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03/05/2010

Liberté de la presse, liberté de penser

C’est aujourd’hui le jour de la Liberté de la presse; l’occasion pour Reporters sans frontières de dresser la cartographie de la censure et de souligner le poids (sanglant) que les dictatures font peser sur la liberté d’expression. Coïncidence, se tenait hier sur Twitter une conversation entre @NathanSoret @zeli @ylebout et @Paminaaah sur le métier de journaliste. Dans le même temps, j’avais à répondre à une interview sur l’influence des blogs, et leur constitution en “Cinquième pouvoir”. Résumons tout ceci en un petit billet anniversaire, donc. Je vous inviterai pourtant à ne pas souffler la bougie.


La presse traditionnelle perd “des parts de marché”. C’est un constat. L’analyse du pourquoi se résume traditionnellement en quelques arguments bateaux: croissance de l’internet, donc de l’offre en ligne, glissement des annonceurs vers d’autres médias, diminution des moyens, donc moindre autonomie: plus étroite dépendance aux subsides. Conséquence: il ne faut pas fâcher...

Un média qui ne fâche pas, c’est un média mégaphone, qui amplifie les dépêches ou se prête complaisamment à des interviews, type Soeur Anne ne vois tu rien venir ou encore Madame Soleil sur les trottoirs de la rue de la Loi. Un média qui ne fâche pas, c’est un média qui, comme la RTBF au premier mai, consacre plus de 12 minutes à la couverture des célébrations di rupesque. Un média qui ne fâche pas, c’est un média qui, comme La Libre Belgique s’excuse de plus en plus fréquemment au bas de ses articles « Cet article génère un nombre très important de commentaires qui doivent être tous revus en raison du sujet abordé. Il ne nous est matériellement pas possible d’assumer cette charge additionnelle. En conséquence, cet article ne sera pas ouvert aux commentaires. Veuillez nous en excuser. »

Si la presse colporte des nouvelles, merci, mais je n’ai pas besoin d’elle : je cherche des analyses, comparaisons, je veux élargir mes perspectives. Je sollicite une information : le mot le dit, étymologiquement : une mise en forme, en sens, en signification, honnête, non partisane, non orientée. En tous les cas, intègre. Sinon, je puise l’info brute à mes sources. Oui mais, le journaliste trie, pèse, vérifie, valide… Ah oui ? Et il est présumé le faire mieux que moi ? Le ronron quotidien dont il me bassine, son conformisme bien-pensant, pardonnez-moi aussi, son inconsistance, son défaut de pertinence et d’impertinence face au(x) pouvoir(s) pontifiant(s) me laisse sceptique sur ce point. Le flagrant défaut d’esprit critique et la superficialité qui va de pair vident trop souvent le journalisme de son sens, de son essence : il devrait être un médiateur de connaissances, un instigateur de vérités et pas un régurgitateur d’informations événementielles.

Si la presse n’est plus lieu de débat, espace d’expression, mais voix monocorde sans relief ni aspérité, le lecteur va voir ailleurs. Dans des blogs, par exemple. Il serait maladroit de ressusciter la querelle de la « capacité » des blogueurs à produire une information de haut niveau; je crains que ce soit loin, dans certains cas, d’être à l’avantage des incriminants. Et le lectorat qui pèse et juge à l’aune de ce qu’il reçoit, lorsqu’il s’abreuve à Paul Jorion ou à Maître Eolas, fait manifestement un choix judicieux.

Les blogs, surtout, gardent une liberté de ton et de pensée qu’on trouve de moins en moins dans des médias poussifs inféodés aux annonceurs ou aux subsides publics, c'est-à-dire au politique. Pertinents et impertinents, ils poussent à la réaction, au commentaire, à donc à la construction d’une réflexion, d’une intelligence collective. Ils offrent un espace à la dialectique. Ils prennent des risques, dont ceux du politiquement incorrect. Et alors ? Cela est sain. Assez de langue de bois, assez de langue de sucre…

Dernier atout des blogs enfin : ils sont l’expression d’une personne, avec laquelle se noue une relation : si celle-ci suscite la confiance, alors, elle devient une référence. Il y a quelqu’un derrière le clavier. Pas un pigiste sous-payé prié de faire ce qu’on lui demande, s’il veut continuer à faire la pige, pas une vedette montée en épingle pour faire vendre du papier (ah, BHL –Bernard Henri-Levy en éditorialiste à la manque sur la plate-forme de LLB…), non, une personne, un individu, quelqu’un. Les blogs ont des visages, là où les traits des journalistes se perdent dans un brouillard, un flou…

Revenons en à notre titre. C’est le jour de la liberté de la presse ; merci à ces journalistes convaincus, engagés, qui la défendent de tout leur talent, parfois au risque de leur vie. Puissent leur exigence, leur excellence servir d’exemple contre la résignation et la facilité qui guettent certains de leurs confrères. Il n’est pas de liberté de la presse sans liberté de penser. La dictature du conformisme, celle de la médiocrité tuent le lectorat. Donc la presse.

Donc la liberté.

Cet article est dédié, en toute amitié, à un journaliste -un vrai de vrai- que j’apprécie particulièrement : Charles Bricman, ainsi qu’au jeune (mais brillant) Nathan Soret, qui a déjà, je crois, quelques-uns des talents requis par le métier dont il rêve.

Commentaires

Merci, chère Pamina, pour cette délicate attention! :-)

Pour le reste, tu as mille fois raison: une "information", c'est beaucoup plus qu'une simple "nouvelle". C'est un fait expliqué, enrichi par des connaissances et replacé dans le contexte qui lui donne sa signification et sa portée.

Une information n'est donc pas une vérité objective, moins encore une parole d'évangile. C'est une lecture du réel faite par un individu et offerte à ses semblables pour participer au processus qui leur permettra à leur tour de se faire une opinion. Sur mesure. La leur.

On appelle ça la démocratie. Et c'est pour ça que la liberté d'expression, dont fait partie celle de la presse, est à ce point essentielle.

Merci d'être là et de nourrir le débat. Il en a bien besoin...

Écrit par : charles | 03/05/2010

J'espère de tout coeur que Nathan Soret, avec lequel nous discutions hier sur twitter, fera de ta définition une parole d'évangile. Et que sa foi le portera à acquérir les connaissance, à rechercher l'excellence que requiert ce métier qui m'a toujours fait rêver.... jusqu'à il y a peu. Formez des gens libres, avant de former des journalistes...

Écrit par : pamina | 03/05/2010

je pense que les journaux papier tels que nous les connaissons vont disparaître.Ils sont trop chers, trop lourds, et dépassés à peine imprimés.
Par contre les nouveaux médias sont porteurs d'avenir. C'est grâce à facebook que nous avons su ce qui s'est passé en Iran aux alentours de l'élection présidentielle de 2009, Obama a aussi gagné sa campagne grâce à twitter (oui, je sais je devrais m'y mettre) et l'homme le plus influet de Chine est (serait) un blogueur.
Avec ces médias, on gagne en diversité, en fraîcheur, en pluralisme aussi et en militantisme (relisons les journaux du temps de l'affaire Dreyfuss, aucun redac'chef n'oserairpublier cela de nos jours).
Par contre, il faut bien l'avouer on perd en déonotologie et en profondeur d'analyse.
Reste donc à réinventer l'uneet l'autre de ses qualités pour le monde de la blogosphère et de la presse internet

Écrit par : hughes_capet | 03/05/2010

Intéressant, très, mais si je partage le constat global, je ne crois guère à l'une des causes évoquées; la présumée inféodation de la presse aux pouvoirs subsidiants... L'aide publique à la presse quotidienne, en Wallonie-Bruxelles, c'est à peine 7 millions d'euros par an. Dans le quotidien qui m'occupe, les subsides publics représentent très exactement 2,5% des recettes. Quant à la pub, elle a beau constituer la rentrée principale (55% des recettes), elle ne m'a jamais empêché d'écrire le moindre papier mettant en cause telle entreprise ou tel secteur d'activité. Je crains bien que l'apathie ait d'autres causes, plus internes, et donc bien plus inquiétantes que les trop évidentes pressions politiques ou commerciales.

Écrit par : The Mole | 12/05/2010

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