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23/04/2010

Le sens de l'Etat, blabla

Au coeur des pires crises, il est des constats réconfortants: j’ai le plaisir de vous annoncer que mon dernier billet évoquant La thanatopraxie de la Belgique a totalisé le double de lecteurs du billet consacré à “Pamina toute nue”. Un record absolu, et la preuve que l’aile peut (parfois) supplanter la cuisse.

Donnons donc la chance au débat de prendre un peu de hauteur sur ce sujet. Et d’abord en mettant sur off le leitmotiv des particrates francophones appelant, quelle ironie, au sens de l’État (bla-bla) et à la solution des vrais problèmes. C’est vrai, Monsieur di Rupo, c’est vrai, Madame Milquet, c’est vrai, Monsieur Reynders que vous n’avez eu les uns et les autres que quelques décennies pour trouver remède aux maux que vous avez engendrés. Je veux dire la paralysie et l’ingouvernance de ce pays, et en particulier de cette région wallonne féodalisée à tous ses niveaux de pouvoir au nom de la particratie. Situation dont s'accommode entre-temps J.M.Javaux.


Plus que la situation économique de la Wallonie, c’est la perception par les Flamands de son incapacité à changer, à se rénover, à se reprendre en main qui met le feu aux poudres. Relisez les réactions au lendemain de la publication du funeste “Baromètre” de La Libre: ce dernier a été reçu en Flandre comme un constat d’irrémédiable scission entre le Nord, libéral, et le Sud socialiste. Entre la Flandre qui se rénove et la Wallonie gangrénée, agitant ses pantins daerdenesques ou donfuesques devant des comités d’éthiques bidon. Le Vert, gage de renouveau et d’espérance, a viré au caca d’oie sous le voile orange et rouge dont il a fait le choix de se draper (et nous tous avec lui). Le système électoral des coalitions particratiques, dépendant du seul choix des présidents de partis et non validé par un vote de deuxième tour, bloque toute espérance de changement. Les Flamands s’exaspèrent. Les démocrates sincères aussi. J’en suis.

BHV, je l’écrivais il y a peu, est le bubon purulent sécrété par la particratie; c’est cette dernière, le moteur principal des “conflits communautaires” –au Nord comme au Sud. Il est temps de trouver solution à ce problème que l’incurie et l’impéritie, doublées d’électoralisme primaire ont largement contribué à infecter. C’est, bien sûr, une question de droit, d’équité, de respect. Mais à ces pontifiants causeurs monopolisant l’actualité médiatique, je lance le défi de manifester leur sens de l’État par la seule mesure capable de restaurer celui-ci: une réforme profonde, totale, du système électoral, incluant bien sûr une circonscription fédérale. Dans le même temps, il faut assainir le processus démocratique en imposant des primaires pour la constitution des listes, en supprimant la case de tête, en interdisant les candidatures multiples, en validant les coalitions par des élections et couplant celles-ci pour raison d’économie autant que d’efficacité.

Car Flamands et Wallons veulent en définitive la même chose: un État fonctionnel rendant à ces régions privilégiées d’Europe leur rôle central, positif et dynamique. Nous voulons vivre en paix. Nous voulons vivre heureux. Nos voulons vivre prospères. Tous nos maux viennent de ce qu’ il n’y a plus d’État, il n’y a plus de gouvernance: rien que des politiciens arrimés au plus complexe, inerte et couteux appareil de pouvoir que la société ait jamais sécrété. Les nationalistes flamands entonnant hier l’hymne séparatiste en plein coeur du Parlement n’ont pas joué là un épisode anecdotique: ils ont démontré la déliquescence du pouvoir et des institutions, soulignée par l’apathie générale devant ce coup de force.

Aucun, notez le bien, aucun des députés présents dans les couloirs, ne s’est élevé contre cette profanation du lieu identitaire même de notre démocratie belge. Ce que l’on aime, on le défend: avec son coeur, ses tripes, son esprit, sa raison. Or il ne s’est hier trouvé aucun défenseur pour empêcher ce geste outrageant. C’est que l’Idée même de la Belgique, voyez-vous, n’a plus pour ces “mandataires” aucun sens ni valeur: ils sont des hommes de parti. Pas des hommes d’État.

Que l’on ranime une fois encore la Belgique ou qu’on débranche le respirateur artificiel, il n’est pas d’avenir pour le pays, les régions et les communautés sans refonte profonde de la loi électorale, des structures administratives et avant tout cela, des mentalités. Les nôtres, celles des citoyens; et celles de nos mandataires, qui devraient enfin être, et n’être plus, que nos Élus. Il n’est pas d’avenir sans restauration du pouvoir de l’État, face à aux intérêts des lobbies particratiques.

Je conclurai avec Thomas d’Aquin:

La Loi, c’est une ordonnance de raison en vue du bien commun, promulguée par celui qui a la charge de la communauté.

BHV est peut-être simplement un prétexte, une chance pour le rappeler.
MAIS A QUI???

Commentaires

Undétail qui m'a choqué, Pamina : Dans le film Casablanca, il y a une scène où des Allemands à une table de restaurant entonnent le "Deutschland über alles" et des Français à la table voisine répondent avec la "Marseillaise".
Hier nul n'a chanté la Brabançonne au Parlement.Il faut dire que je me demande combien la connaissent.

Pour votre histoire d'aile et de cuisse , je suis comme Pompidou "il me faut les deux, mon Général"

Écrit par : hughes_capet | 23/04/2010

c'est exactement le commentaire que me faisait mon mari: combien de nos eminents deputés connaissent la brabançonne?

Écrit par : pamina | 23/04/2010

En tout cas il y en a au moins un qui connait la Marseillaise ! Mais il a un alibi, il était chez le Roy...

Écrit par : dopey | 23/04/2010

Ce n'était pourtant pas difficile de réagir face à cette poignée d'individus s'époumonant de bonheur d'avoir réussi de passer à la télévision .
Heureusement, le vlaamse Leeuw n'est compris que par les Hollandais et encore car l'accent était plutôt douteux!
On aura déjà tout vu à la chambre et au sénat:
Les dormeurs,les ivrognes,les insulteurs,les chanteurs,les nazillons,les racistes,les extrémistes,les bailleurs...
je n'ose pas continuer car j'ai peur de devenir comme eux.
Mais que vais je dire à mes amis Français quand je vais aller les rejoindre?
Nous sommes la risée de l'Europe alors que nous sommes à la veille de la présider!Et dire que nous aurions pu être le miroir de l'Europe grâce justement à notre belle diversité.Quel gâchis!

Écrit par : jacobs micheline | 24/04/2010

Ras-le-bol.
Je vais avoir 50 ans et j'ai toujours connu les problèmes communautaires, les rodomontades, les discours des grandes gueules, les "jamais ça", les grands accords, les petits matins blêmes où des ministres insomniaques lisaient devant des journalistes ébahis des comuniqués tellement alambiqués qu'eux-mêmes ne les comprenaient plus, les remises en cause perpétuelles à peine l'encre sèche, les pélérinages incendiaires à l'Yser et les Hercules de foire des Fourons. Sans compter la faune multicolore et bariolée des négociateurs, facilitateurs, coordinateurs, démineurs, plombiers-zingueurs, informateurs, formateurs, derniersquartdheures, etc.
La nation belge est morte dans ces palabres sans fin, quelque part entre l'Expo 58 et la communautarisation de l'enseignement qui nous a privé de notre dernier socle commun.
L'état belge ne fonctionne plus. Il n'y a qu'à pense à nos routes,à nos écoles, aux prisons, à la justice. Que reste-t-il des fonctiosn régaliennes ? l'armée intégrée à l'Otan et la monnaie gérée par la banque centrale européenne. Le reste est en déliquescence, voire en déréliction.
Seule survit la particratie belge où les fils et filles des ministricules et ministrillons se disputent des lambeaux de pouvoir, avec la BMW et l'appartement à Knokke qui vont avec.
Ras-le-bol, derechef.

Écrit par : hughes_capet | 26/04/2010

@Hughes
nous partageons des constats. Si nous pouvions partager des objectifs et des moyens...

Écrit par : pamina | 26/04/2010

Bon supposons que l'on remplace toute la classe politique du Nord et Du Sud pour des gens compétents.
On pourra débattre plus tard des qualifications requises ...

Pensez-vous vraiment que cela irait mieux ? En terme de gestion, d'efficacité sûrement !!!
Mais au niveau du "communautaire" ?
Les Flamands (les gens comme vous et moi) sont-ils vraiment aussi modérés qu'on le croit (ou voudrait le croire, ou l'espère).
Je ne sais plus ... Il semblerait qu'au Nord, un parti, pour faire des voix doit se "flamingantiser".
N'est-ce pas révélateur d'un problème encore plus profond que seule la particratie ? (Le partis poussent à la charette on ne peut pas le nier... mais est-ce vraiment la seule raison qui nous amené à tout ça ?).

Et comme disait Hugues: "Ras-le-bol" !!!

Écrit par : Weylann | 26/04/2010

(Sur Zenit , de Benoit XVI au nouvel ambassadeur de Belgique (extrait)) :
"Je désire souligner aujourd'hui que pour porter du fruit à long terme, l'art du consensus ne se réduit pas à une habileté purement dialectique, mais doit rechercher le vrai et le bien. Car « sans vérité, sans confiance et sans amour du vrai, il n'y a pas de conscience ni de responsabilité sociale, et l'agir social devient la proie d'intérêts privés et de logiques de pouvoir, qui ont pour effets d'entraîner la désagrégation de la société, et cela d'autant plus dans une société en voie de mondialisation et dans les moments difficiles comme ceux que nous connaissons actuellement »"

Écrit par : BrunoK | 26/04/2010

(Sur Zenit , de Benoit XVI au nouvel ambassadeur de Belgique (extrait)) :
"Je désire souligner aujourd'hui que pour porter du fruit à long terme, l'art du consensus ne se réduit pas à une habileté purement dialectique, mais doit rechercher le vrai et le bien. Car « sans vérité, sans confiance et sans amour du vrai, il n'y a pas de conscience ni de responsabilité sociale, et l'agir social devient la proie d'intérêts privés et de logiques de pouvoir, qui ont pour effets d'entraîner la désagrégation de la société, et cela d'autant plus dans une société en voie de mondialisation et dans les moments difficiles comme ceux que nous connaissons actuellement »"

Écrit par : BrunoK | 26/04/2010

certes. mais je trouve qu'en l'occurrence, il devrait causer en sourdine.

Écrit par : pamina | 26/04/2010

@hughes_capet, Weylann, Pamina

Il est facile de râler sur un blog contre la particratie et les imbéciles qui nous gouvernent... mais concrètement que proposez-vous pour que cela change?

La révolution?
Aller vous faire sauter avec 400kg de TNT en pleine scéance plénière du Parlement?
Allez vous pendre?

A la première suggestion je répondrai: relisez la "Ferme des Animaux" de Georges Orwell: Les esclaves d'aujourd'hui sont les maîtres de demain et leurs esclaves ceux du surlendemain et ainsi de suite...

A la seconde: coupez la tête de l'hydre et 10 autres repousseront. La particratie ne peut être détruite: elle est dans nos gènes depuis qu'il y a des millions d'années, quittant nos arbres nous avons dû vivre en clans pour survivre à la loi des savanes. Toute la vie sociale des humains se résume à un système de "prestations - contre-prestrations"; bref, la base du clientélisme. Pour changer cela, il faut supprimer la clef de l'équation: l'Homme.

A la dernière: n'avez-vous vraiment rien de mieux à faire?

Allez, bonne soirée tout de même,
Bien à vous,
Soltan Griss

Écrit par : Soltan Griss | 26/04/2010

si, m'occuper de mon jardin, ce que j'ai fait ce week-end avec délectation; pour le reste, Dieu merci, nous n'avons pas tous les mêmes gènes que les vôtres. Donc pas le même goût du collier, de l'écuelle ou de la carte de parti.
On peut se résigner, ou tenter de secouer les chaînes. Malgré l'inertie de l'esclave qui n'est pas ou n'est plus tout à fait un homme. Même si les mots semblent du vent.
Il y a celui qui gonfle les baudruches et celui qui porte le pollen. C'est pas tout à fait pareil, quand même.

Écrit par : pamina | 26/04/2010

Vous éludez la question Pamina!

D'autre part, à moins d'être martienne, vous partagez au moins 90% de votre patrimoine génétique avec moi.

Enfin, je ne suis l'esclave de personne (hormis de moi-même), je ne porte ni-joug, ni collier, je ne mange à l'écuelle de personne et n'ai pas de carte de parti.

Ah, oui; un homme, esclave, conquérant ou philanthrope reste et restera toujours un homme, pour le meilleur (parfois) ou (souvent) pour le pire.

Il est tellement commode de déshumaniser un Hitler ou de sanctifier un Gandhi ou une soeur Emmanuelle.
Cela procède du même raisonnement qui vous fait dire qu'un esclave n'est plus tout à fait un homme.
Cela procède du même raisonnement que celui des SS qui qualifiaient le juif d'"untermensch" afin de justifier qu'on l'extermine comme une vermine malfaisante.

Les uns comme les autres sont nos semblables, ni plus, ni moins.

Le vent qui gonfle les baudruches est *aussi* celui qui porte le pollen: c'est du pareil au même!

Vous l'aurez compris (si vous avez lu la Ferme des Animaux), j'ai plus de Benjamin que de Malabar...

Allez bonne (fin de) nuit,
Bien à vous,
Soltan Griss

Écrit par : Soltan Griss | 27/04/2010

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