Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

22/01/2010

De l'impudence et de l'impunité. Comment meurt la démocratie.

A quoi reconnaît-on une oeuvre de la littérature universelle? A ce qu’elle est intemporelle. Je vous propose donc, en toute modestie bien sûr, la réédition d’un billet de ce blog, datée de mars 2009. Avec, quand même, une petite actualisation Daerdenienne, pour rester à la page ainsi qu'une courte réflexion, entachée de migraine, sur la particratie.


L’impunité se définit comme le caractère de ce qui est impuni; l’absence de punition; -en définitive, l‘absence de conséquences à des actes répréhensibles. L’impudence, c’est une effronterie audacieuse ou cynique qui choque, indigne. Dans quelle mesure l’impudence de nos gouvernants est-elle le fruit de l’impunité et, question positive, est-il possible de sortir du cercle vicieux qui fait que ceux qui me roulent, en plus, me narguent?

Sans doute ai-je oublié une notion fondamentale dans ces lignes préliminaires: celle d’immunité. L’immunité (pardon pour ce petit cours d’étymologie, chassez le prof, il revient au galop), est “une exemption de charge, une prérogative accordée par la loi à une catégorie de personnes”. Il y a des immunités de droit –celles de nos parlementaires, fondée à priori et justement, pour empêcher qu’on les empêche par des procédures pénales entamées à tout propos d’exercer sainement leur métier –faire des lois notamment. Il y a des immunités de fait: celle d’individus qui échappent à la loi civile, parce qu’ils ressortissent d’autres lois (ex: droit canon pour les religieux).

L’immunité, même si elle paraît scandaleuse en son principe au citoyen Bêta (par opposition avec alpha, et non similitude avec le iota de “idiot), est une condition d’exercice de la démocratie représentative. Malheureusement, elle est semble-t-il parfois mal comprise par certains de nos élus qui confondent l’immunité avec l’impunité en plusieurs domaines.

Je ne connais pas une seule démocratie au monde –sauf peut-être bananière- où impudence et impunité se confondent avec autant d’allant qu’en Belgique. Qu’elles s’avèrent l’une et l’autre, nous avons droit à d’hypocrites surprises, et l’engagement, la main sur le cœur, que si l’info se vérifie –mais il faut laisser le temps au temps et la justice suivre son cours – des mesures seront prises. Un jour. D’ailleurs on va créer des comités (d’audit, de contrôle, de déontologie). Demander un rapport. L’examiner. Tiens, quelqu’un a vu celui sur le Forem ? Sur le MRAX ? Sur… ?

Et puis, il y a la rhétorique. Les phrases ronflantes, et les slogans. « Plus que jamais, la famille socialiste restera soudée. La tête haute, avec dignité et détermination ». On se dit qu’à ce stade là, c’est du grand art. N’empêche, ça a de la gueule. C’est beau comme une tirade du Parrain, dis-donc. D’ailleurs ça parle de « la famille », et de « dignité ». Daerden digne. Ding dingue dong. Ave Cesar ? L’autre Empereur a parlé. Bientôt, il va falloir laver l’honneur, et réparer les fautes. Bonjour les prébendes aux parvenus. Quoique, précise Elio, le PS n'acceptera jamais qu'une minorité "tire les ficelles et s'enrichisse au-delà de toute décence". Non ? Si ! Et il l’a dit sans rire ? Et il se trouve des militants pour applaudir ?

L’impudence et l’impunité se nourrissent de notre faculté d’oubli. Olivier Baum évoquait il y a peu le concept de sous-veillance, remontant des citoyens vers les autorités censées les administrer. C’est là que le web, les réseaux –en particulier twitter- et les blogs peuvent faire la différence. Alors que la presse court paradoxalement après l’instantanéité, la « news », souvent plus anecdotique qu’événementielle d’ailleurs, ces derniers peuvent remettre sur le tapis des infos passées date, mais qui font sens dans la durée, en particulier quand on prend la peine, avec un peu de recul, de les articuler. C’est le travail auquel s’attelle avec talent et humour, Le grand Barnum –entre autres. Il nous faut sortir de la fatale somnolence où nous plonge un discours politicien insipide, inodore, incolore et inconsistant, qui n’a d’autre fin que la perpétuation d’un système particratique mortifère pour l’Etat, mais Ô combien lucratif pour ses bénéficiaires. J’en viens à trouver les moustiques sympathiques : et les tweets-qui-piquent, salutaires.

Sera-ce suffisant pour réveiller les Belges de leur apathie démocratique ? Au fond, pardonnez cet instant de déprime, j’en doute. Quand « Papa » se dit « proche des gens, avec les gens, comme les gens », je crains qu’il n’ait raison. Il y a dans la région liégeoise au moins 63.500 « citoyens » qui partagent sa vision (souvent trouble) et son sens éthique (idem). Allez construire un Bien commun avec ça…

Consultance donfuesque, révisorat daerdenien, ce ne sont pas des « événements », ce sont des « systèmes », des « structures », une « ingénierie » qui n’ont pu se développer qu’à la faveur d’une couveuse particratique particulièrement bienveillante. Elle peut être de gauche ou de droite, centriste ou extrémiste. Elle n’a pour condition de développement et de subsistance que la somnolence de citoyens repus de pain et de jeux, et sevrés d’Idéal.

Lorsqu’on perd non pas l’espérance, mais même l’idée qu’un « autre chose » est possible, on se résigne à ce qui est. Et dès lors, on le mérite. C’est, en définitive, le consentement d'un peuple vieux à une mort démocratique, encadrée de soins particratiques.

De la cigüe, SVP, pour mourir avant cela.
Si possible debout, et les yeux ouverts

 

 

Le lien qui tue:

http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws/mediatheek/nieuws/politiek/1.700093

Commentaires

Le vin doit se boire avec modération .

Ils restent parfois impudents . Impunis oui et non , il y a quelques procès et les punitions sont relativement légères .Les liens entre la justice et le politique restent floues et peu claires pour le citoyen lambda .

Avant de condamner Daerden , attendons les charges précises contre lui et aussi ce qu'il a à dire pour sa défense : il trouvera de bons avocats qui présenteront des interprétations choisies des lois et décrets et feront remarquer qu'un homme aimant la dive bouteille ne peut être foncièrement mauvais , juste quelques faiblesses , mais qui n'en a pas , etc...

Écrit par : BrunoK | 22/01/2010

Il n'y a pas de peuples vieux, Pamina. Rappellez vous de MonGénéral appelant la France "mon cher et vieux pays", il n'y voyait certainement pas un ensemble sénile.
Pour la cigüe, je sais que vous avez été biberonnée au Phédon de Platon et que vous connaissez par coeur cette scène (à laquelle l'auteur dit ne pas avoir assisté) pleine de dignité où Socrate meurt entouré de ses disciples. Méfiez vous cependant, il paraît que la mort par cigüe est extrèmement douloureuse...
Sur le fond du problème, vous avez raison bien sûr, mais de grâce, ne cédez pas aux promesses du désepoir. Il ne les tient jamais.

Écrit par : hughes_capet | 22/01/2010

Il n'y a pas de peuples vieux, Pamina. Rappellez vous de MonGénéral appelant la France "mon cher et vieux pays", il n'y voyait certainement pas un ensemble sénile.
Pour la cigüe, je sais que vous avez été biberonnée au Phédon de Platon et que vous connaissez par coeur cette scène (à laquelle l'auteur dit ne pas avoir assisté) pleine de dignité où Socrate meurt entouré de ses disciples. Méfiez vous cependant, il paraît que la mort par cigüe est extrèmement douloureuse...
Sur le fond du problème, vous avez raison bien sûr, mais de grâce, ne cédez pas aux promesses du désepoir. Il ne les tient jamais.

Écrit par : hughes_capet | 22/01/2010

L'existence de Socrate est-elle avérée ? Platon raconte-t-il une vérité historique ou est-ce vu à travers les ombres de sa caverne ?
(Je doute donc je suis )

Écrit par : BrunoK | 22/01/2010

derrière les ombres, les marionnettes (Guignol?). je vous invite à regarder la première d'entre elle, en suivant le lien.

Écrit par : pamina | 22/01/2010

je crois qu'on peut difficilement remettre en cause l'existence historique de Socrate, sauf à être de très mauvaise foi. Par contre, Socrate n'a laissé aucun écrit. Et sa pensée n'est connue que par ce
qui nous est parvenu de ce que ses contemporains et ses disciples ont écrit à son sujet.
Et entre le Socrate des dialogues de Platon et celui des Nuées d'Aristophane, et bien il y a de la marge.
Quant à savoir quelle est la part du Socrate historique dans le Socrate de Platon c'est encore une autre histoire.
Mais, réflexion faite, entre le Jésus historique et celui des épitres de Saint Paul, il y a probablement bien des nuances également.

Écrit par : hughes_capet | 22/01/2010

Tiens , mon comm précédent a été ....modéré !

Écrit par : BrunoK | 23/01/2010

absolument pas; je ne modère rien, jamais... avez-vous bien entré le code de confirmation?

Écrit par : pamina | 23/01/2010

Les commentaires sont fermés.