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10/05/2010

Du poujadisme comme exigence démocratique

Petites considérations philosophiques, du point de vue de Sirius, sur la crise, l’euro et la politique. Rien que ça. Si si si. A l’heure du cappucino, et avec un morceau de sucre pour faire passer l’amertume.

La semaine dernière, alors que vous faisiez les boutiques dans la fièvre publicitaire précédant la fête des mamans (Folcoche comprise), que vous attendiez, haletants, pour savoir qui de Criquelion ou d’Enzo Scifo ornerait les listes électorales de tel ou tel parti, et que vous vous gargarisiez des 10 raisons d’être fiers d’être belge, en lisant les bobards de Sudpresse online, les marchés boursiers s’effondraient, l’€ décrochait, le paysage politique d’outre-Manche basculait dans l’incertitude du Hung Parliament, Merkel se prenait une gamelle en Rhénanie et perdait sa majorité au Bundesrad, le monde politique belge s’affolait d’un possible abstentionnisme et notre Herman Van Rompuy se fendait d’une par ailleurs remarquable carte blanche appelant au “sens commun”. Tout va très bien, Madame la Marquise. Écoutez donc la fanfare sur le pont du Titanic.


Pour appuyer l’opinion contraire, je signalerai à votre attention l’excellent article du Frankfurter Algemeine Zeintung du 29 avril dernier, intitulé: “Nous sommes tous des hypocrites”. Cet article réflexif, intelligent et honnête, explique le mensonge qui sape nos économies et au-delà, hypothèque notre modèle social. Un article de Libé espresso reprend quant à lui la chronologie d’une semaine folle, dont les médias, “pour ne pas amplifier la panique”, n’ont donné qu’un écho assourdi. Par contre, la presse ce matin titre à l’envi sur les sommes astronomiques que l’Europe met à disposition pour contrer les marchés. Plus exactement les rumeurs sur le marché. La spéculation. Celle-ci menée par les banques hier sauvées par les États, ceux-là mêmes qu’elles déstabilisent aujourd’hui par le biais des fonds spéculatifs. Qui sera assez candide pour s’en étonner? Ce ne sont pas des chiens à qui l’on a donné à manger, à l’heure où ils paraissaient exsangues: ce sont des loups. En horde, en meute. À peine guéris (et ils le furent bien plus vite que ceux qu’ils avaient infectés par leurs morsures), ils étaient déjà à encercler les politiques et à montrer les crocs, refusant même l’idée d’un vaccin, d’un remède, de quoi que ce soit qui puissent affecter leur nature.

Les politiques? Quels politiques? Voici qu’ils se réunissent, impuissants, discutaillant, s’agitant, pathétiques pantins dont on perçoit enfin les ficelles. Ils s’ingénient à nous parler démocratie, droits de l’homme, libertés fondamentales et pouvoir d’achat: ils sont les émanations de modes de scrutins dévoyés (cfr la présente controverse en Angleterre), simple machine à reproduire une caste politique suffisante et auto suffisante (cfr notre triste Belgique). Leur carrière (ou leur incompétence, ou leur infamie) se couronne d’un poste européen, sinécure où quelques empêcheurs de tourner en rond jettent parfois un pavé dans la mare, éclaboussant de leurs propos (Nigel Farage, Daniel Cohn-Bendit) toutes les serpillières de lobbies surpuissants.

Pas d’élections pour Van Rompuy. Pas d’élection pour Ashton. Une cooptation par consensus. Compromis. Compromission. Un petit tour devant le groupe de Bildenberg, et le tour est joué. Guignol peut se présenter. Comment? Quoi? C’est vrai, l’info n’a pas fait les grands titres. Une conscience citoyenne, une conscience démocrate aurait pu s’étonner que les candidats à la présidence du conseil européen aillent faire le beau devant une “réunion informelle”, comptant parmi ses membres des pontes de multinationales, des éminences grises, quelques-uns des leviers de l’économie mondiale. Qu’un groupe occulte, un Opus dei de la finance, fasse ainsi son choix. C’est vrai, il aurait pu être plus mauvais. Mais qu’on ne nous parle pas de légitimité... qu’on ne nous parle pas de démocratie... qu’on ne nous parle pas de politique.

Nous sommes en ploutocratie, et son étau se referme sur le modèle social européen. La Grèce rend gorge. Les autres suivent. La finance mondiale et la spéculation édictent aujourd’hui le juste prix de l’éducation, des soins de santé, des revenus minimums, du chômage. Nous sommes tous des Haïti en puissance, où se verront bientôt pointés les coûts des campagnes de vaccination infantiles, et les moindres dépenses de l’État.

Oui, j’ai mal dormi. Non, je ne décris pas ce matin un mauvais rêve, un cauchemar. Je crains d’être lucide, simplement. Et si je prends ce ton parfois outré, c’est qu’il faut cesser cette langue de bois, cette langue de sucre mensongère qui nous berce et nous berne. Les enjeux sont ailleurs. Le monde croule. Le monde meurt. La Belgique aussi. Que l’on ne prenne pas mon propos pour un plaidoyer en faveur d’une ou l’autre idéologie. Le temps n’est pas aux idéologies. Le temps est au réveil démocratique. Le temps est à l’exigence. Le temps est, pardonnez-moi ce terme incongru, à la vertu.

La crise, économique, financière, politique, est une crise de confiance. “Il faut restaurer la confiance” est le nouveau mantra sensé nous guérir de nos maux. Je le pense aussi. Sauf que la confiance, voyez-vous, elle se noue, s’éprouve, se renforce, de personne à personne, d’individu à individu. Elle ne se décrète pas. Elle élit. Elle choisit. Je trouve symptomatique que les opinions publiques européennes soient traversées par des remises en cause du système électoral, dans le temps même où le politique frileux dénonce l’abstentionnisme, le poujadisme, le populisme. Le message des citoyens protestataires me paraît clair: nous ne voulons pas moins de politique, mais plus de démocratie. Et nous voulons plus de démocratie pour restaurer, précisément, la Politique. Un projet de vivre-ensemble, primant sur toute autre considération. En ce et y compris la particratie ou présidentocratie nationale, dont il faudra bien reconnaître la responsabilité dans la déliquescence de l’État belge.

 

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Commentaires

Sans vouloir dire que toute solution est à trouver dans une rétrospective historique, je voudrais dire deux choses, l'une sur la crise financière internationale et l'autre sur la crise belge.

Il y a une stabilité du système financier qui a été perdue au début des années 70 quand le dollar n'a plus pu être converti en or, quand l'Europe a voulu, face à cela, que ses monnaies ne bougent pas trop les unes vis-à-vis des autres ce qui a entraîné beaucoup de choses, notamment l'euro (que l'Allemagne a accepté contre la réunification à la RFA de l'Allemagne de l'est), etc. Il faudrait sans doute plus de régulation, mais c'est plus vite dit que fait.

Quant à la crise belge, elle s'explique essentiellement (même si on ne le dit pas tellement le point de vue wallon - pas francophone, wallon - est discriminé), par le fait que dans une démocratie où la loi est quand même celle de la majorité, la minorité wallonne étant de type ethnique (et non idéologique), est vouée à se perpétuer longtemps (et c'est le cas depuis 1830). Ceci étant dit en tenant compte du fait que la Flandre est minorisée non plus arithmétiquement, mais (avec les mêmes conséquences en termes de longue durée), symboliquement (le prestige du français restant quand même assez bien ce qu'il a été, je le souligne sans aucune arrogance). Ici, il faudrait encore plus d'autonomie pour la Wallonie, la Flandre et Bruxelles...

Mais je partage pas mal de vos indignations.

Cordialement,

José Fontaine

Écrit par : José Fontaine | 20/05/2010

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