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10/12/2009

Sous les pavés la plage

S’il est un alpha et un omega à ce blog, c’est bien la dénonciation de la particratie: gangrène démocratique, elle a transformé le système belge non pas en savante machine à compromis, mais en terrain de jeu des lobbies. Leur finalité n’est en aucun cas le Bien commun, mais la satisfaction des parties. Celles-ci n’ont pas d’identité propre, elles sont envisagée en tant que réservoir de voix: ainsi MR et PS courrent-ils après l’Horeca, l’un en lui offrant une baisse de TVA sans contrepartie ni contrôle aucun, l’autre en tolérant sous des prétextes risibles la prolongation du tabac dans nos bistrots. Que le contribuable paye l’addition, celle du profit patronal et du cancer du chômeur, n’émeut guère nos chevaliers des urnes. Que les employés du secteur en pâtissent physiquement, non plus. Quelle hypocrisie, quelle indignité! Celle-ci est parfaitement rendue par notre ami Védèze, humoristique contributeur de la Belgosphère. Je m’en fais donc ici le relai:

 

Cigarettes-girls-Indy.jpg

 

 

 


Mais revenons à notre titre –j’avais choisi de prime abord celui, plus rébarbatif, de “rouages particratiques et grain de sable”. A la relecture celui-ci m’a semblé plus poétique, et connoter davantage l’esprit de fronde et de révolution. Dans de précédents billets et commentaires, je soulignais en effet que notre seule chance d’échapper à la pieuvre particratique, était une révolte des militants de partis contre la toute puissance des Présidents. Ceux-ci, grands dispensateurs de grâces –des places sur la liste aux portefeuilles et maroquins, des mandats de conseil d’administration aux postes clés, des pures prébendes aux grandes sinécures, sont en effet la clé du verrou démocratique. La victoire de Reynders sur les mutins, et le pas de deux de Milquet donnent la juste mesure de leur emprise sur des troupes dont la veulerie n’a d’égal que leur ambition personnelle.

La question que je posais voici quelques mois à peine, était: y-a-t-il d’honnêtes hommes, des convaincus d’une idée politique, des gens sincèrement engagés prêts à dénoncer le fonctionnement non démocratique des partis auxquels ils appartiennent? Se trouvera-t-il quelqu’un pour oser s’élever contre le fonctionnement vicié de notre système politique, qui voit non des élus, non des représentants nous gouverner, mais des courtisans désignés par des présidents de partis sans légitimité. L’épisode du MR, où des califes entendaient prendre la place du calife, ne répondait certes pas à cette attente. Au contraire, il a révélé ce me semble l’état avancé de la maladie, et la déliquescence des membres incapables d’envisager d’autres modes de fonctionnement que le fait du roi, ou celui de Cromwell.

Le texte publié ce matin dans La Libre par Abdelghani Ben Moussa, un des candidats refusés à la Présidence du CDH, me semble d’un autre acabit. Il est certes timide dans ses demandes (pourquoi des primaires pour la seule tête de liste ? pourquoi ne reviendrait-il pas aux militants de déterminer l’ordre utile de l’ensemble des candidats ?), mais il a le mérite d’exister. Qu’en pense par ailleurs H. Delwaide, autre candidat évincé ? Celui-ci s’est vu opposer une fin de non-recevoir à sa candidature pour avoir refusé de signer la « charte de déontologie » … qui interdit de critiquer les modalités de l’élection interne au CdH. Son silence est-il prudent, ou simplement résigné ?

La démocratie s’étouffe sous une chape de béton : celle qu’imposent les Présidents de partis autocrates, qui n’ont nul intérêt à voir évoluer quoi que ce soit dans un paysage politique dont ils contrôlent tous les rouages. Leur omnipotence leur assure l’obéissance d’une clientèle servile, avide de bénéfices. Ces particrates mineurs et majeurs ne sont pas des politiques, ils n’ont aucun souci du Bien commun, aucun projet, aucune vision hormis celle à court terme de leur renouvellement de mandat.

Pourtant je me refuse à croire que dans la masse des militants, il ne se trouve pas d’hommes intègres. Sous le béton, sous les pavés, la plage. Se trouvera-t-il des grains de sable pour enrayer les machines des partis, les contraindre à respecter en interne une démocratie qu’ils bafouent impudemment ? Car regardons les choses en face, indépendamment de nos sympathies ou appartenances politiques: ce sont des gens non élus qui désignent ceux qui seront élus, et parmi ceux-ci, qui gouvernera selon leur bon vouloir. Ce simple énoncé suffit à démontrer toute la perversité du système –de la mascarade- politique belge, qui a cessé depuis belle lurette d’être une démocratie représentative.

Il n’est qu’une voie pour enrayer le processus, c’est d’élever la voix ; –et de la refuser à ceux qui ne cherche dans les urnes que la légitimation de leurs choix a priori.

 

http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/548375/au-cdh-la-democratie-est-un-gros-mot.html

 

Commentaires

Encore faut-il que le bon peuple le souhaite ! Quant on voit que papa offre à la RTP$ avec 470.864 téléspectateurs une de ses meilleures audience...bonjour tristesse...

Écrit par : dopey | 10/12/2009

évidemment, quand on defend le vote direct des Suisses, difficile d'invalider celui des fans de papa.
c'est à pleurer en effet.

Écrit par : pamina | 10/12/2009

je crois que les encartés honnêtes ne sont pas au coeur du système, Pamina. Au mieux ils se taisent, au pire ils sont confinés dans des tâches subalternes au sein des appareils de parti.
Vous savez que le MR n'a pas encore porté le problème de sa présidence devant ses membres. Ils ont seulement reçu une inviation à participer (et à contribuer intellectuellement) à un grrrrrand congrès au printemps prochain.

Écrit par : hughes_capet | 10/12/2009

imaginons une fronde des encartés... ;0)
et si nous faisions des commandos? nous nous encartons (en arc-en-ciel evidemment), en masse, et puis nous mettons le boxon... lollll

Écrit par : pamina | 10/12/2009

C'était un soir, dans le salon feutré d'un grand hôtel international. Quelques personnages ventripotents étaient vautrés dans des fauteuils marrons et dégustaient force vieux whiskys en tirant sur des cigares dont le prix eût suffit à nourrir une famille congolaise pendant un mois. La conversation roulait sur la profession respective des commensaux et leur ancienneté respective. Après les blagues d'usage sur les dames pratiquant "le plus vieux métier du monde", le chirurgien dit :"tout compte fait, la Genèse nous apprend que Dieu tira Eve d'une côte d'Adam. C'est le premier acte chirurgical connu, preuve de l'ancienneté de notre profession.
"pas du tout" objecta le paysagiste. "Adam et Ëve vivaient au jardin d'Eden. Et ce jardin, le planter, y mettre des plantes, des arbres, des fleurs, des animaux". A moi la palme
"Que nenni" intervient l'architecte, "avant de planter ce jardin, il a fallu le concevoir, en dessiner les plans. C'est clairement du travail d'architecte".
L'ingénieur exhala un rond de fumée et dit "foutaises, même s'il a été conçu ce jardin, il a fallu auparavant construire le monde, en assembler les éléménts,parce qu'avant il n'y avait que le chaos"
"Et pour ce qui est du chaos" commença le Ministre......

Écrit par : hughes_capet | 10/12/2009

Et bien moi je dis qu'un parti politique n'est pas le lieu d'élections.
Au mieux on a quelqu'un avec une vraie personnalité et qui parvient à s'imposer aux votes des militants, au pire on se retrouve avec un salmigondis fourre tout attrape tout dénué de toute idée un tant soi peu pertinente et surtout dénué de véritable vision.
Ou encore avec un parti au bord de l'implosion comme cela est arrivé au PSC lors du combat fratricide Milquet-Nothomb ou au MR avec une sorte de direction bicéphale totalement paralysante.

Écrit par : Ø | 10/12/2009

Bonsoir Pamina,
En gros, je suis d'accord avec toi, tous les femmes et hommes politiques belges recherchent d'abord leur satisfaction personnelle (pour le fric, le pouvoir ou la gloire) avant le bien commun.
Néanmoins, je trouve moins répugnante la position libérale qui admet le profit, qui récompense le risque tout en admettant que ceux qui participent à la création de ces richesses méritent une juste rétribution plutôt que celle des socialistes qui tout en feignant d'oeuvrer pour la collectivité en détruisent les fondements et s'en tapent copieusement car en fait, ils n'en ont rien à foutre des "petites gens" qui leur accordent pourtant leur plébiscite.
Cela dit, je place beaucoup d'espoirs dans le PP et, moi qui travaille dans un milieu jeune, je suis agréablement surprise par l'enthousiasme qu'il suscite auprès de personnes qui n'avaient aucune conscience politique et n'allaient même pas voter par dégoût.

Écrit par : isis | 10/12/2009

@Isis: Oui, c'est un peu ma position aussi, je préfère le cynisme à l'hypocrisie, donc le MR au PS. Néanmoins le MR est pétri (ou bouffi) de suffisants personnages dont l'envergure est moindre que celle de leur ego. Beaucoup de blabla, d'arrogance, de prétention mais en définitive, sauf rares exceptions, des "élites" plutôt auto-proclamées qu'internationalement encensées. Donc, je reste sur ce point très dubitative. Le PP ne me paraît guère novateur, or comment rénover sans innover? Je reste sceptique -sauf sur le point de la simplification de l'Etat, des listes, de la circonscription fédérale. Je ne sais pas quels jeunes vous fréquentez, mais les miens semblent un peu réfractaire à cette rhetorique somme toute ringarde. Mais comme j'ai rencontré des jeunes MR aux debuts de LIdé.... les vôtres sont peut-être les mêmes ;0)

Écrit par : pamina | 10/12/2009

tiens, z'avez vu: 11h du soir et les commentaires de LLB sont clos... tous els commentaires...

Écrit par : pamina | 10/12/2009

Tiens, je ne sais pas si je vous ai déjà fait part de mon article préféré sur les blogs, mais ça nous concerne tous, et c'est en plein dans le sujet de la citoyenneté. Mais une citoyenneté un peu plus connectée à sa vie de tous les jours que celle dont on parle en général ici. Voici donc l'adresse de cette magnifique pensée :
http://hugues.blogs.com/commvat/2006/01/it_takes_a_vill.html

Écrit par : Siko | 11/12/2009

La particratie est consubstantielle à notre système socio-politique. Je vois deux facteurs prépondérant dans cette dérive :

1) La pilarisation de notre société, qui oblige presque les gens à choisir un "camp" (catho, rouge, bleu...) et à n'en surtout pas changer. Chaque "pilier" a ses journaux, sa mutuelle, son syndicat, ses camps de vacances, ses scouts, ses écoles... et bien sur son parti !

2) Le scrutin proportionnel fait que le parti, la liste, domine le candidat, qui doit donc suivre les consignes venues d'en haut. Dans un système majoritaire, l'élu est seul face à ses électeurs. C'est brutal mais plus clair.

Écrit par : Le Sanglier | 26/12/2009

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