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10/09/2009

Question de pointure

Question de pointure…

« Vous pouvez avoir les enseignants les plus dévoués, les parents qui vous soutiendront le mieux, les meilleures écoles au monde, rien de cela ne fera une différence si vous tous ne prenez pas vos responsabilités » « Réussir est difficile ». « Ce que vous apprenez à l'école aujourd'hui déterminera si notre nation peut relever les plus grands défis de demain. »

Barack Obama

« Non, on ne fait pas des études pour avoir un métier. Si elles peuvent y conduire, ce n’est pas leur finalité. Il faut soutenir tous les jeunes qui veulent apprendre, quelles que soient les filières (…). Mais celui qui a envie de faire l’histoire de l’art, qu’il la fasse aussi, quitte ensuite à ne pas travailler dans ce qui aurait été la suite logique de ses études. La primauté de l’enseignement, c’est l’épanouissement personnel. »

Jean-Claude Marcourt

Je lis, je relis, je hausse les épaules. Question de culture ? Question de pointure !


J’ai inscrit aujourd’hui, en première année de l’enseignement supérieur, quelques étudiants qui s’étaient déjà épanouis une ou deux années à l’université, sans succès, et dans une première année de type court, non mieux réussie.  J’ai réinscrit aussi quelques étudiants de 2 ou 3e, ils ne savaient pas exactement, car ils avaient oublié quel jour était la délibération de seconde session et la proclamation.

Demain, pourtant, je remettrai leur diplôme à 3 brillantes étudiantes de master, dont deux poursuivront leurs études à l’étranger, qui leur semble le seul horizon possible non pour leur ambition, mais pour leur passion.

J’ai reçu avant hier de l’une d’elles cette très belle lettre, un baume sur les aléas de mon drôle de métier :

« Vous nous avez donné l’envie d’aller toujours plus loin, vous nous avez motivés, poussez à réussir et à voir les choses en grand. Cette passion qui brille dans vos yeux, celle qui vous a vous-même portée si haut aujourd’hui, a enrichi la notre et nous a servi de lanterne. Votre rigueur, votre vigilance, votre perfectionnisme et votre partage sont toutes des qualités, qui nous ont amenés nous même à nous battre pour tendre vers cet idéal que nous inculquiez.

Sachez que ces éloges ont pour seule finalité la reconnaissance et le remerciement. Je trouve qu’en tant qu’étudiants, il est en notre devoir de vous faire part de nos impressions. Je désirais également vous dire que vous aviez raison de vous battre pour les causes que vous défendiez car je pense que si cette formation est arrivée à un tel résultat, c’est grâce à des personnes comme vous qui ont eu l’intelligence mais aussi la foi pour mener à bien un tel défi.

Je vous remercie donc au nom de tout cela et vous souhaite de conserver cet entrain et cette passion, qui m’ont d’ailleurs fait tellement de bien, en temps de doute ou de découragement. Cette réussite je vous la doit en très très grande partie et je vous en remercie ».

Je suis très fière de cette lettre, démenti cinglant à toutes les politiques d’éducation laxistes, démissionnaires, démagogiques, mensongères auxquelles nous sommes le plus souvent acculés. Non pas fière d’une réussite ou d’un grade  brillant, qui est la conquête propre de cette étudiante, mais fière d’avoir accompli une tâche : celle d’éduquer, au sens étymologique d’e-ducere, conduire hors de soi.

Plus haut.

Commentaires

Je dirais (je passe en vitesse) que c'est aussi une question de milieu. Obama est venu de loin, Marcourt semble avoir eu un parcours plus facile.
La discussion sur l'utilité des études (est-il utile de faire du latin, de la plomberie, de la physique, etc) a déjà été débattue à maintes reprises et dépend de trop de variables pour déboucher sur un résultat unique et exploitable pour tous.

Écrit par : hughes_capet | 10/09/2009

en tout état de cause, Marcourt confond utilitarisme et pragmatisme. Je serai très benthamienne en la matière: si je suis totalement d'accord avec le principe d'humanités épanouissant l'individu, je m'insurge contre cette vision de l'enseignement supérieur: il est qualifiant et professionnalisant, il forme des gens aptes à travailler, à contribuer à leur tour à la richesse commune. Sinon, qui donc financera les études épanouissantes de la génération suivante? La communauté peut bien sûr assurer aux meilleurs, dans les disciplines les plus exotiques ou pointues, d'exercer en dehors d'une rentabilité (l'égyptologie ou l'assyriologie, la copulation des coccinelles ou l'exégèse du mandarin); ce sont des chercheurs et des boursiers, et il en faut. Mais former des cohortes d'étudiants approximatifs tâtonnant dans des filières bouchées, cela ne s'impose plus guère en temps de crise...
Je comprends aussi, au niveau de l'engagement au supérieur, le "droit à l'erreur"; mais il y a aussi un devoir d'assumer ses erreurs, si elles sont plurielles. Celui qui erre d'un bac en kiné à l'architecture des jardins en passant par la comptabilité, trois années abandonnées en cours, aucun crédit accumulé, peut-on s'entendre sur le fait que le mot "erreur" devient inapproprié à son 4e engagement? Ces parents laxistes, qui gobent n'importe quel bobard de leur progéniture, et excusent tout, seraient-ils d'accord d'assumer financièrement le coût réel des ces "erreurs" appréciatives?
Un ministre peut-il penser en termes de "bien commun", et non de façon une fois encore électorale?

Écrit par : pamina | 10/09/2009

Quad j'étais à l'univ, (de 79 à 83),le leitmotiv de mes professeurs était "nous ne sommes pas une école technique". Et donc, mes condisciples et moi avons déboulé dans des classes du secondaire en étant ferrés dans les matières du programme mais nullissimes en pédagogie. En conséquence, la plupart ont pris la poudre d'escampette (comme moi) et à l'heure actuelle courent toujours.

Écrit par : hughes_capet | 10/09/2009

Je suis content pour toi Pamina, indépendamment des sujets débattus ici, je pense que sur un plan humain, de tels témoignages justifient les vocations.

C'est d'ailleurs étonnant, hier justement je songeais à l'école primaire et maternelle que mes enfants ont fréquentée, un peu près 8 ans pour ma fille (elle vient d'entrer en secondaire dans un autre établissement) et idem pour mon fils qui achève sa sixième primaire.

Je me disais, que cela faisait déjà 11 ans que sans m'en rendre compte, je partageais la vie de ces profs, personnels, parents et copains de classe, quel ne fut ma fierté, lors de la remise officielle du CEB en juin, et ce passage de ma fille à un niveau supérieur. Cela peut paraître anodin, mais j'ai malgré tout eu ce petit moment de nostalgie et de reconnaissance pour ce corps professoral qui a aidé et accompagné mes gosses à devenir des ados complets et ouverts sur le monde.

Voilà, c'était ma petite bafouille du soir ;-)

Écrit par : olivier | 10/09/2009

il faut des témoignages comme celui-là pour tenir la tête hors de l'eau, et contre les flots de jugements à l'emporte-pièce, comme ceux relançant hier la guerre contre les profs à 20h/semaine et 3 mois de congés... RAS-LE-BOL!

Écrit par : pamina | 11/09/2009

le coeur en berne, après la lecture des commentaires outrageants sur les profs, aujourd'hui. je ne me reconnais pas, je ne reconnais pas mes collègues. par contre, tant de frustrations, de jalousies, de petitesses, me font désespérer d'un bien commun (plus exactement, de l'envie d'avoir un bien commun avec de telles personnes). Dire que j'ai hésité entre l'engagement citoyen et le bouddhisme... soupir. je crois que je me suis trompée.

Écrit par : pamina | 11/09/2009

Je suis choquée comme vous de ce déferlement de propos peu respectueux à l'égard d'un métier essentiel et si peu valorisé.
Il faudrait mettre ces gens qui critiquent au défi de passer une journée dans une classe et d'y affronter les affres des élèves ! mais la grève n'est pas une solution. Et pour vous remonter le moral hum... pensez aux laitiers, ils ont l'air encore plus mal lotis.

Écrit par : quidam | 11/09/2009

l'essentiel (le lait, l'éducation) à l'égoût. Vive l'augmentation du pouvoir d'achat, qu'on puisse acheter des gsm coréens pour twitter ses problèmes gastriques un lendemain de campagne électorale...

Écrit par : pamina | 12/09/2009

j'ai réalisé une petite toiile qui représente une AUTRUCHE dont la tête sort du cadre vers le bas et qui a "des problèmes gastriques" dont le résultat vous saute aux yeux dans toutes ses formes et ses couleurs, dommage que je ne puisse pas vous l'envoyer pour illustrer votre dernier com... c'est bien d'en rire

Écrit par : tableau du jour | 12/09/2009

scannez-le et envoyez-le moi sur boitepostale@ibelgique.com ;0)

Écrit par : pamina | 12/09/2009

mais qui est l'AUTRUCHE??? lollllll

Écrit par : pamina | 12/09/2009

l'autruche, c'est tout un chacun... le citoyen(ne) a peur pour son avenir alors il choisit son intérêt personnel et digère vaille que vaille la particratie !
petit exercice élégant de bien commun:
dites huit fois "la crotte particratique" sans bafouiller, lollllll

Écrit par : exercice du jour | 13/09/2009

Chère Pamina,

Je comprends complètement votre fierté et je pense que vous avez le droit de vous en honorer. Visiblement vous traitez vos étudiants, et l'être humain en général, comme il se doit et il se devrait dans les sociétés apaisées, celles qui font le Plaidoyer pour le bonheur. C'est la titre d'un livre de Mathieu Riccard, fils de Jean-François Revel et porte-parole du Dalaï-Lama. Il est plein de sagesse et de sagesse aussi par rapport à l'enseignement et l'éducation.
Dans nos sociétés occidentales,nous avons industrialisé l'enseignement, en générant des tensions entre les donneurs d'ordres que sont les fonctionnaires et les politiques et les personnes qui vivent l'enseignement sur le terrain, à savoir les enseignants et les enseignés.
Mon épouse a été enseignante pendant toute son existence... et directrice pendant 15 ans. Elle a pu mesurer la schizophrénie des ministres successifs, qui, comme les chiens pour marquer leur territoire ont "pissé sur leur arbre", en sortant une réforme de plus, tout aussi inopérante que la précédente.
Pendant 15 ans de direction, elle a mis à la poubelle toutes les notes et directives sauf ce qui était dangereux et qui pouvait compromettre les postes et les emplois de ses collaborateurs/trices. Elle n'en a fait qu'à sa tête en fonction de son expérience, à la satisfaction des enfants, de leurs parents et de son personnel enseignant et ouvrier. En effet, il n'y a pas que les enseignants dans l'enseignement, il y a aussi les auxiliaires qui représentent autant de monde que le personnel enseignant, sinon cela ne fonctionnerait pas.
Toute la machine doit être motivée comme vous sembler savoir le faire et le faire savoir.
J'ai moi-même été enseignant "amateur" pendant 23 ans,comme professeur visiteur, dans une Haute école de commerce près de chez vous. Cela n'a jamais été mon activité principale, mais une formidable ouverture sur la compréhension du monde grâce aux jeunes avec lesquels je pouvais échanger à la fois l'interprétation de mon expérience et leurs réactions par rapport à celle-ci. Ce qui a été le plus riche pour moi et pour mes étudiants, qui participaient aux échanges Erasme, a été un séminaire que j'ai pu organiser pendant trois ans, où les jeunes ont été capables d'exprimer leurs visions culturelles différentes sur les milieux sociaux dans lesquels ils étaient nés et ils avaient vécus... et les cours qu'ils étaient sensés absorber.
Je prends la peine d'écrire cela pour vous soutenir et transmettre, parce que je suis à un âge où on ne peut plus que transmettre de l'amour et de l'expérience par le dialogue, mot que je préfère à la communication qui devient trop galvaudé à mon goût.
Bien à vous tous.

Écrit par : Daniel Spoel | 14/09/2009

belle idée de proscrire le mot "communication", galvaudé par les marketteux de tous bord, au profit de "dialogue"... ce qui implique être deux. j'ai vécu une année d'exception, avec des étudiants d'exception, ce qui veux dire "preneurs" de ce que l'on a à partager. Quelle que soit la motivation du professeur, il faut cette composante essentielle; or je constate qu'elle est de moins en moins présente, et qu'il faut de plus en plus se battre pour convaincre que ce que l'on a à donner en vaut la peine. Quérir les silex, la paille,frotter jusqu'à l'usure, jeter des étincelles, alimenter le feu, tenir chaud la braise, et supplier que l'on se retourne pour voir comme la flamme est belle, et chaleureuse. C'est en cela que le métier est usant.
J'aurais aimé avoir votre épouse comme directrice... et vous peut-être comme collègue ;0)

Écrit par : pamina | 14/09/2009

Frottez donc vos silex, je frotte les miens, avec mon épouse lorsque nous partageons nos activités.
Avec tous nos encouragements.

Écrit par : Daniel Spoel | 14/09/2009

aujourd'hui, jour de grande humidité: pas d'étincelles. Maintenant, j'ai devant els yeux les images de "la guerre du feu" lolllllllll -vous choisissez quel clan lolllllll???

Écrit par : pamina | 14/09/2009

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