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29/03/2010

De l’usage du baromètre comme thermomètre

Nous aurions pu croire, après le grand tapage médiatique de H1N1 qui nourrit quand même son lot de chroniqueurs, éditeurs et investigateurs pendant quelques semaines haletantes (allions-nous tous mourir de cette Pandémie?), que le thème de la santé allait nous laisser quelque répit. Non, décidément, il garde la cote, comme les considérations sur le temps. Après le baromètre d’automne, celui d’hiver, voici que LLB nous ressort le baromètre de printemps: et invariablement, celui-ci se voit transformé en indicateur de la santé des partis. Donc, en thermomètre.

On parle politique, là. Deux mille personnes interrogées par téléphone, par des experts en statistique dont on connaît la rigueur, la fiabilité (cfr les dernières élections) nous donnent la couleur. Wallonie: PS en baisse (-1,2), MR en baisse (-1), Ecolo pointe (+0,9), le Cdh s’arrime (+0,9), un petit 4,3% pour le PP (+1,2), 3,7 pour le FN (+0,3). Bruxelles: PS en hausse (+4,7), MR en baisse (-0,7), Ecolo en baisse (-4,3), Cdh en baisse (-0,5). Marge d’erreur: euh. Il me semblait les avoir lues ce matin, mais je relis et vois désormais “marge d’usage”. Aux alentours de 4%? Passons. Non-réponses: 9,4%.


N’en doutons point, ces résultats confus vont donner lieu à des diagnostics contradictoires et à des traitements empiriques, pour la bonne santé des malades (les partis). La priorité pourtant est ailleurs: il serait temps de veiller à une hygiène élémentaire et à une saine politique, laquelle en définitive concerne plus directement les citoyens. Le problème? C’est que ces grands hypocondriaques gouvernent les yeux fixés sur le thermomètre, surveillant l’effet du moindre de leurs actes sur le mercure électoral.

Les voici donc qui s’enferment dans la politicaille: le traitement de dossiers secondaires où ils peuvent “se profiler” idéologiquement, avoir une “visibilité”, peaufiner leur “image”, proclamer leurs “slogans”, -bref, faire ce que j’appellerai du marketing de baudruche. On apprend aujourd’hui que le budget publicitaire du plan Marshal 2.0 vert atteint les 800.000 €. Près d’un million d’€ donc pour faire savoir ce qu’on va faire, si du moins on en trouve les moyens. Faire savoir à qui? Ben à ceux qui répondent au téléphone, pardi. Cela aura un impact, c’est sûr. Peut-être pas sur la politique, mais sur le baromètre. Enfin le thermomètre.

À quand un baromètre politique qui réponde à son nom, donc qui estime le taux d’appréciation par rapport à l’action, aux dossiers traités? À quand un baromètre politique qui évalue les politiques menées, et non les partis qui en discourent? À quand un baromètre politique, qui ne soit pas, ou plus, l’instrument particratique par excellence? On s’émeut du populisme de gauche du français Georges Frêche, qui affirme qu’il y a 5 ou 6 % de gens intelligents, et que lui fait campagne pour les cons. Mais des présidents de partis aux médias belges, la conviction est la même. Et nous voici ramenés à l’arène romaine: du pain (de moins en moins, et de plus en plus rassis) et des jeux (les 12 travaux du Ridicule). Pour le reste, pariez sur les rouges, orange, bleus ou verts, et braillez fort quand votre champion triomphe.

Conclusion? Ce baromètre-thermomètre est à l’usage des partis, qui d’ailleurs ne vont pas manquer d’en évaluer les résultats en leur faveur. Je parie pour des gargarismes généralisés, sauf au MR sans doute où une laryngite devrait laisser le président aphone.

Pour ma part, j’ai appris à lire ces sondages avec le recul nécessaire: plus exactement, comme le soulignait plaisamment un critique, “d’un derrière distrait”. Me reste à poser à LLB une question ultime et proprement fondamentale : le thermomètre, vous en avez fait un usage oral ou rectal ? Et vos patients aiment-ils tous cela?

Commentaires

Vous êtes en verve, Pamina, c'est un réel plaisir de voir cela.
Bon, pour les sondages, ils mesurent ce que l'on veut bien. Vous vous souvenez de Binet, l'inventeur des test de QI qui répondait à celui qui lui demandait ce qu'était l'intelligence "une personne intelligente est celle qui répond à mes tests". Comme ouroboros, on a rarement fait mieux.
Pour le reste, ben, oui , on navigue à vue, les yeux fixés sur les sondages, comme les médias ont les yeux rivés sur l'audimat, ce qui nous vaut Joséphine Ange gardien tous les dimanches et ya pas pire...tous les mardis.
si on remonte en aval, on se dira que la politique est devenu un métier, plutôt bien rémunéré, en tout cas par rapport aux qualifications qu'il demande. Je connais plus d'un échevin de commune de petite taille ou de taille moyenne qui gagne davantage avec son mandat qu'avec sa profession. Comment lui en vouloir alors de s'y accrocher comme une bernacle à son rocher ( ou comme un morpion à...mais là je m'égare)? En plus il a les à-côtés, la place de parking, sa photo dans la gazette, la mini jupe de la secrétaire particulière et le respect de son épicier.
Quand en plus, cela lui tombe dessus à 25 ans pour des raions de quota, de sexe, de jeunisme, de répartition géographique ou d'hérédité familiale...pourquoi se priverait-il d'en profiter ?
L'avantage technique du baromètre de la Libre ,c 'est qu'il existe depuis longtemps, et qu'il est effectué selon la même méthodologie, c'est donc un indicateur plutôt fiable des intentions de vote à un moment donné.
Pour l'utilsation de sondages, dans les années 80 prévalait l'idée que la publication d'un sondage avait en soi une valeur d'événement et était susceptible d'avoir des répercussions sur l'opinion. Annoncer le succès du parti X aurait entraîné un certain nombre d'indécis à "voler au secours de la victoire" et aurait amplifié le résultat. Du coup leur publication était interdite dans les semaines précédent le scrutin.Le jeu étant alors pour les partis d'organiser les sondages et de laisser filtrer les résultats dasn la presse.

Écrit par : hughes_capet | 29/03/2010

l'humour du desespoir... ;0)

Écrit par : pamina | 29/03/2010

Il ne faut pas se fier au désespoir Pamina. Celui-ci ne tient jamais ses promesses.

J'ai trouvé cette citation sur le net il y a deux ans. Elle est d'un auteur juif d'Europe de l'Est dont j'ai oublié le nom.

Écrit par : hughes_capet | 29/03/2010

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