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09/11/2009

L'Ubu n'enlève pas l'usage

La saisie, sur requête de M.Abbès Guenned, du dernier exemplaire paru du Père Ubu interpelle. Le journal satyrique relevait une info, étayée d’un PV : l’arrestation de la fille mineure de l’ ex-couple Guenned-Onckelincx pour faits de drogue. Il rappelait par la même occasion le passé de M.Guenned, qui aurait fait l’objet en son temps d’un mandat d’arrêt international.

Au contraire de la presse flamande, l’information n’a guère été relevée par la presse « traditionnelle » francophone, hormis La Meuse. Elle n’excédait pas sans doute le rang d’un fait divers et on peut regretter, pour la mineure, que son nom ait été ainsi divulgué. On peut comprendre aussi l’appel de sa mère à respecter dignité et vie privée pour ne pas compromettre l’équilibre –apparemment plus que précaire- de son enfant. Sarah n’a pas à payer un prix supplémentaire à sa faute, pour être fille de ministre, et d’un ex-membre du cabinet de sa mère (eh oui…). Donc soyons clair, le fait ne réclamait pas, comme le faisait le Père Ubu, un titre au JT.

Mais…


Qu’on aime ou pas le style du Père Ubu -qui sur l’épisode fut particulièrement racoleur -, je suis extrêmement interpelée par cette saisie, cette censure qui touche une presse non subsidiée et non « alignée ». Elle a le bon ton de ne pas se contenter des dépêches Belga et AFP, ce qui permet de décaper un peu le vernis de plus en plus lisse de nos informations. Car si la presse étrangère salue la « liberté  de ton de nos medias », en arguant des enquêtes sur la fin de la Belgique ou la taille de Nicolas Sarkozy, on peut s’interroger de plus en plus sur la neutralité de l’information RTBéénne, la pipolitisation de nos particrates, la bien-pensance molle et invertébrée d’une presse qui a laissé disparaître le véritable journalisme d’investigation.

Je reviens au Père Ubu, qui n’est pas ma lecture de chevet, mais que je parcours parfois, à l’heure du café noir. La saisie actuelle n’est sans doute pas due au seul présent fait divers, mais à la republication simultanée d’un article paru en 2007, et s’intéressant à « Monsieur Onckelinx » n°1. A cette heure, John Alexander Bogaerts, responsable de la feuille satyrique, annonce un recours en justice contre la saisie du Journal, et une remontée au créneau concernant l’article incriminé et déjà condamné une première fois, spécifiant que si sa défense avait été mal préparée, il remonterait volontiers « au clash, cette fois avec des arguments ».

Pour ma part, je ne serai pas fâchée de voir éclaircie définitivement cette affaire Guenned (celle du père, laissons Sarah, elle ne mérite pas tant d’avanies) ; elle est soit de l’ordre du ragot, soit de l’inconcevable. Les quelques éléments dont je dispose me portent à adopter un ton un rien sentencieux.

L'Ubu n’enlève pas l’usage

Celui de l’esprit critique, ni de la vigilance citoyenne.

Commentaires

Si mes souvenirs sont bons, il n'y a eu depuis la seconde guerre mondiale qu'un cas de censure officielle en Belgique. C'était en 63 ou 64 au plus fort de la sécession katangaise. Un article du Pourquoipas s'était montré très très sévère vis-à-vis des autorités du Congo de l'époque et l'hebdo avait été saisi pour "offense à chef d'état étranger".
Pour rappel, dans notre droit, le délit de presse est passible de la ....Cour d'Assises. Le constituant de 1831, échaudé par la pratique hollandaise, a voulu que seul le jury populaire se prononce sur ces questions et non des juges professionnels à l'époque toujours très proches du pouvoir.
L'affaire Sarah G me rappelle un peu l'affaire Monica Lewinsky.
Peut-on faire confiance pour diriger un pays à quelqu'un qui n'a pas su élever ses enfants ? Peut-on se fier à la parole d'un dirigeant qui trompe sa femme avec une stagiaire ?
Nous avons tendance à répondre "oui" à ces deux questions, les américains ont tendance à répondre "non".

Écrit par : hughes_capet | 09/11/2009

Honnêtement, si Sarah Guenned n'était la fille de sa mère, ça ne passerait pas dans le journal, hein? par contre qu'Abbes Guenned ait échappé à des ennuis judiciaires sous passeport diplomatique de complaisance, et qu'il ait exercé à plusieurs reprises en tant qu'employé (mais à un poste assez sensible) au cabinet de sa femme, je trouve ça difficile a digérer. Je trouve aussi qu'un ou une ministre devrait avoir un devoir de réserve rapport à des problématiques qui lui sont proches; en ce qui concerne la drogue, il semble malheureusement que ce soit le cas. La décence, sinon la pudeur, devrait l'amener à prendre un recul certain en la matière. Mais décence, pudeur, voyons.... ce sont des concepts ignorés dans un certain monde; à quand la prochaine serie RTbéenne de Uytendaele, auteur financé par le contribuable pour divulguer des dogmes de foi socialiste?

Écrit par : pamina | 09/11/2009

certes non
mais si ma fille (je n'en ai pas) était arrêtée pour petite délinquance et si un entrefilet en faisait état dans l'édition locale de Vers l'Avenir, je me vois mal essayer d'empêcher la parution du journal.
Nos édiles jouent un jeu dangereux avec la pipolisation. Vous souvient-il du second mariage de la dame Onkelinkx ? Il y eut des reportages dans les JT de la RTBF et d'RTL, comme pour un mariage princier (bon j'exagère, un mariage ducal ou baronnal). Joëlle Milquet arrête des négociations pour s'occuper de son fils malade chez les scouts et pose avec Elio sur le canapé du salon. Dehaene fricote le barbecue en famille, Rik Daems et la fille Pécriaux convolent se voient attribuer un reportage à l'occasion de la naissance de leur enfant, j'en passe et des meilleurs.
Et les flamands ne sont pas mieux lotis avec les déboires à répétition de Bert Anciaux, l'homme qui tire plus vite que son ombre et Freya Vandenbossche qui épouse et divorce aussi vite qu'à Las Vegas.
Une fois ouverte cette boïte de Pandore, il faut craindre que certains journalistes se muent en paparazzi et que le respect de la vie privée ne soit plus qu'un leurre.
Exposer ses enfants pour jouer de la famille idéale recomposée implique que l'on risque de se vor reprocher les failles dans leur éducation.

Écrit par : hughes_capet | 09/11/2009

Je ne vois pas où vous voyez de la censure.
La censure se fait à priori, avant parution et diffusion.
Ce n'est pas le cas ici.
Il y a eu requête, certes unilatérale, de ce monsieur pour violation de la loi concernant l'anonymat des mineurs mis en cause par la justice ou la police.
Je suppose que le litige sera plaidé plus tard sur le fond.
Toujours est-il que cette action a mis en lumière un fait qui était passé à côté de la majorité des citoyens.

Écrit par : Ø | 09/11/2009

il faut franchement vivre en Belgique pour voir un escroc notoire recherché dans son pays(maroc)pour trafic de stupéfiant et couvert par un passeport diplomatique car ex- mari d'une ministre qualifiée , plus forte femme de belgique !!! couvert par cette même sinistre et occupant un poste(fort)bien rémunéré dans ses cabinets ministériels différents...dans le différent qui l'oppose au journal Père Ubu , je ne doute pas qu'il soit en sus défendu par le nouveau mari de la dame qui lui a procuré en son temps tout l'apparatchic du Parti Scandaleux
Assisterons nous une fois de plus au feuilleton : le coupable devenu victime a gagné !!! la démocratie par contre...

Écrit par : jacques legrand | 10/11/2009

Une chose me semble évidente : si cette action en référé n'avait pas eu lieu, l'article en serait probablement resté au stade du fait divers vite oublié. La censure a bien entendu débouché sur l'inverse du contraire de l'opposé de ce qui avait été souhaité, et fait une belle publicité à l'article. Résultat : si l'article n'est plus dans les kiosques, il circule par contre à la vitesse de la lumière sur le Net (je l'ai déjà reçu 3 fois !). Ce qui prouve en passant que cette décision de justice est celle d'un autre temps, et que le web traverse toutes les barrières de censure. Si tant est que le nom d'une mineure est jeté en pâture au bon peuple, c'est peut-être, en y réfléchissant, également dangereux.

L'affaire de l'ex est une autre affaire, que celle-ci a réveillé. Ce qui, encore une fois, est probablement l'inverse de ce qui était désiré au départ. Et ça, ça fait déjà sourire ! Olivier doit en saliver d'avance !

Écrit par : Christian | 10/11/2009

Bonjour,

Je suis entré en contact avec vous il y a qques semaines, afin de savoir si vous accepteriez de m'accorder un entretien au sujet de "Bien Commun".

Je vous avais alors expliqué que je m'y intéressais dans la cadre d'une recherche sur le "journalisme en ligne en Belgique francophone" (ARC/FUNDP, Communauté Française). Et vous m'aviez répondu - si ma mémoire est bonne - que cela pouvait se faire pour autant que je fasse en sorte que votre anonymat soit préservé. Condition acceptée. Si vous êtes toujours d'accord, nous pouvons fixer rendez-vous (16/11>fin du mois).

Un entretien dure en général un heure, et est intégralement enregistré. Je vous poserai des questions assez générales sur (1) les raisons qui vous ont poussée à lancer "Bien Commun et (2) ce que vous y publiez... En l'attente de votre réponse, je vous prie d'accepter mes sincères salutations.

Mathieu Simonson, FUNDP
mathieu.simonson@fundp.ac.be
0474/80.31.60

Écrit par : mathieu simonson | 10/11/2009

@christian: évidemment que c'était la dernière chose à faire... comme je l'ai dit: paix à Sarah... mais il est peut-être temps de poser les bonnes questions aux bonnes personnes, rapport aux relations politico-diplomatico-conjugales. Parce que de ce que j'ai compris, c'est là où le bât blesse, et ce n'est certainement pas en toute innocence qu'Ubu a republié un article incriminé et condamné. M'est avis qu'il souhaitait en découdre. Et s'il y a matière, pourquoi pas?

Écrit par : pamina | 10/11/2009

Dans le cadre d'une affaire scolaire au collège de Maredsous (cliché=le bien-pensant riche y parque son rejeton difficile) Ubu s'est déchaîné. Ubu n'hésite pas à transgresser les limites; c'est son métier vous me direz mais bon... ça fait des dégâts. Dans ce cas précis je pense à la gamine.
En général, on ne dévoile pas les noms avant un procès.

Écrit par : quidam | 10/11/2009

bien pour ça que je me demarque de l'article sur la gamine, que je trouve peu reluisant; par contre, revenir sur l'affaire Guenned, en des temps un peu plus citoyennement vigilants, ce peut être utile. Surtout pour laver l'honneur de ce monsieur, s'il echet. Et en savoir un peu davantage sur les emplois conjugaux, qui m'ont l'air passablement institutionnalisés chez Onckelinx, -vu le profil second d'Uytendaele; est-ce que la copine du fiston qui se destine à la PSolitique est déjà en place?

Écrit par : pamina | 10/11/2009

Déso nos coms se sont croisés pamina... 'paix à Sarah' donc(!)
Tout de même, n'y-avait-il pas un autre moyen de republier l'article incriminé?

Écrit par : quidam | 10/11/2009

Le Père Ubu a son style, hein... ;0)))

Écrit par : pamina | 10/11/2009

Vous savez, à la limite je peux parfaitement comprendre qu'un père ou une mère de famille, n'apprécie guère de voir la vie privée de leur enfant étalée dans la presse.

Ce qui me dérange, c'est que ca fait des années que des fuites organisées, notamment de PV de police sont divulgués à la presse pour être répercuté par eux.

Ce qui me dérange c'est de voir que quelqu'un au cabinet Simonet à cru bon de dévoilé au journal Le soir le projet intégral de 32 pages du décret inscription version 2010.0. Le même parti qui disait ne pas faire de la politique dans la presse en s'en prenant à Nollet !

Ce qui me dérange finalement, c'est que lorsque cela arrange ou ne dérange pas Môssieur ou Madame la ministre on peut tout transgresser, y compris la présomption d'innocence et la confidentialité judiciaire, politique ou autre.

Je ne salive pas... je suis juste honteux de notre démocrature particrate..

;-)

Écrit par : olivier | 10/11/2009

Pour l'affaire Simonet, Olivier, je commence à me poser des questions. C'est la deuxième ou la troisième fois que des textes estampillés du cabinet se retrouvent dans la presse. Ils sont toujours radicaux et provoquent des levées de boucliers. Le premier jour ce sont des projets, le deuxième des pistes de réflexion, le troisième des projets de pistes de réflexion éventuelles au cas où il faudrait et à la fin de la semaine ces documents sont des idées qu'on lance en l'air pour voir l'effet qu'elles font en retombant.
Bref, Simonet se retouve déculotée en public. Ce qui bien sûr ne l'empêche pas de dire qu'elle est tout à fait d'accord avec son projet et avec ceux qui le critiquent.
A quoi rime tout cela ? à faire pression sur les partenaires via la presse ? à occuper le terrain pour occuper le terrain en sachant que les projets n'aboutiront pas ?
Je comprends de moins en moins à la manière dont fonctionne nos gouvenrenements communautaire et régionaux.

PS (si j'ose écrire) : en surfant par hasard,je suis tombé sur elysee.fr, le site officiel de la Présidence française. J'y ai appris que Sarkozy a 49 collaborateurs dans son cabinet, soit moitié moins que Jean_Marc Nollet. Etonnant non ?

Écrit par : hughes_capet | 11/11/2009

@Hugues: "Je comprends de moins en moins à la manière dont fonctionne nos gouvenrenements communautaire et régionaux." -le problème, c'est qu'eux aussi...

Écrit par : pamina | 11/11/2009

Je pense que si le retrait de Père Ubu a été ordonné, c'est qu'il enfreignait la Loi. Je ne crois pas que la liberté de la presse doit être absolue. Je crois que les règles visant à protéger le public (et les gens susceptibles de se retrouver dans le journal) doivent être établies, et qu'on doit les faire respecter même par la presse satyrique. A ma connaissance, des journaux comme le Canard Enchaîné sont un excellent exemple de professionnalisme : les sources sont vérifiées, et les noms des prévenus ne sont publiés que si ceux-ci sont des personnages publics. J'ai l'impression que Père Ubu a oublié qu'il faut contester, mais qu'il faut le faire sans victimes collatérales.

Mais à une chose malheur est bon, de nombreux parents dont les enfants sont empêtrés dans des problèmes d'addiction savent que ça peut arriver aussi à la ministre considérée en Flandre comme "la femme la plus puissante du pays".

On lui souhaite du courage. Et au rédac'chef de Père Ubu, on souhaite de prendre quelques cours de… journalisme.

P.S. : merci de m'avoir fait découvrir votre blog, il est très intéressant !

Écrit par : Marcel Sel | 13/11/2009

Cher Marcel Sel,

En parlant de cours de journalisme, vous ne vous gênez pas vous même pour faire des procès d'intention à des gens sans prendre la peine de les interroger quand à leurs objectifs ou motivations précises. (Je vise votre blog).

Je vous préfère de loin dans votre rôle de co-scénariste à Bel RTL en compagnie de Dubus et Lamy.

Au sujet de l'hebdo satyrique Pere Ubu, curieux que personne ne s'émeuve du simple fait, devenu usuel, consistant à ce que des P.V. circulent sous le manteau, souvent ces PV servant de base à des articles de presse quotidienne sur untel ou untel (au mépris total de la présomption d'innocence).

Quand je vois que le Soir sert de laboratoire d'essai pour le cdH, publiant en avant-première un projet de décret à casser (et qui l'est : cassé...), ou une presse institutionnelle qui verrouille soigneusement certains sujets, vous devriez le savoir cher Marcel, même à Rtl ce type de pressions politiques existent...

Maintenant, Père Ubu devait-il publier ou non au sujet de ce PV, belle hypocrisie que je lis encore une fois, ce n'est pas un scoop que la fille Onckelinck a été arrêtée, la presse institutionnelle en avait fait l'écho, Pere ubu ne publie pas un scoop, mais par contre revient sur des liaisons dangereuses entre le politique et certaines habitudes détestables...

http://www.dhnet.be/infos/faits-divers/article/286806/la-fille-de-laurette-onkelinx-interpellee.html

je ne m'amuserai pas à publier les liens vers chaque organe de presse qui a relaté en Octobre l'arrestation de la fille de Laurette...

De toute façon cette histoire de censure est un avatar de plus qui aura provoqué l'exact effet contraire à celui recherché.


Olivier Baum, l'obscur citoyen vigilant...

Écrit par : olivier | 14/11/2009

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