Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

23/03/2010

Cohn-Bendit, le Bien commun et le web 2.0

Ça y est! Depuis que j’attendais cela: la référence au Bien commun (au singulier) dans un discours politique. Un discours, non une conférence, car j’avais souligné déjà que Van Rompuy y avait fait allusion, il n’y a pas si longtemps : c’était dans le cadre d’un exposé sur la pensée de Benoît XVI. Je guettais donc ça et là les timides apparitions du concept dans le langage politique, attendant sa formulation explicite. C’est chose faite. Et le héraut s’appelle Cohn-Bendit. (Non, je n’ai pas fait de faute -héraut, celui qui proclame, et non héros, celui qui triomphe).

Puisque je considère qu’avérer sa subjectivité est un grand pas vers l’objectivité, j’avouerai: le personnage (et son idéologisme) me donne des boutons. Son côté soixante-huitard déjanté et fort en gueule m’irrite; mais j’admire son culot, et l’art de sortir des vérités toutes crues. Son récent discours à Barroso valait de l’or. Du même alliage, je trouve, le manifeste qu’il vient de publier dans Libé. Bon, précisons d’emblée que ce qui me retient, outre la verve et l’allant, c’est la critique de la particratie. Ce qui me hérisse, c’est que son idée de Coopérative Politique est elle-même sectaire. Lisez et relisez: elle ne peut être que de gauche. Tant il est difficile de dénoncer les logiques “partidaire” (sic) et d’y échapper.


Il n’empêche. Voici un beau pavé dans la mare, à l’heure où il continue de pousser, ici comme Outre-Quiévrain, des têtes à l’hydre particratique. Villepin n’annonce-t-il pas la création d’un nouveau mouvement? Qui verrons-nous poindre encore, après le PP? Je gage que d’autres initiatives sont en cours.

Pour ceux qui n’auront ni le temps ni la patience (ou plus prosaïquement le goût) de lire l’impétueux Cohn-Bendit, voici un extrait:

Abstention, populismes, clientélisme… Cette élection le prouve encore : depuis des décennies, le fossé n’a cessé de se creuser entre la société et le politique. Le divorce démocratique est profond entre des logiques partidaires complètement déracinées qui fonctionnent en hors sol et une société active, diverse, créative mais sans illusion sur la nature et les formes du pouvoir qui s’exerce sur elle. Les partis politiques d’hier étaient de véritables lieux de socialisation et d’apprentissage de la cité. Mais aujourd’hui ils se réduisent le plus souvent à des structures isolées de la société, stérilisées par de strictes logiques de conquête du pouvoir, incapables de penser et d’accompagner le changement social, encore moins d’y contribuer.

Parti de masse caporalisé ou avant-garde éclairée de la révolution, rouge voire verte : ça, c’est le monde d’hier. Celui de la révolution industrielle et des partis conçus comme des machines désincarnées, sans autre objet que le pouvoir. Comme des écuries de Formule 1, ces belles mécaniques politiques peuvent être très sophistiquées et faire de belles courses entre elles, mais elles tournent en rond toujours sur le même circuit, avec de moins en moins de spectateurs.

Le mouvement politique que nous devons construire ne peut s’apparenter à un parti traditionnel. Les enjeux du XXIe siècle appellent à une métamorphose, à un réagencement de la forme même du politique. La démocratie exige une organisation qui respecte la pluralité et la singularité de ses composantes. Une biodiversité sociale et culturelle, directement animée par la vitalité de ses expériences et de ses idées. Nous avons besoin d’un mode d’organisation politique qui pense et mène la transformation sociale, en phase avec la société de la connaissance. J’imagine une organisation pollinisatrice, qui butine les idées, les transporte et féconde avec d’autres parties du corps social. En pratique, la politique actuelle a exproprié les citoyens en les dépossédant de la Cité, au nom du rationalisme technocratique ou de l’émotion populiste. Il est nécessaire de «repolitiser» la société civile en même temps que de «civiliser» la société politique et faire passer la politique du système propriétaire à celui du logiciel libre. (…)

Ni parti machine, ni parti entreprise, je préférerais que nous inventions ensemble une «Coopérative politique» - c’est-à-dire une structure capable de produire du sens et de transmettre du sens politique et des décisions stratégiques. J’y vois le moyen de garantir à chacun la propriété commune du mouvement et la mutualisation de ses bénéfices politiques, le moyen de redonner du sens à l’engagement et à la réflexion politique.

Encore une fois, l’important est moins d’où nous venons, mais où nous voulons aller, ensemble. C’est l’esprit même du rassemblement qui a fait notre force, cette volonté de construire un bien commun alternatif.

Quand Cohn-Bendit parle de coopérative, ses antécédents politiques me rappellent kolkhose et sovkhose. Je n’ai pas le goût de jeter pour autant son manifeste à la poubelle. Je dénonce ce qu’il dénonce. Je pense ce qu’il pense : il faut envisager autre chose, autrement. Aux démocrates « de droite », aux libéraux vrais, je pense qu'un autre modèle collaboratif s’ouvre : c’est celui du web 2.0. Pour cela, je crois davantage à la « collaborative » qu’à la « coopérative » politique. Avis aux hommes de bonne volonté…

Commentaires

Coopérer ça me parle pourtant, presque autant que le Bien Commun.
Désolé pour vous que vous attendiez ces mots dans la bouche d'hommes de droite ;o)

Écrit par : Jean-Louis | 23/03/2010

le hic n'est pas tant le mot "coopérer" que dans la connotation de "coopérative" ;0)

Écrit par : pamina | 23/03/2010

Pour Roschelle et Teasley (1) « Le travail coopératif implique une division du travail entre les participants, chaque participant étant responsable d’une partie du problème à résoudre. »
Pour Dillenbourg (2): « En coopération, les partenaires divisent le travail, partagent les sous-tâches individuellement et puis assemblent les résultats partiaux dans une sortie finale. »

Le second modèle est celui de la collaboration.
Pour Roschelle et Teasley (1) « Dans la collaboration, les participants s’engagent tous dans les mêmes tâches, en se coordonnant, afin de résoudre le problème ensemble. »
Pour Suchman (3) « Dans le cas d’un travail collaboratif, il n’y a pas de répartition a priori des rôles : les individus se subsument progressivement en un groupe qui devient une entité à part entière. La responsabilité est globale et collective. Tous les membres du groupe restent en contact régulier, chacun apporte au groupe dans l’action, chacun peut concourir à l’actionde tout autre membre du groupe pour en augmenter la performance, les interactions sont permanentes : c’est la cohérence du collectif qui permet d’atteindre
l’objectif (exemple : gagner un match de football). »

(1) ROSCHELLE, J. & TEASLEY, S. D. (1995). The Construction of Shared Knowledge in Collaborative Problem Solving. In C. O'Malley (Ed.), Computer Supported Collaborative Learning (pp. 69-97). Berlin : Springer.
(2) DILLENBOURG, P, (1999) Collaborative-learning: Cognitive and Computational Approaches Oxford: Elsevier.
(3) SUSCHMAN, L. (1987) : “Plans and situated actions : the problem of human-machine communication” Cambridge, Cambridge University Press

Écrit par : Le Professeur | 24/03/2010

eclairant, comme toujours, Professeur

Écrit par : pamina | 24/03/2010

Les commentaires sont fermés.