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23/10/2009

L'egocratie dans la particratie

Nos voisins français relaient depuis peu, pour qualifier le comportement de Sarko père et fils, le terme d’”egocratie”. Inventé par le fondateur du Modem, François Bayrou, afin de caractériser le pouvoir (en grec, cratos) du moi-je (ego) théatralement incarné par l’actuel Président français, l’egocratie se distingue de l’autocratie par sa dimension psychanalytique. L’ego, en effet, c’est moins “l’être du moi”, que la représentation mentale, subjective, que je me fais de moi-même. L’egocratie naît d’une vanité sans mesure, ce que j’appelerai plus platement “l’enflure”. Elle peut toutefois s’accompagner de capacités réelles, d’aptitudes, de talents: c’est ce qui la distingue de la pure crétinocratie, dans laquelle la vacuité sous-tend la vanité. Les applications sont nombreuses mais, pour reprendre une technique chère au "Mentaliste": regardez-moi dans les yeux, la maintenant, tout de suite... A qui avez-vous pensé, en premier?


On ne me suspectera pas de sympathies pro-Reynders, j’espère. Sinon, c’est décidément que vous passez sur ce blog ou le forum de La Libre par hasard ;0) –Il n’empêche, je trouve assez détestable le scénario des putschistes, qui crient haro sur le baudet soudain chargé de toutes les peines du MR. Cette révolte des courtisans, faiseurs de claque et lècheurs de bottes témoigne de beaucoup de bassesse et d’inélégance, d’autant qu’elle apparaît d’ores et déjà vendue à une autre cause, à un autre maître, à un autre ego. Ce qui tend à confirmer l’avis de mon père, qui rassemblait sous un même “P” politique et putasserie. Paradoxe (quoique, quand on le connaît bien....): il a toujours rêvé de me voir “entrer en politique”, et ne s’est jamais remis de me regarder arpenter des voies aussi peu “prometteuses” que l’histoire et la philosophie... S’il savait où elles m’ont menées, le pauvre!

Nous sommes plus d’un, dans la presse traditionnelle et la blogosphère, a avoir identifié la particatie comme l’une des causes principales des dysfonctionnements démocratiques belges et wallons. Le pouvoir se partageant, l’une des préoccupations majeures de nos “représentants” est de savoir et le nombre et la taille des morceaux de gâteau qu’ils pourront revendiquer; qu’ils conviendra à leur tour partager, distribuer –en gavant certains, en égrenant des miettes à d’autre, mais en entretenant de façon clientéliste l’électorat pourvoyeur de voix, donc de pâtisseries. Certains fonctionnent aux petits-fours, d’autre aux donuts simpsoniens. L’addition, elle, est salée pour l’Etat donc le contribuable, qui nourrit une panoplie bigarée de fonctionnaires politisés, coiffés par des cabinets pléthoriques, soutenus à l’étranger par des délégations diplomatiques, culturelles, commerciales sans compter les commissaires en tous genres, dédoublés, triplés ou quadruplés selon les composantes colorées des différents gouvernements... Auto-justifiée par le souci de réprésenter les divers courants d’opinion, la particratie permet surtout une extraordinaire inflation du personnel politique et, indirectement, de la fonction publique.

Mais notre particratie belge souffre d’un autre mal particulier. Dans espace de plus en plus médiocratique, où nulle personnalité d’envergure ne se manifeste par une vision politique (c’est à dire d’ensemble, en vue d’un bien commun), l’objectif des partis établis se borne désormais à “faire des voix” aux élections, histoire, même avec une légitimité de 15% de votants, de se resservir du dessert. La politique est donc affaire de campagne, dans les deux sens du terme. Sur le plan publicitaire (à entendre par là: “à destination du public”) le débat se résume à des slogans, pondus par des marketteux. Sur le plan de la conquête –ou de la défense- du pouvoir, cela devient affaire de “stratégie”. Laquelle nécessite un général, des officiers, enfin la piétaille des soldats –les militants, quoi.

Les partis traditionnels tendent naturellement à la constitution d’un pouvoir autocratique en la personne du président. C’est lui qui définit un plan de bataille, choisit ses hommes, les place sur les listes, les promeut ou les rétrograde. Ce sont ses troupes, c’est son combat. De quoi se plaint donc le militant qui s’est engagé en "s'encartant"? Par contre, qu’au lendemain des élections, sans légitimité établie autrement que par des chiffres toujours minoritaires, ces mêmes présidents de partis se retrouvent, négocient des coalitions pas toujours respectueuses des urnes, cela me pose autrement problème. Comme je l’ai souligné plusieurs fois: le citoyen vote et n’élit pas, il est sollicité pour faire des scores de voix, mais certes pas pour décider de son avenir. Le gouvernement n’est aucunement entériné par l’électeur. Ceci constitue une réelle -et inacceptable- perversion de la démocratie. Je pèse mes mots

Face à cette hydre à de multiples têtes que constitue la machine particratique à finalité électoraliste, j’émettais voici quelques temps l’espoir qu’au sein même des partis, des militants se lèvent enfin pour contester l’omnipotence du Président, et revendiquent d’autres modes de fonctionnement. Est-ce ce qui se passe au sein du MR? Certes non. Au MR, des lieutenants contestent le général, et invoquent l’urgence de sa démission car s’annonce la prochaine campagne. L’échiquier reste le même, les règles aussi, le changement porte sur les pions. Je ne sais pas si l’électeur traditionnel du parti qui, un brin dégoutté du Stratego, est allé butiner chez les verts, cautionnera cette cosmétique ringarde du mouvement réformateur. Au contraire, cela sonne pour moi comme l’ultime échec de la pensée libérale: elle meurt ici, non de l’autocratisme de Reynders, pur produit d’un système en soi inacceptable, mais de l’egocratisme des lieutenants, ambitieux de le faire tourner à sa place.

Reynders n’a qu’une chance de sauver sa tête: c’est, en tant que président élu, et légitime, initier demain la réforme–non une réforme de stratégie, non une réforme du programme, mais une réforme de la notion même de "parti", et plus précisément de parti "libéral". Cela passe bien sûr par une redéfinition idéologique du libéralisme du XXIe siècle (si l’on entend sortir des slogans creux), et la préparation, pourquoi pas par une direction momentanément bicéphale, d’une structure nouvelle du mouvement, ouverte, transparente, démocratique. Aux prochaines élections, les militants auraient ainsi la responsabilité de choisir entre autocrates, egocrates et démocrates, pour la gouvernance interne. Il est vrai que princes de sang, grands feudataires et notables nantis auraient à craindre telle révolution. Elle seule est à même toutefois, d’amener un peu d’oxygène et de sang frais dans ce corps bleu... parce que cyanosé

 

 

Commentaires

Ca me rappelle, chère Pamina, cette vieille blague du temps de l'URSS.
Leonid Brejnev, tout frais émoulu présiedent du présidium du soviet suprême, ou quelquechose d'approchant invite au Kremlin sa vieille maman. Il envoie une limousine la chercher, lui fait visiter les salles décorées par les tsars. Les soldats rendent les honneurs à la vieille dame en fiche multicolore. Puis on passe à table : saumon de la Volga, caviar de la Mer Noire, vin géorgien, orchestre tsigane..A
la fin du repas, la vieille dame interpelle son fils "Bien, Leonid, très bien, mais sois prudent, fais attention.."
"Attention, à quoi maman? "
"Fais attention, si jamais les rouges revenaient..."

Tout cela pour dire qu'il n'y a rien de pire pour unparti politique que l'expression directe de ses miltants et l'instauration de la démocratie interne. Même Ecolo qui nous a gavés de discours creux voit le Co-Président Javaux choisir sa (jeune, jolie et présumée nunuche) co-présidente et puis faire ratifier son choix par les "organes du parti".

Pour rappel (sorry, je suis un peu obsédé par l'URSS, mais c'est une question de génération)
Le peuple soviétique est souverain
Le parti communiste représene le peuple
Le comité central représente le parti
Le secrétariat représente le comité central
Staline représente le secrétariat
Donc
Staline est souverain
CQFD (ou Quod erat demonstrandum pour les fossiles de mon espèce)

Écrit par : hughes_capet | 23/10/2009

tellement vrai, hélas... lollllllllllllllllll
mais bon, on se fait moine bouddhiste, ou on essaye de changer les choses?

Écrit par : pamina | 23/10/2009

Puisque vous en êtes à l'URSS on peut plagier une blague qui circulait à Moscou dans les années 60.
On demande à un petit garçon de Lasnes : "Qui est ton papa ?" Le petit garçon :"Le Mouvement Réformateur" ... "Qui est ta maman ?" - " La pensée libérale de Monsieur Didier" - "Que veux-tu devenir quand tu seras grand ?" - "Orphelin !" ...
;-)

Écrit par : Arthur L. | 23/10/2009

après m'être cruellement gaussée des "coquilles" et "typos" de Libé, du Monde et de La Libre dans leurs éditions matinales, je présente mes plus plates excuses aux lecteurs pour mon dernier billet. je suis confuse, rouge de honte, et cache pour la journée entière la tête sous l'aile. Wouach... c'était HORRIFIQUE lollllll

Écrit par : pamina | 24/10/2009

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