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13/02/2010

L'angélisme et les enfants de choeur

Après le coup de projecteur sur les problèmes de sécurité à Bruxelles, la semaine dernière, et les affligeants débats-bla-bla qui ont suivi, le sable retombe au fond de la rivière. Les “task forces” (notez la connotation guerrière) se réunissent pour envisager (envisager seulement) des solutions. Lesquelles, écartelées entre des thèses contradictoires parce que idéologico-particratiques, déboucheront sur un arsenal de mesures à mettre en oeuvre. Restera la question des moyens, alibi de l’inertie ou de l’absence de volonté. On publiera dans deux ans des statistiques et contre-statistiques pour démontrer la pertinence/inefficience de ce qui a été décidé. La machine bureaucratique aura continué à tourner...

Hicham, Kabila et les autres sont évoqués ce matin dans un article saisissant de La Libre Belgique: “Le tribunal des enfants de choeur”. J’en reste sans voix. J’évoquais voici quelques jours l’impossible tâche d’enseigner et d’instruire, tant l’éducation, c’est-à-dire la connaissance des fondamentaux du vivre-ensemble, était inexistante. L’article de LLB dit en somme la même chose. En pire. Et c’est autrement grave. Car dans le temps où d’aucun défendent avec conviction leurs symboles, les nôtres, et les plus essentiels, sont tournés en ridicule, bafoués avec arrogance.


La Belgique, la démocratie, le droit et la justice qui le garantit ne sont que des mots creux lorsqu’ils n’inspirent plus le respect, pire, lorsqu’ils deviennent l’objet de franche dérision. Comme dans la chanson du rappeur Radouane-la-déglingue, généreusement subsidié par le contribuable wallon: “C’est ma politique je remplirai des sacs de fric; j’épouserai le Maroc après avoir baisé la Belgique“. Or pour employer une image vulgaire, il me semble que celle-ci se penche de plus en plus: une invite, en somme, à approfondir de telles relations.

Le mépris de la justice transpirant au “Tribunal des enfants de choeur” montre que bien des discours sont vains: si nous tolérons de telles avanies, c’est que depuis longtemps nous n’avons plus foi dans nos propres institutions, dans leur fonctionnement, dans leur efficacité. C’est que nous n’avons plus foi en nos propres valeurs, en notre projet sociétal. Les gargarismes humanistico-droit-de-l’hommistes ont singulièrement servi une cause dangereuse: elles ont généré chez les “petits” ou “jeunes” délinquants une impunité arrogante, et chez les citoyens ordinaires, un fatalisme mortifère.

Mais enfin y-a-t-il une seule personne pour se soucier de la mère d’Hassam, handicapée, sourde, femme battue à plusieurs reprises par son fils, lorsqu’elle entend le juge relaxer celui-ci une fois encore? Hier soir, s’il est rentré après avoir fêté sa libération, il est rentré chez elle. Que s’y est-il passé? Y-a-t-il une seule personne pour penser que cette femme, peut-être, en immigrant ici, a rêvé un pays qui garantisse ses droits, un pays qui ne soit pas aux mains des hommes forts, de leurs coups, de leurs pressions et contraintes, corporelles ou psychologiques, un pays qui la sorte des peurs quotidiennes. Nombre de demandeurs d’asile installés ici ont fui la guerre, le terrorisme, la violence: nombre d’allochtones de première ou deuxième génération ne rêvent que de paix et de prospérité pour leurs enfants. Nôtre lâcheté leur fait perdre espérance; notre lâcheté leur inspire aussi le mépris.

Rien ne peut se construire sans respect humain. Mais pour se faire respecter, il faut avoir conscience de sa dignité, et la défendre. Je ne suis ni nationaliste, ni patriote: par contre foncièrement démocrate et en tant que telle, je défends un état de droit dont les institutions sont garantes. Certaines personnes en sont les légitimes représentants. Qu’au prétoire le procureur se fasse traiter de "Connard de ta mère. Fils de pute !" n’est pas « simplement » irrespectueux ; que tel récidiviste nargue la juge en tant que vieille connaissance, non plus. La lutte contre la violence doit être d’abord une lutte pour le respect, qui est signe de reconnaissance de l’existence de l’autre.

Si ce préalable là n’est pas requis sans concession, s’il n’est pas compris par l’ensemble des parties, l’invocation des droits de l’Enfant, des Minorités ou de l’Homme n’est qu’un artifice : et il faudra bien que l’on finisse par considérer que les droits des hommes et des femmes réels, préjudiciés, priment sur des concepts-alibis garantissant l’impunité à des crapules. Quelle idée de la justice et de la Belgique peut se faire aujourd’hui la mère d’Hassam, après la mascarade indigne à laquelle elle a assisté ? Quelle idée s’en font la victime poignardée de « Kabila », celle, séquestrée par Hiram et la vieille dame sac-jackée ? Si les rêves déçoivent alors vient le désamour. Et le désamour est bien proche souvent de la haine.

Le cercle est vicieux. C'est pourquoi je trouve certain angélisme pervers.


Commentaires

bonjour ti autres

la Belgique n'est plus un pays de droits puisqu'il y existe des zones de non-droits.. la Belgique n'a plus aucune identité car elle est devenue multiculturelle..la Belgique ce n'est plus que :le droit de l'enfant , la ligue des droits de l'homme , le droit de grève , le droit d'être "soi belge et tais toi" le devoir a été remplacé et remisé au placard... nous n'avons plus droit qu'à des mascarades politiciennes qui s'arrogent le droit d'installer, dans nos rouages les défenseurs du non-droit à la liberté. Qui aurait imaginé un seul instant que le parti Ecolo , sous un aspect angélique serait devenu l'empreinte du diable..qui aurait imaginé un seul instant qu'un parti ayant viré sa cuti chrétienne aurait été le premier parti belgo-européen à installer une musulmane voilée au sein de nos institutions...qui aurait imaginé que le MR serait confronté à la fronde des gauchistes qui le mène à l'implosion.....j'ai mal en mon pays , j'ai mal en mes valeurs car tout fout le camp

Écrit par : jacques legrand | 13/02/2010

Il m'appartient de dire que le billet "d'humeur" de Pamina doit être lu en perspective avec l'article de La Libre Belgique: “Le tribunal des enfants de choeur". Je suis resté sans voix ! Je n'ai pas cette capacité à tirer à la kalachnikov sur mon clavier quand les choses me touchent au plus profond de mon éducation. Malheureusement !
Hier, j'ai réagi sur Twitter. En 140 caractères c'est plus facile. Je lui proposais, en allusion au roman de Bradbury, Fahrenheit 451, t° à laquelle le papier s'enflamme, de brûler la "Déclaration Universelle des Droits de l'Homme".
Je ne peux pas non plus accepter que les fondamentaux du "vivre-ensemble" soient continuellement bafoués, je ne peux accepter que des préjudiciés soient laissés pour compte, je ne peux pas accepter que ces vigiles ne courent pas plus vite pour attraper la crapule du "fan club" qui insulte la magistrature.
Ces grandes bibles des droits de l'homme, de l'enfant m'énervent au plus haut point quand le minimum de savoir vivre en société n'est pas acquis. Edouard Delruelle, son Centre pour l'Egalité des Chances et ses grandes interventions dans les médias, c'est du curé dogmatique, tel que je n'aime pas !
Quand sur la passerelle, à deux pas de ton unif, Edouard ma femme se fait insulter par un sdf drogué et un trottoir plus loin se fait cracher sur les pieds par deux Arabes en mal de machisme... alors là vos droits de l'homme !

Écrit par : Sucre Gandhi | 14/02/2010

Ben oui.
Que faire ? comme disait Lénine. Honnêtement je ne sais plus. Mon opinion oscille entre diverses options :
- s'investir dans un projet politique prônant une réforme de la société (je n'ai pas dit militer au mouvement autoproclamé réformateur);
- filer très loin vers l'est et me faire moine boudhiste à Shaolin ou à Lhassa, ou , plus concrètement, me forcer à ne rien voir, ne rien sentir, ne rien entendre ...et espérer passer entre les gouttes. Après moi le déluge.
- m'offrir une kalashnikov, un bowie knife, des cours de krav maga, me laisser pousser la moustache en croc et enfiler le blouson de Charles Bronson;
- en revenir au temps ou je lisais "les Justes" et me dire qu'au fond, poser des bombes est un moyen de faire avancer les choses.

J'ai passé vingt-cinq ans à militer. Et je me pose encore les questions que je me posais à l'université. Sauf qu'à présent je n'ai quasi plus d'espoir.

Écrit par : hughes_capet | 15/02/2010

tes questions m'interpellent: je me les pose souvent. en fonction des heures en fait, ou des circonstances. Il y a des jours kalachnikov, et d'autres méditation dans le cloître zen d'Orval. La militance nécessiterait un rêve et une personne d'envergure.
Issue: relire "Le bonheur, désespérément" de Comte-Sponville, peut-être.

Écrit par : pamina | 15/02/2010

Je connais l'auteur mais je n'ai pas lu "le bonheur, désespérément".
Il faudra que j'aille faire un tour à la Fnac :-)

Écrit par : hughes_capet | 15/02/2010

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