Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

15/05/2010

Perversion de la démocratie

Il y a quelques jours, la Libye a été élue au Conseil des Droits de l’homme de l’ONU. Elle a totalisé 155 voix alors qu’il n’en fallait que 97 pour obtenir un des 14 sièges mis en jeu. Quatorze états “concourraient”. Chacun a présenté autant de candidats que de sièges à pourvoir. La cooptation a donc pu jouer… mais au nombre de voix (exprimées par vote secret), elle n’est pas la seule. Le résultat? Une dictature, une tyrannie, parmi les plus oppressives et répressives siège désormais dans un Conseil emblématique de l’ONU. Si l’on ajoute que celui-ci se tient à Genève, et que l’on se rappelle les récents démêlés de Khadafi avec la Suisse (qui avait arrêté un des fils de Khadafi pour maltraitance confinant à l’exclavage), on perçoit mieux encore la symbolique de ce pied de nez magistral.

 


 

Les Droits de l’Homme: ce rêve, cet idéal des sociétés occidentales tendant à l’émancipation politique; ce fondement de nos progrès; cette assise de nos démocraties. Les Droits de l’homme: ce qui devrait être notre honneur et notre fierté. Les Droits de l’homme: le nouveau cheval de Troie de la perversion démocratique.

Ils permettent ainsi à l’intolérance ou au fanatisme de revendiquer la liberté d’expression, et de lancer sous couvert de celle-ci un appel au meurtre contre ceux qui entendent l’exercer: je citerai comme exemplaire le cas de la manifestation à Londres, contre les caricaturistes danois de Mahomet.

maniflondon.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ou l’appel au Jihad lancé par Khadafi contre la Suisse, faisant referendum sur le sujet des minarets. Ou encore les récentes menaces terroristes contre la France et la Belgique, concernant le vote de lois prohibant le voile intégral.

Bien sûr, on argue pour expliquer cette vilenie, qu’amener tant mal que bien des dictatures à négocier dans le cadre international, c’est menotter une part de leur nuisance. Vraiment? Quel alibi cherchez-vous à votre faiblesse? Vous l’habillez du mot pragmatisme: ce n’est qu’un vêtement décent posé sur votre veulerie. Vous tentez de faire passer pour rodomontades des menaces claires, non équivoques, et dont la réalité s’est plus d’une fois démontrée. Vous voilez pudiquement –d’un suaire- les crimes et attentats de régimes indéfendables. D’un autre côté, vous plaidez, au nom de ces mêmes Droits de l’homme, pour l’accueil d’un flux ininterrompu de réfugiés issus de ces honorables pays membres siégeant au sein de vos assemblées? De qui vous moquez-vous?

La perversion démocratique est à l’oeuvre. Il ne s’agit plus de combattre les principes fondateurs de nos sociétés: simplement de les rendre inopérants. Comment? En multipliant le nombre de membres prenant part à la discussion, en tolérant le lobbyisme, le chantage,  en habillant du terme “compromis” ce qui n’est que compromission, et en manipulant les procédures de scrutins. Ce qui vient de se passer au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU n’est pas un fait isolé; regardez l’Europe; regardez la Belgique. Nous souffrons tous d’un même mal: la confiscation insidieuse du suffrage universel par des mécanismes variés, complexes, mais qui ont un point commun. Ils maintiennent la fiction du vote “démocratique” alors qu’ils ne font plus qu’entériner des cooptations savamment marchandées.

Regardez l’ONU, enregistrant sans tollé, que dis-je, sans même sourciller, la voie de fait de la cooptation “fermée” de régimes non démocratiques (et c’est un euphémisme). Regardez les nominations européennes récentes (Van Rompuy, Ashton): le plaidoyer –grossier- de Nigel Farage était loin d’être dépourvu de sens, celui de Cohn Bendit, itou. Ces désignations sont issues de marchandages indignes, et qui de surcroît échappent largement à l’option politique. La comparution des candidats devant le groupe de Bildenberg est à cet égard révélateur. Regardez, au coeur même de la Belgique, le huis clos particratique qui permet le verrouillage par les présidents de partis, des listes électorales (qui peut se présenter, dans quel ordre), des représentants effectifs, des ministres et des coalitions finales, sans validation de celles-ci par un scrutin. Les Présidents de partis sont libres d’”interpréter” les voix de l’électeur.  Je me répète. Je sais. Mais quand donc soufflera le vent de la contestation, sinon celui de la révolte? Quand donc ces constats déboucheront-ils sur autre chose qu’un désintérêt politique, un je-m’en-foutisme, un abandon de prérogatives citoyennes? Quand donc la lucidité nourrira-t-elle un sursaut salutaire, capable de déchirer le voile?

Ces scrutins dévoyés perpétuent une caste politique hypertrophiée, laquelle s’abrite derrière les législations internationales ou les lois des marchés pour expliquer tantôt son inertie (qui est plutôt une incapacité), tantôt des mesures impopulaires (restrictions touchant à la sécurité sociale). Elle vit grassement, et n’est guère portée à changer l’ordre des choses qui lui permet de subsister. Ni au Nord, ni au Sud de notre pays, je n’entends défendre avec vigueur une réforme de l’État qui passerait par une manifestation plus claire, plus explicite de la volonté des citoyens: autrement dit, par la réforme de la loi électorale et du mode de scrutin. Pourtant, c’est la seule façon de lutter contre la perversion démocratique, celle qui sape le monde contemporain, mine ses institutions et gangrène jusqu’au rêve d’un avenir commun.

Je ne chanterai pas la carmagnole, je ne crierai pas à la lanterne. Mais il est temps que nous, citoyens, nous rappelions et rappelions à ceux qui nous gouvernent la citation de Jefferson:

“Je ne connais pas de dépositaire plus sûr des pouvoirs fondamentaux de la société que le peuple lui-même.”

De notre pays à l’Europe et aux instances internationales, vous n’avez de cesse  de nous confisquer insidieusement le droit de nous prononcer, de choisir, d’élire, donc d’exercer nos droits fondamentaux, qui sont d’abord et prioritairement politiques. Nous en sommes conscients. Notre désintérêt pour les élections manifeste que nous ne sommes plus dupe du jeu de marionnettes, et le mépris que nous éprouvons pour les pantins qui s’y prêtent. Ce désaveu passif n’aura qu’un temps. Gare aux aveugles qui prennent pour un blanc-seing le message abstentionniste: je le vois davantage comme une vapeur qui sous pression, ne tardera pas à faire exploser la marmite.

La démocratie ne sera pas la seule à se trouver défigurée.

Merci de réserver vos commentaires à la nouvelle plate-forme du Bien commun: http://www.leblogdubiencommun.be/. Mettez vos signets et flux rss à jour! Les archives restent disponible ici.

 

 

Les commentaires sont fermés.