifie d’ « apolitisme bêtifiant » l’initiative des J.O. (jeunes organisateurs), déduisant de leur neutralité politique affirmée, la vacuité de leurs idées ou engagements. Aujourd’hui, Fabrice Grosfilley emploie à leur sujet le terme plus fort encore d’« anti-politisme ».

Et si c’était précisément l’inverse ? Si ce refus de l’étiquetage, du catalogage, du simplisme catégoriel était l’amorce d’une véritable pensée politique ? Non pas celle authentifiée par des idéologues de tel ou tel bord, non pas celle de l’un ou de l’autre parti, mais une pensée positive : le refus de ce qui sépare, désunit, la volonté positive de rassembler ? Car la politique, l’avons nous oublié, est l’art du vivre ensemble. En définissant un Bien commun. Un projet. Un avenir.

Oui, le mot d’ordre est vague. Oui, la formulation des communiqués est parfois bien juvénile. Et alors ? C’est signe au moins que leurs auteurs ne sont pas endoctrinés, vassalisés, comme ces« jeunes » membres des partis maniant jusqu’au ridicule langue de bois et idées creuses; c’est signe qu’ils n’ont pas encore accepté, dans cette interminable partie, le rôle des pions colorés se déplaçant au gré des dés pipés, dans des cases prédéfinies, sur un itinéraire bien balisé.

Jeu des oies, jeu des dupes.

Les manifestants ne disent pas quel gouvernement ils veulent ? Certes, et ce n’est pas leur rôle. D’ailleurs le souhaiteraient-ils que vous les renverriez à l’actuel système représentatif, fuyant -comme l’ensemble des politiques- ne serait-ce que l’idée d’une démocratie un tant soit peu plus directe que ce système sciemment dévoyé. Nous n’avons pas le choix d’élire, seulement celui de voter. Nous n’avons aucun droit de regard sur la coalition qui se forme en notre nom ; moins encore sur les accords qui se négocient au gré des présidents de partis sans que nous n’ayons la moindre information, sinon issue de fuites journalistiques…

De la circonscription unique à la revision de la loi ou des circonscriptions électorales, de la decomplexification institutionnelle à l’extension du concept de régionalisation, les propositions citoyennes existent, elles s’échangent, s’affirment et s’affinent sur le web et IRL –à des années-lumière de ce « degré zéro de la pensée politique » que Jean Quatremer prend un plaisir supérieur à railler. C’est vrai qu’il semble peu familier de ces cénacles pourtant largement ouverts, de ces nouvelles agoras bien moins fréquentées que les groupes Facebook ou le « Belgomaton ». Il n’est pas défendu de prendre un peu d’altitude…

Disqualifier la manifestation comme « apolitique » est le dernier des contresens. Cela révèle plutôt la sclérose et le conformisme d’esprits incapables de percevoir une alternative en dehors des cadres établis, des bornes et balises qu’impose une vision partisane et particratique. Celle-là même dont s’accommode, d’ailleurs, une presse peu inspirée qui trop souvent se contente de répercuter communiqués et dépêches, renonçant sans état d’âme à son rôle d’information, d’éducation et de contre-pouvoir : il est temps de remonter du constat –la crise actuelle- aux mécanismes qui la prolongent, pire, la perpétuent. Il n’y a pas de fatalité : il y a des rouages, des engrenages, une mécanique devenue folle occupée à broyer ceux-là même qui l’ont conçue. Il n’y a pas que des Forçats rue de la Loi : il y a surtout des condamnés dont la seule issue est de briser, s’ils veulent s’en sortir et nous avec, le système particratique. La révolution copernicienne, c’est par là qu’elle doit commencer –et des propositions avaient été en ce sens formulées dès avant les dernières élections, par des politologues, des intellectuels et des citoyens. Pourquoi sont-elles désormais passées sous silence ?

Dimanche je ne marcherai pas sous une bannière, mais à côté d’amis, de twittos et de blogueurs dont les idées sont loin d’être aussi courtes, aussi caricaturales que ne le prétendent quelques analyses sommaires. Nous nous rangeons de bon gré derrière cette jeunesse qui a le courage de se lever et de formuler son désarroi, sa colère, et qui refuse précisément les catégories qui nous enferment dans des logiques qui ne sont point les nôtres.

Nous vivons dans un pays prospère où il est possible de construire, comme le rêvait Saint-Exupery, une citadelle, au lieu de défendre des forteresses, des territoires et des barons. Pour cela, il nous faut réapprendre la Politique, désapprendre la particratie. Je marche pour l’une et contre l’autre. Avec tout ce qui me reste de foi et d’espérance. Et tant pis pour les grincheux, les rancis, les tièdes et les pusillanimes, les désabusés, les tâtillons, ceux que ça ne concerne guère, qui franchement s’en tamponnent ou mieux : que cela dérange.

Je manifeste le refus des impasses, et l’aspiration à sauter par dessus les murs. Parce que la Belgique, j’y crois encore. Malgré tout.

PS: A ne pas manquer: La fille de 1973: « Les 10 plus mauvaises raisons de ne pas descendre dans la rue dimanche et le billet de Charles Bricman: Marcher pour le retour du Politique

 

 

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12/01/2011

Le gazouillis d'un Oiseau en Colère (AngryBirds)

Hier, la RTBF faisait état d’une fronde grandissante contre l’actuelle stagnation politique, notamment de la part de citoyens présents et actifs sur les réseaux sociaux. J’y suis, j’en suis. Je relaie. Des liens. Des initiatives. Le camping virtuel rue de la Loi, le mouvement  SHAME,M.i.s.s.belgium.BE, des billets de blog (ici et ici). Et comme d’autres twittos, j’ai pris la décision de passer du virtuel au réel, et d’aller user mes semelles le 23 janvier, moi qui n’ai d’autre expérience des manifs que celles des Étudiants et de la Marche Blanche… Pourquoi? Pour des raisons similaires à celles qui m’avaient fait marcher alors.

La cause en vaut la peine et je ne veux pas me résigner.

J’irai donc marcher avec la conviction que ce qui nous tue, ce n’est pas la politique, c’est l’a-politique: à entendre par là l’absence de conscience et d’implication citoyenne. Nous ne sommes pas gouvernés (quand nous le sommes!) par des hommes et femmes politiques, mais par des particrates.  Alors, je le redis, je le proclame: c’est CONTRE ce blocage institutionnel qui est le fait de particrates que j’irai marcher. Et POUR la Politique, cet art, cette science qui organise le vivre-ensemble en tendant au Bien commun.

Je ne serai pas en blanc; je ne porterai pas de masque. Je ne “suis” pas le mouvement, je “marche avec”: je partage et le ras-le-bol, et la volonté d’un “autre chose, autrement”. Je participerai donc avec ce qu’il me reste d’énergie et d’enthousiasme (pour dire vrai celle d’une Amazone qui connaîtrait l’histoire de Sisyphe). Si j’avais à défiler derrière une pancarte, ce serait sans doute celle proposée par un ami enthousiaste : AGORA –ce terme qui évoque le centre de la vie politique athénienne, et qui pourrait servir d’acronyme à l’Association des Gens Outrés par le Ratage Actuel. Mais pour les amis twittos qui me chercheront dans la (j’espère) foule,  je serai vêtue de noir et porterai un oiseau bleu. Parce que c’est le titre d’une féerie initiatique écrite par un auteur Belge (Maeterlinck). Parce qu’il nous faut des ailes pour nous élever au-dessus de la politicaille. Parce nos débats ont pris naissance sur twitter. Et parce que je suis d’une humeur de Angry bird.

Oui, c’est aussi la colère qui me fait marcher.

 

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10/01/2011

Le projet est le brouillon de l'Avenir

Indifférence. Résignation. Frustration. Dégoût. Colère. -Révolte? Tous ces sentiments coexistent au sein d’une population belge qui s’est, depuis des décennies, désintéressée de la politique, la laissant aux mains d’une caste politicienne de moins en moins soucieuse du Bien commun et de plus en plus de son (ses) bien(s) propre(s). Le système électoral dont nous avons tant et tant de fois dénoncé la perversion progressive a contribué en effet à cautionner un régime particratique centrifuge: pléthorique, coûteux, inefficient, il concourt par sa lourdeur et sa complexité à l’irréversible paralysie de l’État. Nourrie de clientélisme, la particratie ne peut en effet avoir d’autres projets qu’électoralistes: c’est dire à court terme (de plus en plus court, vu la fréquence des scrutins), et à rentabilité immédiate. Arrimée au pouvoir –à tous les niveaux de pouvoir- elle ne peut et ne veut décevoir. Donc elle ne peut agir.

La crise actuelle est celle non du communautarisme, mais de la particratie: et c’est elle, bien plus que le communautarisme, qui rend aujourd’hui impossible tout accord. Demain aussi. Et pour toujours je crois. Le modèle de la consociational democracy belge est mort.Consociationalisme? Comment voulez-vous d’ailleurs qu’un système perdure, avec un nom pareil?

Aussi appelé consociativisme, le consociationalisme est la forme que prennent les systèmes politiques démocratiques dans les sociétés profondément divisées lorsqu’un partage dupouvoir parvient à s’opérer entre leurs élites hors de toute logique majoritaire et en dépit des clivages religieux, linguistiques ou ethniques qui peuvent exister par ailleurs entre les groupessocioculturels dont ces élites assurent la représentation au gouvernement. Rendue possible par des tractations de haut niveau visant une forme de consensus, l’existence de mécanismes consociationnels n’est envisagée par la science politique que dans une dizaine de pays du monde (…) dont la Belgique et la Suisse.

Si le sujet vous intéresse et que vous poussez la curiosité un peu plus loin qu’une définition deWikipedia, je vous invite à lire le développement qu’en proposait voici quelques mois Charles Bricman, sur son blog. Je ne connais pas les termes de l’analyse plus développée, promise dans les pages de son prochain ouvrage (à paraître dès le mois prochain chez Flammarion), mais voici la mienne.

Le consociationalisme comme système politique ne peut fonctionner qu’en se projetant « vers l’avant », c’est-à-dire dans un processus de construction d’un pays, d’une société, d’un avenir qui soit désirable : c’est dans l’ambition d’un plus et d’un mieux que les forces éparses peuvent consentir à différer un plaisir ou un besoin immédiat, renoncer aux exigences d’un égoïsme primaire autant qu’aveugle. Seul un projet commun peut sortir le citoyen de son apathie, de sa frilosité, de ses peurs et de son individualisme. Faute de cela, le consociationalisme mène à une lutte de charognards déplumés, s’arrachant à coup de becs les lambeaux de chair vive d’un cadavre encore tressaillant. C’est le spectacle lamentable –et vaguement répugnant- auquel nous assistons aujourd’hui.

Les politiques et les médias ont, à l’occasion de la présente crise, galvaudé le terme de « révolution copernicienne ». C’est un mensonge : rien, jusqu’à cette heure, n’en annonce ne fut-ce que l’ébauche, car la théorie de Copernic a dans les faits changé non l’angle de vue, mais carrément la perspective. Or je ne vois encore, je ne vois toujours que des discussions autour  d’un mur de chicons (à moins qu’il ne s’agisse de witloofs), des chamailleries sur les stocks d’engrais disponibles et la meilleure méthode pour les planter. Discussions médiocres jusqu’au pathétique et qui révèlent et un manque d’ambition et un manque d’envergure. On reste encore, on reste toujours dans la même culture.

Nos débats sur l’avenir qui est nôtre requièrent de la hauteur, de l’audace et une espérance volontariste et constructive. Celle d’élaborer de nouveaux modes de vivre ensemble, autrement. Or cela passe par une refonte bien plus hardie que celle qui nous est actuellement proposée de l’Etat-Belgique. Qu’attendent les francophones pour proposer un modèle résolument neuf –quatre régions, et l’absorption progressive par celles-ci des couches du mille-feuille institutionnel ? Si Bruxelles est, comme titre aujourd’hui la RTBF « une pomme de discorde », c’est qu’elle présente en chacun de ses quartiers une multitude de pépins.

Il serait bon, pour une fois, que nos représentants politiques fassent preuve d’un peu de prévoyance, d’un peu de clairvoyance. Gouverner c’est prévoir. Non pas les élections communales, les provinciales, les fédérales ou européennes ; l’Avenir.

Or comme l’écrivait joliment Jules Renard

Le projet est le brouillon de l’avenir.

Construisons donc un projet, en rêvant une ville, une citadelle neuve, et non en colmatant les remparts qui protègent un ordre ancien et décrépi -celui qui cautionne, en fait, la permanence de la particratie.

NB: ce billet écrit hier rejoint dans l’esprit celui publié en carte blanche dans le Soir. Je ne connais pas ses auteurs, mais  j’entends sourdre de plus en plus de la part de citoyens conscientisés une exigence de Politique. Avec une majuscule, pour la distinguer des jeux politiciens. Il est temps que nos « représentants » l’entendent.

Le Bien commun sur la nouvelle plateforme: http://www.leblogdubiencommun.be/

09/01/2011

Mes voeux. vendanges tardives et vin de glace

 

C’est clair, je suis impardonnable… je vous présente mes voeux avec bien du retard. Des tas de raisons, et nombre d’alibis à mon silence coupable. Le vrai de vrai c’est sans doute une petite crise d’anhédonie, ce joli mot qui désigne tristement la perte du plaisir. Rien à voir avec la frigidité, -esprits mal tournés passez votre chemin. Mais c’est que les meilleures choses finissent par lasser: les pires aussi. Exemple, l’interminable crise belge, son médiocre jeu médiatico-politique, et l’horizon plombé vers lequel nous semblons marcher, de surcroît à reculons. Ma plume d’oie se mue en plume de corbeau, et finira si je n’y prends garde à se tremper dans la bile noire plutôt que l’encre turquoise –cette encre qui servait déjà à décrire mon journal d’ado, et dont la couleur définit peut-être pour moi encore celle de l’Idéal.

Quoi qu’il en soit, le miel des mots est aussi remède à l’amertume. Après les voeux plus ou moins sincères qu’ont déversés dans vos oreilles tous ceux qui m’ont précédée, que les miens empruntent des voies inexplorées. Celle du goût par exemple, de la langue et des papilles: qu’elles éveillent la mémoire, celle du plaisir et du bonheur, qu’elles titillent votre vouloir –celui d’expérimenter, en politique comme dans la vie, d’autres recettes.

 

Que ces quelques mots en forme de vendanges tardives vous conservent – comme à moi — l’ambition d’un Bien commun, à construire ensemble. Au fait, c’est plutôt saison à servir un vin de glace… Vous le prendrez frappé?