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08/10/2009

L'Harmonie ou la Fanfare? à propos de l'edito de LLB

Je compte parmis mes ascendants directs des limbourgeois purs et durs, issus d’une terre qui ne nourissait plus la fratrie, même de pommes de terre. Ils sont montés à “LA” ville (Liège) en portant briques et mortier, et y ont conquis une vague aisance: à manger, d’abord, puis un toît, une voiture, un costume, la cravate et le chapeau. Sous son couvre-chef qu’il persistait à garder à table, Papy chiquait le tabac de façon malpropre et parlait un patois flamand mâtiné de wallon, à moins que ce ne soit l’inverse. Il se sentait liégeois, mais vers la fin de sa vie, il pleurait pour qu’on l’amène à “sa” terre, un coin de potager limbourgeois enrichis de fumier naturel, où il faisait pousser des courgettes au look et au poids de sumo. La revanche de la faim, je suppose.

Cet épanchement nostalgique et personnel pour vous parler, dans l’esprit de l’édito de Francis Van de Woestijn, des fanfares, des trompettes et de l’Harmonie.


Papy jouait du clairon. Ses frères, du trombonne et de la trompette. Les cousins (et il y en avait un quasi régiment!), de la grosse caisse. Ensemble, ils formaient une Harmonie. C’est ainsi qu’on appelle un groupe musical, quand il joue avant de boire du pekêt. Il y avait une harmonie à Zichem. Il y en avait une à Zussen. Une autre à Bolders. Bref, trois sur ces quelques km carrés dénommés aujourd’hui “Zichem-Zussen-Bolders”. Les fêtes patronales, les fêtes de village, la fête nationale étaient célébrées en musique, dans un esprit d’émulation qui faisait amidonner les cols de chemises et reluire les cuivres. Il y avait parmi eux nombres d’illettrés, mais ils étaient fiers de jouer chacun leur partie, et de contribuer à l’ensemble: tout cela marchait “comme du papier à musique”.

Un jour, “la pt’it’ gotte” aidant (enfin, beaucoup de petites gouttes ayant rempli de nombreux verres), la bagarre a pris. Au final, quelques yeux de pochards pochés, une ou l’autre dent égarée, et des bosses aux clairon, trompettes, tubas. L’harmonie des Harmonies prit fin, et désormais chacune tourna les jours de fête sur sa placette de village, quêtant les suffrages et applaudissements des gogos locaux. L’ambiance étant désormais des plus tièdes, on va lever le coude une fois par an à Dalhem, en admirant, passé le 0,8 legal d’alcool dans le son, la débandade des Bandas.

Il ne faut pas que du génie pour faire une harmonie. Il faut vouloir faire de la musique ensemble. Or, que veulent nos fanfarons politiques? S’illustrer, mais certes pas pour le bien commun. Tel veut occuper une place à la première rangée de son parti, celui des vents, et surtout qu’on remarque que ses boutons brillent; tel autre embouche sa trompette à contre-temps, quand les autres se taisent, pour qu’on entende qu’il est bien là, même quand il n’a rien à dire. C’est sans compter encore celui qui tape frénétiquement sur sa grosse caisse, histoire de faire croire que c’est lui qui fait marcher au pas. Et les majorettes! Ah! Les majorettes... la frime du joli bâton qui virevolte, qui tombe parfois et qu’on ramasse, penaude, en montrant sa petite culotte... toute une métaphore, vraiment.

Pas d’Harmonie en particratie, parce que les musiciens jouent chacun des partitions différentes. Et ils les jouent en même temps, le plus fort possible. Pourquoi cette cacophonie? Mais parce que chefs de pupitre des vents, des cuivres ou des percussions, tous veulent que lors de la prochaine représentation, leurs instruments aient le beau rôle. Et aussi jouer solo. La prochaine représentation? Elle n’est jamais très loin: une petite parade, un petit défilé et hop, c’est demain. 2011, on en parle déjà. Tribune, bla-bla, flon-flon. Applaudissement messieurs-dames.

Il faut, si nous voulons de la musique et non du bruit, pointer inlassablement les fausses notes de la particratie. Mettre une sourdine aux trompettistes, un baillon aux castafiores, et rappeler la partition majeure: gouverner et administrer, efficacement. Que ceux qui ne sont pas capable de mettre leur ego en berne postulent à X-factor, mais nous soulagent de leur omniprésence médiatique. Les citoyens veulent de la musique. Les citoyens veulent de la politique.

Ceux qui jouent fort, faux, à contretemps n’ont pas leur place dans l’Harmonie. Faites-les taire, ou virez-les. Il se trouvera sans doute quelques uns pour les engager sur les foires-aux-boudins. Quoique du temps de mon Papy, même les foires-aux-boudins mettaient leur point d’honneur à présenter le meilleur...

 

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Commentaires

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Chère Pamina,

J'admire toujours votre capacité de réaction par rapport au monde politique tel qu'il est. Il est effectivement ce qu'il est et surtout tel qu'il apparaît dans la relation que nous en font les médias. Mais le monde politique n'est que le reflet de la société, sa représentation au sens théâtral et au sens où la démocratie représentative nous le représente.
Puis-je vous rappeler que l'humanisme est mort depuis 1915 quelque part près d'Ypres avec l'utilisation de l'Ypérite ou gaz moutarde. Son inventeur et découvreur était Fritz Haber, un brillant chimiste allemand qui avait aussi inventé la fabrication des engrais azotés. Fritz Haber a d'ailleurs reçu en 1918 le prix Nobel de chimie, pour ses travaux sur différentes synthèses, malgré la protestation du Royaume-Uni et de la France. Le malheur a voulu que le même Haber ait inventé le Zyklon A ou mort au rats et le Zyklon B gaz utilisé dans les chambres à gaz nazies pour exterminer juifs, tziganes et autres indésirables pour le régime Hitlérien.
La confirmation de la mort de l'humanisme a eu lieu en 1945 avec les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagazaki. Cette mort a été confirmée de nombreuses fois depuis, je n'ose même pas en faire l'inventaire tellement la liste est longue.
L'hypocrisie est par contre toujours vivante, comme vous le soulignez à juste titre.
Que faire ? Sinon déclarer que les Lumières ont été dévoyées par la démesure de l'homme, sa pseudo-rationalité qui a conduit aux égarements de la techno-science, à son entrée active dans les mythes anciens comme ceux de Prométhée et de Tantale. Pourquoi n'arrivons-nous plus à comprendre la tragédie grecque et ses mythes qui mettaient en garde les hommes par rapports à leurs dualités et à leurs contradictions ? Comment en est-ont arrivés à croire au progrès inéluctable sans comprendre ses dérives ?
Les hommes/femmes politiques ne sont que des hommes/femmes, en général moins doués que d'autres et plus sensibles à la fama, l'opinion, le dire, le mensonge, les rumeurs, etc.
J'en ai fréquenté beaucoup, en privé et en petit comité, ils sont capables de comprendre et même d'écouter lorsque l'approche est construite.
Je milite depuis longtemps dans des organisations de la société civile pour décloisonner les personnes politiques du monde dans lesquels ils vivent. Cela donne parfois des résultats.
Courage.

Écrit par : pamina | 08/10/2009

@DS mais je lis parfois encore Sophocle et Euripide ;0)
... et je conteste que ceux-là qui s'agitent soient mes "représentants". Ce sont des histrions. Et la pièce est mauvaise.

Écrit par : pamina | 08/10/2009

je pense que l'humanisme est mort lejour où Caïn a flanqué un grand coup de matraque sur le crâne d'Abel.
Ou plutôt qu'il en va de l'humanisme comme du Roi Arthur, en dormition dans les brumes d'Avalon : il subsiste tant que quelqu'un pense à lui.
J'abonde par contre sur un point du commentaire précédent :les politiques sont des gens ordinaires, très ordinaires, et à mon avis en moyenne moins doués et moins dotés de sens moral que la moyenne de nos concitoyens. Sinon ils choisiraient un métier honnête. Ce qui a le mérite d'être beaucoup moins fatigant et plus valorisant que leur agitation perpétuelle.
Leur drame a été décrit à merveille par un député rexiste qui a quitté Degrelle dès 1938 ou 39 : vous ne pouvez pas voir passer une procession sans vous précipiter à l'avant de celle-ci comme pour faire croire que vous en êtes l'organisateur.

Le mélange d'une ambition démesurée et de compétences limitées est généralisé chez eux et n'augure rien de bon.

Écrit par : hughes_capet | 08/10/2009

triste et cruel constat. mais ô combien véridique...
Continuons à rêver d'Arthur...

Écrit par : pamina | 08/10/2009

Tant que ceux et celles qui animent le débat politique 'autorisé' se comporteront en petits commerçants un dimanche de braderie, la fanfare risque bien de rester longtemps cacophonique.

En Belgique nous sommes en braderie électorale permanente, l'horloge politique est cadencée à l'agenda électoral le plus proche.

Cette perspective nous amène à vivre en live les tribulations d'une bande de pompiers pyromanes qui sautent d'incendies en déclarations incendiaires. Il suffit de décoder les derniers brulôts en matière budgétaire, Magnette et ses centrales, Onckelinck et sa Sécu, Clerfayt et son Diesel, Milquet et ses communiqués laxatifs. Ce ne sont que des exemples...

Ca en deviendrait presque pittoresque, si l'avenir économique du pays n'était pas menaçé...

Malheureusement nous n'avons pas vraiment d'alternatives crédibles...






Petit pays, petits politiciens.

Écrit par : olivier | 09/10/2009

petit pays PARCE QUE petits politiciens.

Écrit par : pamina | 09/10/2009

Oui et non, plus de 60000 clients qui votent pour un poivrot liégeois, c'est de l'irresponsabilité collective.

Écrit par : olivier | 10/10/2009

@ olivier

C'est justement parce qu'ils sont CLIENTS qu'ils votent pour leur fournisseur de service(s)...

Écrit par : de passage... | 13/10/2009

Les commentaires sont fermés.