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10/01/2011

Le projet est le brouillon de l'Avenir

Indifférence. Résignation. Frustration. Dégoût. Colère. -Révolte? Tous ces sentiments coexistent au sein d’une population belge qui s’est, depuis des décennies, désintéressée de la politique, la laissant aux mains d’une caste politicienne de moins en moins soucieuse du Bien commun et de plus en plus de son (ses) bien(s) propre(s). Le système électoral dont nous avons tant et tant de fois dénoncé la perversion progressive a contribué en effet à cautionner un régime particratique centrifuge: pléthorique, coûteux, inefficient, il concourt par sa lourdeur et sa complexité à l’irréversible paralysie de l’État. Nourrie de clientélisme, la particratie ne peut en effet avoir d’autres projets qu’électoralistes: c’est dire à court terme (de plus en plus court, vu la fréquence des scrutins), et à rentabilité immédiate. Arrimée au pouvoir –à tous les niveaux de pouvoir- elle ne peut et ne veut décevoir. Donc elle ne peut agir.

La crise actuelle est celle non du communautarisme, mais de la particratie: et c’est elle, bien plus que le communautarisme, qui rend aujourd’hui impossible tout accord. Demain aussi. Et pour toujours je crois. Le modèle de la consociational democracy belge est mort.Consociationalisme? Comment voulez-vous d’ailleurs qu’un système perdure, avec un nom pareil?

Aussi appelé consociativisme, le consociationalisme est la forme que prennent les systèmes politiques démocratiques dans les sociétés profondément divisées lorsqu’un partage dupouvoir parvient à s’opérer entre leurs élites hors de toute logique majoritaire et en dépit des clivages religieux, linguistiques ou ethniques qui peuvent exister par ailleurs entre les groupessocioculturels dont ces élites assurent la représentation au gouvernement. Rendue possible par des tractations de haut niveau visant une forme de consensus, l’existence de mécanismes consociationnels n’est envisagée par la science politique que dans une dizaine de pays du monde (…) dont la Belgique et la Suisse.

Si le sujet vous intéresse et que vous poussez la curiosité un peu plus loin qu’une définition deWikipedia, je vous invite à lire le développement qu’en proposait voici quelques mois Charles Bricman, sur son blog. Je ne connais pas les termes de l’analyse plus développée, promise dans les pages de son prochain ouvrage (à paraître dès le mois prochain chez Flammarion), mais voici la mienne.

Le consociationalisme comme système politique ne peut fonctionner qu’en se projetant « vers l’avant », c’est-à-dire dans un processus de construction d’un pays, d’une société, d’un avenir qui soit désirable : c’est dans l’ambition d’un plus et d’un mieux que les forces éparses peuvent consentir à différer un plaisir ou un besoin immédiat, renoncer aux exigences d’un égoïsme primaire autant qu’aveugle. Seul un projet commun peut sortir le citoyen de son apathie, de sa frilosité, de ses peurs et de son individualisme. Faute de cela, le consociationalisme mène à une lutte de charognards déplumés, s’arrachant à coup de becs les lambeaux de chair vive d’un cadavre encore tressaillant. C’est le spectacle lamentable –et vaguement répugnant- auquel nous assistons aujourd’hui.

Les politiques et les médias ont, à l’occasion de la présente crise, galvaudé le terme de « révolution copernicienne ». C’est un mensonge : rien, jusqu’à cette heure, n’en annonce ne fut-ce que l’ébauche, car la théorie de Copernic a dans les faits changé non l’angle de vue, mais carrément la perspective. Or je ne vois encore, je ne vois toujours que des discussions autour  d’un mur de chicons (à moins qu’il ne s’agisse de witloofs), des chamailleries sur les stocks d’engrais disponibles et la meilleure méthode pour les planter. Discussions médiocres jusqu’au pathétique et qui révèlent et un manque d’ambition et un manque d’envergure. On reste encore, on reste toujours dans la même culture.

Nos débats sur l’avenir qui est nôtre requièrent de la hauteur, de l’audace et une espérance volontariste et constructive. Celle d’élaborer de nouveaux modes de vivre ensemble, autrement. Or cela passe par une refonte bien plus hardie que celle qui nous est actuellement proposée de l’Etat-Belgique. Qu’attendent les francophones pour proposer un modèle résolument neuf –quatre régions, et l’absorption progressive par celles-ci des couches du mille-feuille institutionnel ? Si Bruxelles est, comme titre aujourd’hui la RTBF « une pomme de discorde », c’est qu’elle présente en chacun de ses quartiers une multitude de pépins.

Il serait bon, pour une fois, que nos représentants politiques fassent preuve d’un peu de prévoyance, d’un peu de clairvoyance. Gouverner c’est prévoir. Non pas les élections communales, les provinciales, les fédérales ou européennes ; l’Avenir.

Or comme l’écrivait joliment Jules Renard

Le projet est le brouillon de l’avenir.

Construisons donc un projet, en rêvant une ville, une citadelle neuve, et non en colmatant les remparts qui protègent un ordre ancien et décrépi -celui qui cautionne, en fait, la permanence de la particratie.

NB: ce billet écrit hier rejoint dans l’esprit celui publié en carte blanche dans le Soir. Je ne connais pas ses auteurs, mais  j’entends sourdre de plus en plus de la part de citoyens conscientisés une exigence de Politique. Avec une majuscule, pour la distinguer des jeux politiciens. Il est temps que nos « représentants » l’entendent.

Le Bien commun sur la nouvelle plateforme: http://www.leblogdubiencommun.be/

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