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18/05/2010

Outil politique vs outil électoral

Un petit mot en passant. Sur Twitter et la politique belge. Comment ça, c’est éculé, on en a parlé dans La Libre, sur RTL et dans Le Soir ? Justement. On a envisagé l’outil, cité quelques noms, cliché quelques écrans. Et puis? Au-delà de l’anecdote, où est l’analyse? Certes, ce survol à haute altitude suffit pour comprendre que nos politiques usent de Twitter avec circonspection, opportunisme et, pour la plupart, une maîtrise et un talent   relatif. Je pense que cette réticence est symptomatique, et que ce symptôme manifeste en fait un syndrome. L’identifier permettrait de traiter la maladie: et il se trouve que Twitter pourrait bien faire partie de la médication.


On l’a compris, spin doctors et politiques considèrent que FB est un meilleur outil que Twitter. C’est, à les entendre, une excellente vitrine –une extension virtuelle de l’affichage de campagne. Il touche plus de gens, donc permet de supputer davantage de voix. On est là dans le principe du “je me montre, tu me vois, tu votes pour moi” ramenant le choix démocratique à des mécanismes bien rodés de marketing. Le monde politique s’est enfermé dans ce confort là, réduisant sous l’influence de marketteux son électorat à une cible publicitaire. Du slogan, du visuel, de l’inconsistant et une couche d’égotisme par dessus. FBest en effet un excellent outil électoral.

Twitter est quant à lui un outil politique. Il exige implication et interaction. Un politique qui renvoie à son site FB (spécialité de Rudy Demotte) ou à des articles de presse (Reynders, qui a sous la critique intelligemment viré sa cuti) se fait assez vite prendre à partie. Twitter n’est PAS une vitrine, et c’est ce qui désarçonne nos ingénus, déshabitués dans leur bulle de verre d’entendre soudain des voix interrompre leur monologue.

Or, si comme le notait assez justement un twitteur, Facebook est un outil évolué pour des gens simples et twitter est un outil simple pour des gens évolués, les questions qui s’énoncent en 140 caractères sont franches, directes, et ne s’encombrent pas de langue de bois. C’est cela qui déroute le politique, qui en a perdu l’habitude : car par ailleurs la particratie verrouille les débats (cfr la position (scandaleuse) de la RTBF), et les médias s’engluent tout à la fois dans une « langue de sucre »  et un bien-pensisme connoté idéologiquement. Le twitteur qui cloue le bec à un politique s’exhibant sur son réseau lui fait l’effet d’un polichinelle sortant de sa boîte. Et savez-vous quoi ? Cette boîte là, pour la particratie, est bel et bien une boîte de Pandore.

L’analyse de l’impact de Twitter par les spin doctors est inintelligente, parce que strictement comptable. Facebook est un fatras ; Twitter, un véritable réseau. Il compte moins sur le nombre que la qualité, sur l’efficience de ses membres, leur esprit critique, leur esprit tout court enfin la dynamique des retweets qui font boule de neige. Les Twitter addicts sont en définitive des consommateurs actifs et réactifs. Regardez l’activité de Twitter pendant les « débats » ou interviews : les twitteurs-citoyens réagissent, s’impliquent, critiquent, lâchent la vapeur : comme s’il s’agissait de crier qu’ils ne sont plus dupes, que le temps de la pub-litique est révolu. Twitter n’est pas poujadiste, au contraire, il réagit à la démagogie. C’est cela qui dérange, et met mal à l’aise marketteux et quémandeurs de votes.

Je le répète. FB est un outil électoral, et Twitter un outil politique. Il contrecarre le monologue et contraint au dialogue, à la discussion, au débat sans esquive. Si les politiques y sont peu présents ou efficients, c’est qu’il y faut de la carrure : on ne peut comme sur FB, l’affiche, le prospectus ou dans les allées du marché, se contenter d’y faire « bonne figure ». En somme, il faut en revenir aux fondamentaux du métier… et y prouver une certaine compétence.

C’est un risque, et aussi une chance. Twitter est pour nos Éminences l’occasion de court-circuiter les flagorneurs, les manches à balle, les courtisans et les vendeurs de vent, une occasion de tendre l’oreille, d’écouter et de répondre. Une conscience politique est née là, comme sur les blogs, comme dans les forums. Qu’en ferez-vous ? Que ferez-vous des qualités de cet outil qu’un analyste anglo-saxon décrivait il y a peu comme ART , c’est-à-dire

Authentic-Relevant-Transparent.

Pour ma part, ayant diagnostiqué le syndrome (électoral), je ne peux que prescrire le remède à forte dose. Parce que des politiques authentiques, pertinents et transparents, c’est définitivement ce qui nous manque, et que nous réclamons à corps et à cris.

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