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03/01/2010

Pamina tortionnaire

Sûr qu’après le billet intitulé “Pamina toute nue”, les grand fantasmateurs vont débarquer à nouveau, désireux de mater des photos sado-maso (bas résilles, talons hauts, bustier avantageux et képi de SS, sans compte la Schlage bien sûr). Las, ça fait deux fois qu’elle nous fait le coup, la webmistress de ce lieu: rien de tout ça un point c’est tout.

Non, je voulais juste vous entretenir de mes occupations actuelles. Nul doute que si vous avez un (post-)ado boutonneux (ou non) présentement enfermé dans sa chambre, beuglant qu’on lui foute la paix, qu’il étudie, d’ailleurs qu’il va foirer sa session et que c’est de votre faute parce que vous avez/vous n’avez pas fait ceci/cela, le présent billet vous concerne. J’espère pas trop directement quand même, car il me pèserait d’être la cause directe d’un drame familial et d’une réinscription en seconde session, qui vous soit onéreuse. Je tiens à ce que le “chère Pamina” reste une formule affectueuse.


Donc vous savez tout. Pamina est tortionnaire, Pamina fait des rêves sanguinaires, Pamina s’en va interroger demain les troupeaux apeurés que le mot seul de Philosophie fait trembler. Précisons que je compte peu d’échecs de la deuxième Bac à la seconde Master (pour parler en termes “bolognais”, vous savez, cette grande soupe de réformes universitaires). C’est que les étudiants ont pris le temps de me connaître. Par contre, pour les première Bac, c’est une autre affaire. Un tiers de réussite en moyenne en première session. Un autre petit contingent en deuxième. Au total, un énorme gâchis. Et parfois quelques uns s’y réessaient, avec la même méthode de travail et le même résultat. Hélas.

On accuse “l’enseignement supérieur”, et cela me fait bondir. Les professeurs ont à gérer des situations invraisemblables, où des jeunes sortis d’un secondaire en hotellerie se lancent tête baissée en régendat langue germanique, ou passent par l’horticulture et l’architecture des jardins pour s’inscrire finalement en Histoire de l’Art. Ils sont assis côte à côte avec le blondinet issu de Saint-Michel et sa copine de Saint-Servais, couronnés d’humanités gréco-latines ou de math 8 sciences fortes.

Cette belle mixité, rassemblant sur les mêmes bancs les parcours scolaires les plus improbables, ça s’appelle “la démocratisation de l’enseignement supérieur”. Mais quand je pose une question sur “les grands courants de la philosophie médiévale”, un tiers des étudiants ne comprend pas le terme “médiéval”. Que j’ai appris à expliquer, entretemps, au grand dam de mes blondinets proprets qui s’ennuient ferme. Les âmes démunies et de bonne volonté entendent, mais quid du tiers qui porte des oreillettes et chatte sur Facebook pendant le cours, ou encore sms et twitte frénétiquement?

S’ils s’égarent dans ces divertissements, disait un brillant pédagogo dans une tribune de LLB, c’est que votre cours n’est pas adapté, il n’intéresse pas. Ah bon. Je répondrais: ça dépend qui. J’ai même des étudiants présents le jour de la Saint-Nicolas à Liège, c’est vous dire... Mais pour “intéresser”, il faut qu’il y ait, étymologiquement, deux acteurs au moins. Car intéresse “ce qui est entre”. Or je suis désolée, certains sont physiquement présents mais occupés à autre chose, et j’ai pour ma part d’autres priorités que materner. D’ailleurs ils sont majeurs et vaccinés, il est peut-être temps qu’ils prennent leurs responsabilités. Et les assument. Car leur irresponsabilité à un coût et pour leurs géniteurs, et pour la collectivité.

Je ne détiens pas un savoir. Plus j’avance et plus je rejoins Socrate et Jean Gabin: je sais que je ne sais rien. J’essaie d’apprendre à apprendre, c’est à dire à satisfaire une curiosité, une soif, une faim, un désir. J’essaie d’allumer un feu, comme disait si joliment Montaigne. Parfois j’ai beau employer le silex, l’étoupe, l’allumette, l’allume-gaz, le lance-flamme: je rencontre des brassées de bois vert, ça fait de la fumée, picote les yeux, et s’éteint sans même un crépitement, une étincelle. Parfois, aussi, la petite flammèche nourrit un feu qui dévore quasiment l’âtre, et cela réchauffe le coeur. Ces moment là sont récompense, et carburant pour les temps difficiles

Des jours comme aujourd’hui, je relis une lettre d’une de mes étudiantes, récemment diplômée. Je l’avais citée ici, dans un précédent billet je crois. Mais comme ça fait baume au coeur, j’en remets une couche. Je précise qu’elle n’a jamais vraiment flippé sur Platon ni Hegel, et même je l’ai invitée quelquefois à approfondir sa matière en seconde session. Mais j’ai eu le plaisir de couronner son diplôme d’une grande distinction, parce qu’il me semblait qu’elle avait tout compris: si pas de la philo, de la vie.

« Vous nous avez donné l’envie d’aller toujours plus loin, vous nous avez motivés, poussés à réussir et à voir les choses en grand. Cette passion qui brille dans vos yeux, celle qui vous a vous-même portée si haut aujourd’hui, a enrichi la notre et nous a servi de lanterne. Votre rigueur, votre vigilance, votre perfectionnisme et votre partage sont toutes des qualités, qui nous ont amenés nous même à nous battre pour tendre vers cet idéal que nous inculquiez. (…) Je vous remercie donc au nom de tout cela et vous souhaite de conserver cet entrain et cette passion, qui m’ont d’ailleurs fait tellement de bien, en temps de doute ou de découragement. Cette réussite je vous la doit en très très grande partie et je vous en remercie ».

Alors, quoi qu’en dise votre progéniture, Pamina ne torture personne. Demain, elle tentera d’éveiller des neurones, de susciter des connections, des éclairs, des illuminations, qui sait, une PENSEE. –Comme s’en plaignait de façon inénarrable une autre étudiante: « Oufti, m’dam, votre exam, fallait réfléchir, hein ». Pour cela, Pamina demande un minimum d’étude, donc de travail. TRAVAIL : étymologiquement, le mot vient du latin, trépied de torture. Nous y revoilà. Mais vous voyez bien que c’est pas ma faute…

PS : Demain, un billet sur le Kamasutra. Si, si, je ne vous décevrais pas, je vous promets que ça répondra à vos attentes, et il y aura même une vidéo. Pas de moi, non, mais de quelqu’un de ma famille. Sans honte et sans pudeur ;0) A demain ?

 

PS2 Les commentaires  de ce billet (notamment sur twitter), renvoient au mot ELITISME. J'en avais traité dans un précédent billet: Eloge de l'excellence

Commentaires

Je dois être né tôt tôt, dans un monde trop jeune, ou vous trop tard, dans un monde trop vieux: je crois que j'aurais aimé avoir un prof comme vous, Pamina. Pas pour la schlague, ni pour les bas résille (j'aime pas), ni même pour le Kama Sutra de demain! Non: pour ce savoir que vous défrichez avec humilité au lieu de l'asséner avec suffisance, à ce qu'il me semble.

Sous l'Ancien Régime, la richesse était dans la terre, à partir de Lumières, elle est allée se loger dans les biens meubles, à produire et à échanger. Nous entrons dans une autre époque, celle où la richesse primordiale devient immatérielle, car elle réside - enfin - dans la connaissance...

D'où l'enjeu primordial que représentent l'enseignement et l'éducation pour construire la nouvelle démocratie.

Écrit par : charles | 03/01/2010

mais il manque un ingrédient: le goût, l'envie, le désir, la passion, l'envie de vaincre, de se dépasser... Le savoir est une chance, le savoir est une jouissance. Et vous ne pouvez deviner à quel point c'est épuisant de tenter de faire entrer cette vérité là...

Écrit par : pamina | 03/01/2010

Je suis né dans les années 60, en Hesbaye. Dans mon école primaire, la moitié de mes condisciples étaient des fils ou filles de fermiers. On parlait dans la cour de récréation de vêlages, de culs-de-poulain ou de betteraves à emblaver beaucoup plus que de chanteurs ou de football. Les filles voulaient être fermières ou infirmières, les garçons reprendre un exploitation. Les plus hardis se voyaient vétérinaires ou ingénieurs agronomes. Hors de la terre, point de salut. Il n'était pas rare que certains quittent l'école à 14 ans pour travailler avec leur père ou que les filles épousent à 16 ans un fils d'une cense voisine.
Ce monde a disparu lors des années 70 sous les coups de la mécanisation et de la politique agricole commune. Nostalgie.
Déjà à l'époque on savait que certaines professions se méritaient, qu'on ne devenait enseignant, pharmacien, ingénieur qu'à coup d'études et d'efforts. Et il était admis que celui "qui apprenait bien" ne finirait pas sa vie à charrier le fumier.
Puis sont venus le rénové et les réformes pédagogiques, inspirées souvent par de bons sentiments. On en a surtout retenu une chose, chacun a le droit de faire les études qu'il choisit. Puis on a déduit que chacun avait le droit de les réussir, quels que soient ses mérites et ses investissements personnels. De dérives en dérives, on en arrive à la situation que vous décrivez Pamina.
Et que vont ils devenir ceux qui ne passeront pas à travers les mailles du filet ? ceux qui échoueront d'abord en romane, puis en instituteur et enfin en instituteur maternel ? Ils quitteront l'enseignement à 22,23 ans, amers et aigris, fort d'un CESS dévalorisé qui ne les amènera à rien de bon.
Pendant ce temps, nos pédagogues se congratulent.
Et moi je hurle à la mort.

Écrit par : hughes_capet | 03/01/2010

vous brossez un tableau trop rose, Hughes. Quitter l'enseignement à 22 ans? C'est l'âge des étudiants que j'inscris en première, qui se sont attardés au secondaire et ont "essayé" une chose ou l'autre. Ils sortent à 25, 26,27 ans avec un bac (un ancien graduat). Parfois, ils passent les mailles du filet: ils ont le diplôme, et sévissent dans l'enseignement fondamental, entrainant une déliquescence générale. Je parle de choses vécues, en tant qu'enseignante, et en tant que parent. Quand j'ai protesté contre un stagiaire analphabète qui prenait en charge la classe de ma fille (qui en 5e primaire corrigeait son "instituteur-temporaire"), on m'a répondu "ben, faut bien leur laisser une chance, non?"
NON. La chance, on l'offre en donnant l'objectif et les moyens d'atteindre l'objectif, en encadrant du mieux possible. Pas en rabaissant l'objectif.

Écrit par : pamina | 03/01/2010

Le problème existe déjà à la fin des primaires.

Seulement 87% des élèves le réussissent (cela veut dire un élève sur 12 qui le rate, soit en moyenne 2 élèves par classe)

Mais surtout, si l'on considère que "maîtriser une compétence" suppose 70% (ce qui est un minimum à mon avis, mais soit), il n'y a qu'un élève sur 2 qui a vraiment acquis ce qu'il doit à la fin des primaires.

Mais, avec le décret Mixité, tout le monde peut s'inscrire où il veut. Même si ses chances de réussites sont proches de 0.

Voir mon billet
http://www.economiques.eu/blog/archives/99-CEB-resultats-catastrophiquesmais-presentes-comme-excellents..html

Écrit par : xavier | 03/01/2010

il y a, enfin je crois, une dialectique infernale entre le politique et l'enseignement, le premier voyant l'autre comme un ennemi à abattre. Le but de l'enseignement est aussi de former les futures élites, les cadres qui dirigeront la société. On l'admet pour les sciences, l'économie, la culture, le sport mais pas ...pour les politiques. Chez eux, la priorité va à la naissance ou aux relations. Curieusement, ce sont eux aussi qui démolissent l'enseignement et les enseignants. Peur de la concurrence ?

Écrit par : hughes_capet | 03/01/2010

Evidemment. D'où à mon sens la nécessité de connaître le cv de nos "représentants" -ce qui ne veut pas dire que je ne voterai jamais que pour un prof d'unif (loin de là, loin de là, l'université fourmille de cons cultivés). Au delà, sans entonner le couplet ringardo-ringard du "jadis et naguère", autrefois on présentait Marie Curie ou Albert Schweitzer comme héros et modèles; aujourd'hui, le vainqueur de Star ac' ou de l'euro-million. On élève et on s'élève au niveau de ses ambitions... et vive papa, regarde pt'i gars, il a une porsche.

Écrit par : pamina | 03/01/2010

Bonjour et bonne année ... Petite réaction vis à vis du Jadis et Naguère de Curie et Schweitzer vs les modernes Star Ac & EuroMillions ... mes enfants ont d'autres héros (même si je pense que la notion même de héros est dangereuse) et n'oublions pas certains héros du passé comme Adolf ou Staline qui ont sans doute mobilisés plus de foules que les précités.
Les choses changent en bien et en mal, j'habite à la campagne et l'on y parle toujours de préfanés et autres crises du lait, mais aussi des mauvaises connections internet et effectivement sans doute de la téléréalité. (c'était Cloclo il y a 30 ans)

Envoyez "emblavure" au 6615

Écrit par : Jean-Marc | 04/01/2010

@ jean-marc

Qu'est-ce qui se passe si on envoie "emblavure" au 6615 ?

Écrit par : quidam | 04/01/2010

Ton constat est bien entendu lucide, Pamina, mais une des causes principales de ce désintérêt apparent de nos chères petites têtes blondes pour les études, ne se trouve-t-il pas aussi dans une dérive du ‘monde du travail’ (que ce mot est joli…!?).

Pour obtenir un emploi aujourd’hui, du moins dans une grosse boite, un régendat ou une licence est un minimum et ce, pour faire de l’encodage à longueur de journée et des chances de promotion pratiquement nulles.
Quand j’étais jeune -c’est-à-dire à une autre époque et dans une autre galaxie-, un emploi équivalent s’obtenait avec un certificat d’études moyennes inférieures, pour un travail de réelle gestion, et des possibilités de promotion pour les plus impliqués.

Résultat, aujourd’hui, même les moins motivés se retrouvent, de redoublements en changements d’options, sur les bancs scolaires, à la chasse au précieux sésame et poussés à coups de pied par les parents inquiets pour l’avenir de leur progéniture.

Écrit par : jo moreau | 04/01/2010

@ Quidam : A essayer ! ;-)

Écrit par : Jean-Marc | 04/01/2010

@Hughes Capet :
Je viens d'avoir mon diplôme d'ingénieur, je rêve de terre, de champs, de nature... Je suis certainement à mille lieux de m'imaginer les difficultés du métier d'agriculteur, je suis certainement un ingrat. Mais, j'avoue que les perspectives de la vie moderne sont bien mornes. Pourtant j'ai tout, mais j'envie parfois la vie simple des gens que vous décrivez. La simplicité... avait du bon aussi.

Et comme le dit jo moreau, les politiques d'entreprises y sont pour beaucoup. Je commence seulement à chercher du travail depuis aujourd'hui (j'ai tenté une création d'entreprise, mais je n'étais pas prêt, trop d'expérience et de temps nécessaire pour la R&D). Mais, je capte que je n'en trouverai pas non plus demain comme ça. Pourtant, je crois qu'il n'y a pas mieux qu'ingénieur civil pour trouver un boulot facilement. Les offres que je trouve ne m'enchantent guère, à les entendre, il faut parler 4 langues, connaître 40 logiciels ultra-spécialisés, avoir un côté commercial, être prêt à sacrifier toute vie privée, avoir du courage, l'esprit d'initiative, l'esprit d'équipe, etc, etc, etc, etc. On ne m'avait pas dit que les industries n'engageaient que des gens parfaits tout frais sortis de l'unif (avec quand-même 3 ans d'expérience), dotés en plus d'une science infuse.

Quand je vois certains connaissances plus vieilles que moi qui ont des boulots super intéressants, qui ont été formés par leur entreprise avec un bête diplôme d'humanité à la base, on a beau dire, c'était plus simple à une autre époque. Je vais finir banquier, alors que la seule chose qui m'intéresse, c'est la science. C'est réjouissant. :)

Écrit par : Siko | 04/01/2010

Le fossé entre le secondaire supérieur et l'enseignement supérieur est énorme, surtout si on compare la rhéto à la première bac. Et c'est un prof du secondaire qui le dit...

Tout ça à cause de politiques iniques qui ont dénaturé l'enseignement.

Dans la théorie, notre enseignement est très bien pensé ! Je le dis sans rire. Il y a d'un côté l'enseignement de transition, qui prépare aux études supérieures, et de l'autre l'enseignement de qualification, qui prépare au monde du travail. Les programmes de l'une ou l'autre branche sont peut-être inadaptés, mais pas plus que les pratiques de certains enseignants (et ce n'est pas une question d'âge, contrairement à ce qu'on pourrait penser). Sur papier, notre enseignement a de bonnes bases. Mais les footeux savent que la meilleure équipe sur papier n'est pas forcément championne à la fin de l'année...

L'inertie sociale est une force incroyable. Le technique et le professionnel ont encore et toujours cette image de filières "poubelles". Ajoutez à ça la multiplicité des réseaux qui entraîne une concurrence entre écoles et vous obtenez un tas d'effets pervers.

En rhéto, je ne devrais avoir que des élèves destinés à l'école sup. ou à l'univ. Mais j'ai aussi une proportion non négligeable d'élèves qui ne feront jamais d'études supérieures et sont là uniquement pour ne pas aller dans le technique. Pourtant, l'enseignement de qualification leur conviendrait mieux. Et en m'adaptant à mon public, je suis obligé de revoir certaines exigences à la baisse. cela se voit alors en première année du supérieur.

Sans tomber dans le "yaka", la mesure la plus urgente pour sauver l'enseignement en Wallonie, c'est la revalorisation de l'enseignement de qualification. Aussi longtemps que ces études seront considérées comme bonnes uniquement pour les "rebuts" du "général", on n'arrivera à rien. Sans cela, toutes les réformettes seront inutiles car elles demeureront dans les limbes. Votées et promulguées sur papier, elles seront ignorées par les acteurs de terrain, les enseignants, aussi longtemps qu'ils ne seront pas convaincus de leur utilité.

Tout ça pour dire que je comprends le malaise des professeurs du supérieur. Quand un rhéto me sort à l'oral qu'il ne comprend pas le mot "contrainte", il y a de quoi lever les yeux au ciel. Je suis censé préparer des jeunes pour l'université, mais en pratique je sais que seuls 50% des diplômés des sections "fortes" en ont le potentiel. Avec des moyens supplémentaires, surtout du temps (difficile d'enseigner la géo avec 1H/sem) et moins d'élèves par classe (en rhéto, entre 25 et 30), peut-être...

Mais c'est un vaste débat, et la simple efficacité issue de réflexions pragmatiques sera toujours polluée par les à-priori idéologiques.

Écrit par : Le Sanglier | 09/01/2010

@Le Sanglier

Bien sûr que j'adhère totalement à vos constats.

Mon caractère optimiste me porte à dire: les moyens sont là, il faut les utiliser.

Car des écoles techniques et professionnelles de qualité, j'en connais, et même plein.

Pourquoi sont-elles de qualité? Pour plein de raisons aussi. La motivation de la direction, la motivation des profs et surtout le courage de dire aux élèves dans le cas qu'ils ne sont pas à leur place et de réorienter ces élèves.

Un autre point aussi est de revenir aux bases et surtout un peu de cohérence. Mais s'il est facile d'en énoncer les principes, l'application sera douloureuse pour pas mal de collègues...

En vrac:
1. Diminuer le shopping des options. L'élève peut choisir des filières avec un peu moins de math, un peu moins de sciences, un peu moins de langue, ... A mon avis trois ou quatre options suffiraient dans le général.

2. Revoir fondamentalement les cours "généraux". Si ces cours ont des compétences communes avec d'autres cours, pourquoi les conserver? Pourquoi ne pas remplacer les cours de géo par de la géo économique pour les élèves de sciences écos, de la géo physique pour les scientifiques? Idem pour l'Histoire. Et que dire des langues, cours donnés pas des "non native speakers" qui pour certains donnent des cours de traduction-interprétariat et pas un cours de langue, à savoir un cours qui serve à comprendre des textes (économiques, scientifiques ou littéraires selon l'option)

3. Faire de l'enseignement technique et professionnel des centres d'excellence. Je connais des écoles où le technicien comptable peut trouver un job sans problème parce qu'il est excellent dans sa brache et pour son niveau. Mais pourquoi lui faire apprendre de la géo ou de l'Histoire?

Un peu de courage politique et surtout éviter le "bain de sang social". C'est possible aujourd'hui puisqu'il y a pénurie. Bien sûr des profs devraient se recycler, mais pourquoi le prof ne pourrait-il pas alors que dans tous les autres secteurs cela se passe?

Écrit par : xavier | 09/01/2010

Je comprends votre point de vue, mais je pense qu'un minimum de culture générale est nécessaire pour être un citoyen épanoui. Par ailleurs, il existe déjà des cours de géo spécialisés. Je donne par exemple un cours de géographie touristique en technique de qualification accueil-tourisme. La formation citoyenne, selon moi, n'est pas incompatible avec une formation professionnelle pointue. Les programmes de français, histoire, géo... sont déjà différents dans le technique et le professionnel, mais c'est malheureusement au profit d'un nivellement par le bas. Il faut parfois avoir le courage de dire à un jeune que telle branche n'est pas importante pour son métier mais qu'il en tirera un enrichissement personnel.

Écrit par : Le Sanglier | 09/01/2010

Difficile de s'exprimer complètement quand on essaye de s'exprimer rapidement :-)

Tout dépend de ce que l'on appelle "culture générale".

Si c'est pour briller en société, pour pouvoir citer dans une discussion la capitale d'un pays inconnu, alors je la trouve inutile. Internet me permet de trouver cette info en 2 minutes chrono.

Faire de la géo touristique, là oui. Mais surtout leur donner la compétence de trouver les infos dont ils ont besoin rapidement.

Vous citez l'adaptation des programmes de math. Et de nouveau je suis d'accord avec vous, les programmes ne doivent pas être nivelés vers le bas, mais bien adapté. Ls équations du second degré trouvent des applications en tourisme, en sciences écos, en physique, etc. Or tous ont voient la matière tout aussi bêtement: des équations pour des équations. le pire est qu'ils les réussissent mais, exemple vécu, sont perdus quand dans le supérieur je leur demande de résoudre une équation du second degré mais avec NC, nombre de commande, CF, coûts fixes, etc. "On n'a pas vu ça comme ça". ben tiens.

Pour revenir à la culture générale, je n'ai pas l'impression avoir beaucoup appris à l'école. mais c'est vrai que je suis un "privilégié"... Mais de nouveau, la culture générale actuelle est-elle encore de connaître 1515? Honnêtement, je ne sais pas. Mais j'ai vraiment l'impression que si on ne relie pas l'Histoire à l'économie pour les Sciences Ecos, à la Science pour les scientifiques, ils n'en retiendront rien. C'est de l'abstraction pure et simple.

Ce simple échange montre en tout cas qu'il est plus que temps de réfléchir sérieusement à ce que nous voulons. Ensuite à optimiser les moyens disponibles. Enfin évaluer pour corriger le tir.

Mais pour les "spécialistes de l'enseignement", c'est une démarche mauvaise, pusiqu'elle est appliquée dans le privé...

Écrit par : xavier | 10/01/2010

Je suis entièrement d'accord et avec Xavier, et avec le Sanglier dont je suis par ailleurs régulièrement le blog ;0). Les solutions existent: elles consistent à mon sens à cesser le scandaleux mensonge démagogique, que tout le monde peut tout faire. Des étudiants sont médiocres dans telle filière, ils pourraient être brillants ailleurs. Sauf que l'ailleurs est dévalorisé car considéré comme "relégation" au lieu d'opportunité. Et de ce fait, dans certaines écoles, le corps professoral lui même sombre dans un laxisme éhonté, comme s'il n'était pas nécessaire, après tout, de savoir lire, comprendre, s'exprimer, être critique -et savoir compter.
Je pense qu'une génération de gauche a, un temps, perçu l'enseignement pour ce qu'il est: un instrument d'émancipation. C'était avant l'ère de ces parvenus médiocres, qui doivent leur ascension à la carte du parti et au piston. Ceux-là n'ont eu aucune raison d'avoir la moindre ambition d'émancipation collective par la connaissance et le travail. Un troupeau clientéliste leur suffit, et qu'il soit intelligent et critique serait même contre-productif. Car que se passerait-il si les 63.000 electeurs de Daerden étaient à même de comprendre les scandaleuses magouilles de Papa, si les ex-75.000 votant pour Happart chiffraient le pillage instigué par sa mafia familiale, s'ils étaient à même de lire ne serait-ce que la pire feuille de choux énonçant les méfaits et malversations de parvenus et prevenus divers, tous encartés et à peu près du même bord? Panem et circenses, allocations aussi: après nous le déluge. C'est demain.
Il faut un changement de mentalité, il faut un changement de comportement. Ou c'est tout notre système qui sombrera bientôt. Système scolaire, mais plus largement aussi securité sociale. Il faut arrêter ce gaspillage insensé de temps et d'énergie, et orienter les étudiants vers ce qui demain leur offrira un travail, c'est à dire l'occasion de contribuer aussi à l'education des générations qui les suivent.
Oui à l'epanouissement personnel, à la culture générale, au developpement de l'esprit critique dans l'enseignement obligatoire: et que celui-ci soit de qualité, c'est à dire exigent. Au delà, l'enseignement a pour but de former des citoyens qui collaborent par leur travail au projet sociétal.

Écrit par : pamina | 10/01/2010

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