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22/03/2010

De la politique au sens noble

Après une crise de belgianpoliticalblues qui a duré plus d’une semaine, où je me suis astreinte (l’overdose de travail aidant) à une diète totale de débats, me revoici d”attaque”, comme on dit à Liège. Ce qui signifie tout simplement bon pied, bon oeil. Ce à quoi j’ajouterais peut-être: mauvaise langue.

Ce zapping des problèmes cruciaux qui nous taraudent tous –la royauté, l’identité wallonne, les états d’âme de Claude Eeerdeckens, et la réglementation de l’épilation laser- m’a permis paradoxalement de me réconcilier avec la Politique (notez la majuscule). J’ai en effet suivi jour après jour l’épopée de la réforme de la santé, aux USA. Avec ferveur, avec émotion. Dans les journaux, dans les blogs, sur les chaînes américaines.


Qu’est-ce qui me touche dans cet événement qui ne m’affecte, au fond, en rien? (Ben ouais, quoi, ça change quoi à mon pouvoir d’achat...?) Ce qui me touche, c’est cette volonté farouche de faire triompher un rêve, une idée, un projet. C’est la capacité qu’ont eue les Démocrates, mobilisés par Obama, Pelosi et Biden, de s’élever au dessus des intérêts particuliers et de leur intéret électoral. Obama a joué la conciliation, la réconciliation, a refusé la polarisation du débat; la mort de Ted Kennedy, sa succession républicaine ont bien failli enterrer l’espoir de la réforme. L’administration démocrate a accusé le coup, comme un boxeur sonné: elle s’est relevée de ce revers, plus déterminée que jamais. Obama a compris qu’il fallait choisir entre son rêve “unioniste”, celui d’une adoption par majorité composite, et le passage en force, majorité contre opposition. Une majorité fragile, d’ailleurs, interrogative sur le problème du financement des avortements, notamment. Une majorité inquiète, aussi, qui prenait acte du retournement de l’opinion, manipulée machiavéliquement, littéralement intoxiquée par les républicains et les extrémistes du Tea Party. Ce sont les bénéficiaires potentiels de la réforme qu’on a vu défiler, criant slogans et insultes à l’encontre des démocrates favorables au projet. Ils l’ont fait. Quand même, malgré tout. Aucun de ces députés, aucun de ces sénateurs n’aura soyons en sûrs à recourir à cette Assurance-maladie qui couvre les moins nantis. Ils l’ont votée.

Et plus d’un a évoqué le devoir moral de faire passer cette réforme. On peut sourire, voire ricaner de ces références constantes à Dieu, à la religion, au Bien et au Mal étalées complaisamment par nos cousins d’Amérique. Mais voyez-vous, la morale, au contraire de l’éthique, c’est une valeur absolue, transcendante, quelque chose qui dépasse la “légitimité”, le bien et le mal définis par des règles humaines. Bien sûr, on peut s’abriter derrière elle pour attaquer un Axe du Mal plantureusement assis sur des puits de pétrole. Personne n’est dupe. Mais j’ai la faiblesse de croire que parfois, l’homme est capable en son nom de s’élever contre les intérêts particuliers, de dépasser son intérêt propre, et même de l’y sacrifier, au nom d’un Bien commun. Ce qui me bouleverse dans l’adoption du Healthbill, c’est que certains ont accepté le risque électoral de voir sanctionné en novembre ce qu’ils estiment juste et bien.

Vous haussez les épaules. Je suis naïve, peut-être. Et savez-vous quoi? J’assume. J’assume de garder foi en la capacité humaine de s’oublier soi-même au profit de la réalisation d’un rêve plus grand que soi. Ma naïveté ne va pas jusqu’à croire que c’est chose commune. C’est, j’en suis consciente, le fait d’hommes hors du commun. Quand on veut inventer un horizon, au-delà d’un horizon électoral, ce qui compte, c’est l’envergure. Les Américains se sont dotés d’un aigle, nous d’un coq. Et il est vrai que parfois, je ne peux m’empêcher de repenser que certains n’ont d’autre ambition que d’engraisser sur leur fumier.

Un lien: http://www.nytimes.com/2010/03/22/health/policy/22assess....

Commentaires

Ah le symboles animaliers. Le coq, chère Pamina, est issu d'un compromis dans les congrès wallons du début du XXè siècle (ceux qui ont précédé la fameuse lettre au Roi de Jules Destrée). S'opposaient alors sur la question des symboles identitaires de la Wallonie (le terme n'avait que 50 ans et peinait à s'imposer) des rattachistes plutôt hennuyers et des autonomistes plutôt liégeois. Le Congrès trancha à la Salomon en optant pour le coq gaulois (qu'on fit hardi, c'est à dire dressé sur une seule patte pour le distinguer de son homologue d'outre quiévrain) et pour les couleurs rouge et jaune qui sont celles de la Cité ardente. Quant à la devise liégeoise "Liberté Sécurité", elle fit place à un "Wallon, toudî" jugé plus consensuel.

L'emblême de la Wallonie a failli être l'alouette. Eh oui.
Figurez-vous qu'au premier siècle après Jésus_Christ , Rome après nous avoir conquis leva chez nous des troupes comme partout dans son empire. Et chaque légion disposait de son emblême propre à côté de la Louve et de l'Aigle. Vous aviez la Fulminante, la Victorieuse, la Chançarde et....la 5è Légion Alouette (Alauda) qui regroupait les contingents gaulois.
Fin XIXè à l'époque de la naissance du nationalisme wallon, les chercheurs en manque de racines déterrèrent cette référence et la proposèrent comme signe distinctif wallon. ILs ne furent pas écoutés.
Je me dis que ce fut peut-être une occasion ratée.
Cela aurait eu de l'allure un hymne national chanté par Gilles Dreu

Alouette, alouette, non ne t'en fais pas
Alouette, alouette, l'été reviendra.

Écrit par : hughes_capet | 22/03/2010

il s'agissait déjà de trouver "une identité wallonne"... ;0) faut continuer à gratter la cour du poulailler, pour y trouver des grains de maïs qu'on fera passer pour pépites d'or.

Écrit par : pamina | 22/03/2010

Ben oui, le drame (ou l'opportunité) c'est que la Wallonie n'a jamais existé, historiquement parlant. Il existe une identité bretonne, corse ou alsacienne. Mais qu'en est-il de l'identité berrichone, poitevine ou picarde ?
C'est la même chose chez nous.
Prenons un Charles Quint ou une Marie Thérèse d'Autriche, ces souverains de superpuissances de l'époque. Ils sont roi d'espagne, ou reien de Hongrie en plus d'être empereur ou impératrices du Saint-Empire Romain Germanique mais pas roi ou prince de Wallonie.
Non, leur titulature les fait Ducs de Brabant, de Limbourg et de Luxembourg, comtes de Hainaut, Marquis de Namur, etc. Sans compter que Liège a toujours fait cavalier seul jusqu'à la révolution française.
Notre identité est sous-régionale et encore. D'ailleurs nous n'avons pas de langue commune. Les Bretons après bien des avanies se sont dotés d'une langue issue de leurs quatre dialectes (Cornouailles, Léon, Vannetais et Tregor). Chez nous, sans parler du picard et du champennois, les parlers wallons sont divers et non interpénétrables.
Alors trouver une identité et des symboles....j'en rirais bien si ce n'était pas pathétique.

Écrit par : hughes_capet | 22/03/2010

n'avoir pas de passé n'est pas un handicap pour construire un avenir; sauf si cet avenir n'est capable que de se penser en termes de particularismes -en somme, nous en sommes revenus à la féodalité. Mais nos barons sont sans noblesse...

Écrit par : pamina | 22/03/2010

Bien d'accord avec vous Pamina. Mais alors il faut cesser de chercher une identité dans ce passé que l'on triture et que l'on torture. C'est comme le folklore officiel que sont censées incarner (entre autres) les confréries gastronomiques : Mais à quelle époque, diable, des gens ont-ils fait la cuisine vêtus de pareils oripeaux ? une toque de magistrat fou, une écharpe en fausse fourure, une toge jaune ou violette, des médailles pendues à des endroits improbables et une épitoge brochant le tout ? c'est une identité de pacotille.
Par contre, les Etats-Unis, pays sans passé s'il en est s'est créé une identité avec le mythe de la frontière incarnée jadis dans le Far West puis par l'espace (la nouvelle frontière des années 60). Mais vous vous rappelez l'apostrophe de JFK "Ne vous demandez pas ce que lepays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour le pays".

Je n'ai pas de sympathie a priori pour Obama, que je trouve trop "prometteur de beaux jours" pour être honnête mais je pense qu'il a la capacité de redonner de l'espoir et un projet à son pays. Et son récent succès en matière d'assurance santé fait plaisir à voir (même pour un vieux ronchon comme moi)

Écrit par : hughes_capet | 22/03/2010

Je déterre un peu ce billet, mais il y a une nouvelle qui est passée très récemment dans une relative indifférence malheureusement. L'Inde vient en effet de promulguer une loi rendant la scolarité de 6 à 14 ans gratuite et obligatoire. Ce projet (avec des fonds débloqués pour le concrétiser) vise à faire suivre à près de 8 millions d'enfants Indiens non scolarisés un cursus primaire. La mise en application sera peu aisée, mais quelle volonté tout de même! Ce genre de nouvelle a une tendance à me réjouir de la même façon que la réforme de santé US.
Plus d'info : http://bit.ly/bFAwZP

Écrit par : rabatjoie | 03/04/2010

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