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28/12/2009

Maystadt, Platon et les baudruches

Francis van de Woestijne entame avec Philippe Maystadt une série d’interviews sur les politiques qui ont quitté la politique. Leur regard peut être intéressant: toutefois, je trouve celui du présent intervenant, dont on ne peut suspecter l’acuité intellectuelle en d’autres domaines, à la fois passéiste et fataliste.

La conception de la politique en “avant, maintenant” est d’abord fallacieuse. La politique –art d’organiser le vivre-ensemble- demeure essentiellement la même; ce sont les moyens de faire de la politique qui changent. Et c’est la façon dont les politiques usent de ces moyens qui est en cause: ils en portent la pleine et entière responsabilité.


On peut utiliser la télévision, les sites web, les blogs ou twitter pour délivrer un message. Qui a choisi de laisser le fond et la forme aux mains de marketteux qui se sont précédemment illustrés dans la promotion de lessive, de dentifrice ou de bière sans alcool? Qui a choisi de faire de ces merveilleux instruments de communication (cum=avec=mise en relation des deux parties), un simple déversoir à slogans? Qui court encore le micro et la cam’, y compris pour dispenser les banalités les plus plates, ou les promesses les plus insanes?

“ Quand j’étais ministre, la politique, c’était encore des idées. » C’est bien ce qu’on reproche à vos successeurs, Monsieur Maystadt : c’est de n’en avoir plus. Sinon, pourquoi se révèlent-ils incapable d’un débat ? La totale vacuité des campagnes précédentes illustre, hélas, leur défaut de conviction idéologique et le peu de cas qu’ils se font de l’opinion publique. En Belgique, on peut se permettre un tel dédain de l’électorat, puisque l’électeur n’élit pas, il se contente de donner sa voix à un parti, plus exactement à un président d’association de fait qui dispense places sur les listes, portefeuilles, maroquins, prébendes. L’électeur belge n’élit pas : il vote. C’est tout ce qu’on attend de lui, en somme. Et surtout pas qu’il pense, a fortiori qu'il débatte…

« Dans l’univers hypermédiatisé, les hommes et les femmes politiques doivent toucher, émouvoir, faire impression, attirer la sympathie. » Non. Les hommes et femmes politiques doivent faire leur boulot, c'est à dire de la politique, de la gouvernance. Ils choisissent de s’hypermédiatiser, de projeter une image par défaut de message, précisément. Disons le terme : par défaut de capacité. Par défaut d’ambition, aussi (au sens noble du terme) : car il faut s’abaisser humainement bien bas, je trouve, pour chercher ses voix au niveau où les puise un Daerden. Dans le caniveau de la télé-réalité et de la médiocrité. Une fois encore, ce n’est pas une obligation : c’est une option parmi d'autres.

Citant l’exemple de Van Rompuy, Maystadt poursuit : « Tous les hommes politiques ne tombent pas dans ce piège-là, mais la vie est devenue difficile, précisément pour ceux qui ne veulent pas y entrer ». Qui leur fait la vie difficile, dites-moi ? L’électeur ? Ou le Parti, qui place ses pions sur l’échiquier avec un objectif premier déjà évoqué, faire des voix ? Van Rompuy, toute "exception" qu’il soit, a montré qu’une alternative était possible : mais cela implique de renoncer à un vedettariat qui sied bien à nos éminences (je parle de leur situation, pas, une fois encore, de leurs capacités)

« C’est la logique de l’immédiateté qui s’impose aux hommes et aux femmes politiques. Ils doivent sans cesse réagir au plus vite, soumis qu’ils sont aux diktats des moyens de communications ultrarapides ». Non, une fois encore : c’est un choix que de concevoir la politique sous cet angle, de ne se sentir exister que face à l’objectif, à la camera, au micro. C’est un choix que de favoriser un système électoral dont le couperet tombe quasi annuellement, et qui transforme les politiciens en autant de paons faisant la roue devant un électorat qu’ils méprisent . Car quel mépris du citoyen dans ce verrouillage particratique, qui dévoie le vote démocratique (candidatures multiples, tête de listes, composition sans primaires, non obligation de siéger, cumuls, coalitions non validées par les urnes)… !

Pour Philippe Maystadt, « l’image a remplacé le message ». Et c’est bien dommage. Nous sommes tous, citoyens blogueurs, forumeurs et twittereurs, bien d’accord avec lui. Je vois néanmoins le problème plus profond encore qu’il ne le pense, en remontant en deçà du constat : l’image a remplacé le message parce que l’apparence à remplacé l’essence. Il y a défaut d’  « être »

Dans la caverne de Platon, les ombres qui se projettent sur le mur ont un modèle « réel », d’une certaine consistance : elles émanent d’Idées qui transcendent le monde sensible, l’éphémère, le périssable. Je crains que les « images » brouillées que projette aujourd’hui la politique belge ne soit que le reflet inconsistant de quelques baudruches gonflées de leur importance. Certes, elles ne manquent pas d’air, et en brassent beaucoup. Si les medias et en particulier la blogosphère jouent leur rôle d’aiguillon, il devrait être possible de dégonfler tout ça. Un vœu en cette saison de fin d’année ? Que ça fasse pschttttttttttttttttttttttt et prenne un bel envol, laissant le champ libre à des hommes et des femmes enfin politiques : soucieux d’organiser notre vivre-ensemble, en favorisant le Bien commun.

 

Commentaires

Bonjour Pamina,

Heureux de voir que tu as quitté les coulisses nauséabondes du Vatican pour revenir parmis nous ;-) (Qu'est-ce que ce Forum Catholique sent mauvais !!!)

Il est évident que les "nouveaux moyens de communication" ont pris une place importante dans le débat politique, à un point tel qu'on a parfois l'impression que les forums, blogs et autre Twitter ont carrément remplacé le débat politique. Faute de mieux, serait-on tenté de dire... Mais avec une certitude : nous avons enfin des endroits où nous exprimer, donc exprimons-nous, nous seront peut-être un jour écouté !

C'est ainsi que j'ai pu observer il y a quelques mois la levée de boucliers lorsque les Ecolos ont choisi le PS comme partenaire (le CdH étant toujours compris dans le prix) : déception, larmes de rage, trahison, tant des déçus du MR que de ceux du PS. Je me suis dès lors dit, vu l'ampleur de la clameur, que les Ecolos allaient se prendre une de ces gamelles lors des prochaines ! D'autant plus qu'ils avaient, cette fois, montré leur vrai visage d'extrème-gauche. Et qu'a-t-on vu ? Lors du dernier sondage d'il y a 2 semaines, Ecolo est le seul parti qui grimpe...

Voilà donc, illustré de manière superbe, le "discrepency" entre la réalité d'Internet et la réalité tout court : la divergence n'est pas grande, elle est énorme. Il y a donc un leurre : Internet ne reflète PAS la réalité. Et, - ce n'est certe pas pour excuser les 63.500 cons de Papa - Daerden a compris cela : son électorat ne papotte pas sur Internet, mais dans la buvette du Standard... Et, pour paraphraser André Lamy, Daerden donne du bonheur aux cons...

Modrikamen vise tout sur Internet, Daerden vise tout dans les tournées de la buvette de Sclessin : on verra qui gagnera, mais le premier sondage incluant le PP n'est guère encourageant, je trouve... Et Daerden a gardé ses 63.500 abrutis !

Ceci étant, j'agrée avec le reste de tes commentaires !

Écrit par : Christian | 28/12/2009

Bien gentil et bien pensant tous ces commentaires; phraser et discourir en rond change-t'il quelque chose? Sincèrement je ne le crois pas et les politiciens se moquent bien de nos blogs ! Alors continuons à "bloguer" et ne pleurons plus.

Écrit par : HUPEZ | 28/12/2009

à chacun ses outils pour construire ;0)
je ne pense pas que cela ne change "rien".... ça ne change pas "tout" non plus. mais l'internet est au moins une façon de rendre voix à l'opinion; à elle de voir si elle entend juste "causer" ou agir.

Écrit par : pamina | 28/12/2009

Sincèrement le temps n'est plus aux palabres, il y a belle lurette que l'on pointe et dénonce les grandes et dangereuses dérives du système et n'attendons rien des acteurs du moment ! Pour un début, je pense à des pétitions que nous ferons circuler et enverrons aux politiciens, aux cabinets et aux partis. L'action est libératrice au propre comme au figuré. Agissons, il est plus que temps non?

Écrit par : HUPEZ | 28/12/2009

oui. je n'ai rien contre :0)

Écrit par : pamina | 28/12/2009

Ok, te connaissans un peu, aurais-tu qq chose de préparé au fond de ton disque dur ou sur un site? Héhéhéh

Écrit par : HUPEZ | 28/12/2009

Ami dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus
je veux de la poudre et des balles....

Mais je suis assez d'accord sur le hiatus (rather than discrepency)entre internet et la "vraie vie". Internet, et surtout ses blogs, c'est une minorité intellectuelle, familière de l'utilisation approfondie des technologies de l'information et de la communication et intéressée par la vie en commun et les moyens de l'améliorer.
La vraie vie, ben, .... c'est les gens qui applaudissent Platini éructant de joie au Heysel le 30 mai 1985 parceque la baballe est dans le sbuts (et que 39 morts jonchent le terrain).
Par contre les 3,5% du premier sondage du PP ne me paraissent pas méprisables pour un parti qui a moins d'un mois. Il faut voir comme ils sont répartis, mais ca pourrait peut-être valoir un siège ou deux avec l'apparentement. (après tout un siège au parlement wallon c'est arithmétiquement 1,33% et au parlemnt bruxellois 1,12%)Pas assez pour influencer les gouvernements, mais assez pour percoler.
En 1985, c'est-à-dire 8 ans aprè sa première participation électorale, Ecolo ne recueillait que 6,1%. Regardez à présent la force (de nuisance) qu'ils représentent.

Ceci dit, je trouve Modri....absent des débats. Et cela ça risque de ne pas pardonner.

Écrit par : hughes_capet | 28/12/2009

si la question de Hupez s'adresse à moi, c'est NON et j'ai juré que je ne prenais plus de charge supplémentaire sur mes frêles épaules.... :0)

Écrit par : pamina | 28/12/2009

Ola Pamina ! T'énerves pas, tout doux ma belle, c'était juste une question !!!!! Tu sais je me renseignais, pas l'habitude d'imposer. Allez, prends une camomille et respire à fonds.... J'ai dû mettre le doigt sur un vieux bouton qui était dissimulé. Zen Pam ! Mouaah hahah

Écrit par : HUPEZ LUC | 28/12/2009

pas de blème, c'etait juste le NON qui était catégorique ;0); trouve-toi un spécialiste facebook, les groupes ça marche bien, Twitter aussi, et une petition papier pour les non-pratiquants, le tout devrait faire boule de neige.

Écrit par : pamina | 28/12/2009

Bien lu ce billet.

Une chose m'interpelle un peu, le fait de quelque part déplorer le manque de débat politique (sa vacuité etc) c'est aussi par manque d'interlocuteur.

Je ne parle pas de l'interlocuteur politique (l'adversaire), étant donné qu'en Belgique la toile d'araignée est bien trop étendue que pour espérer un débat honnête et complet mais je parle du seul interlocuteur qui en théorie devrait être hors champ et neutre : La presse et les journalistes.

Il n'y pas pratiquement pas de débat contradictoire sur le fond, si ce ne sont les éternels débats parlementaires majorité contre opposition (mais quelle opposition ?)

J'aimerais tant des articles équilibrés qui non satisfait de rapporter ce qu'aura dit le parti X ou l'élu Z, complèterait son article par travail objectif, singulièrement en dévoilant aussi les contre vérités.

Je ne dis pas que cela n'existe pas mais la plupart du temps ce boulot de contre-poids démocratique est réduit à sa plus simple expression et les médias se muent en porte-voix politique qui s'adresse au peuple-client, laissant de côté le reste.

Ce boulot la, ce sont justement les citoyens politiques, les bloggueurs et autres internautes qui l'accomplissent, qui se donnent la peine de soulever les incohérences et les décalages entre les actes et les promesses ou paroles.

Malheureusement, la presse ne se donne pas vraiment la peine de donner un peu d'écho, plus préoccupée à déterminer dans quel tiroir cataloguer tel bloggueur ou tel citoyen engagé (du vert au rouge en passant par la case poujadiste ou démago). a la limite elle se fout totalement du sujet, ce qui compte c'est le contenant, pas le contenu.

A ce jeu la, nos politiques ne sont pas seuls coupables, les voilà sans réels interlocuteurs, en Belgique nous sommes bien mal lotis, singulièrement en francophonie. Dire que la seule chaîne nationale réserve un prime time à un Michel Daerden et ses 12 travaux témoigne du point auquel nous sommes arrivés, c'est tout simplement inimaginable et pourtant bien réel.

Je ne pense pas exagérer en affirmant qu'en France par exemple, il est très probable que les 3/4 de nos responsables politiques seraient dans le néant, tout comme 3/4 des journalistes politiques. Pour ne pas dire plus...

Écrit par : olivier | 28/12/2009

EXACTEMENT

Écrit par : pamina | 28/12/2009

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