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31/08/2009

Le bien commun, Thomas et le Pape (4)

Dans les billets précédents, j’ai évoqué la conception de la Cité, de l’Etat, selon Aristote et Hobbes: pour le premier, c’est une organisation naturelle, l’homme étant un animal politique prédisposé à vivre en société pour atteindre son objectif final: le bonheur. Pour le second, l’Etat est avant tout contractuel, et répond à un besoin de sécurité:  les hommes tentant par l’éléboration de cet organisme supra-individuel d’échapper à la violence qui compromet leur survie. La notion de bien commun public est implicite chez l’un et l’autre: ils évoquent tour à tour les intérêts communs, les avantages communs. Mais c’est le théologien catholique du XIIIe siècle Thomas d’Aquin qui théorise la notion.

J’adore Thomas d’Aquin. S’il fait figure pour les profanes de vieille baderne (être cité régulièrement dans les bulles papales, encycliques, cathéchismes etc ne plaide pas en sa faveur), c’est un esprit génial, original, à plus d’un titre moderne. On trouve dans sa prose des perles de la taille de météorites. L’establishement (l’Eglise, la Royauté ou l’Empire) l’a toujours exploité en sa faveur, imposant comme vérité de foi une conception hiérachisée du monde et de la société humaine, reflet de la cité céleste, reflet de la volonté divine. Il va bien au delà, et dans tous les domaines.


Ce brillant commentateur d’Aristote voit à l’instar de ce dernier le bonheur comme finalité de l’homme: bonheur ici bas, auquel s’ajoute le bonheur dans l’au-delà, celui de la vie éternelle. Il est théologien, d’abord: l’accomplissement de la volonté divine, le respect de ses commandements est prioritaire, mais, reconnaît Thomas d’Aquin, pour que l’homme puisse accomplir sa tâche, marcher sur la voie de la sanctification, il faut des conditions minimales. La Cité suppose

L'existence d'un bien commun, c'est-à-dire d'un bien qui tout en étant un nombre, soit cependant partagé par chaque citoyen de cette cité …Tout comme le tout est plus important que la partie et lui est antérieur (…) la cité est antérieure à l'individu… et son bien est d'une dignité plus élevée… que celui de chaque individu pris en lui-même.

L’intérêt particulier se subordonne “naturellement” à ce Bien commun, il n’y a pas rivalité, mais tout (un tout organisé, hiérarchisé, ordonné) concourt à une même fin, un même but. Lequel? Disposer de façon auto-suffisante des richesses matérielles, spirituelles, culturelles, de la paix et de la sécurité, dans un climat de concorde. La société ainsi réalisée tendra naturellement à l’union divine, au Bonheur éternel. La “Cité céleste” déjà décrite par saint Augustin a ainsi une possible antichambre terrestre, et celle-ci est heureuse. Traduction contemporaine, par l’encyclique Divini Redemptoris :

De même que dans l'organisme vivant on pourvoit aux besoins du corps entier en donnant à chacune des parties et à chacun des membres ce qu'il leur faut pour remplir leurs fonctions, ainsi dans l'organisme social, pour assurer le bien commun de toute la collectivité, il faut accorder à chacune des parties et à chacun des membres, c'est-à-dire à des hommes qui ont la dignité de personnes, ce qui leur est nécessaire pour l'accomplissement de leurs fonctions sociales. (…) L'organisme économique et social sera sainement constitué et atteindra sa fin, alors seulement qu'il procurera à tous et à chacun de ses membres tous les biens que les ressources de la nature et de l'industrie, ainsi que l'organisation vraiment sociale de la vie économique, ont le moyen de leur procurer. Ces biens doivent être assez abondants pour satisfaire aux besoins d'une honnête subsistance et pour élever les hommes à ce degré d'aisance et de culture qui, pourvu qu'on en use sagement, ne met pas obstacle à la vertu, mais en facilite au contraire singulièrement l'exercice

Deux autres textes de l’Eglise témoignent, au XXe siècle, de la nécessité d’une justice sociale permettant l’émancipation et le bonheur de l’homme. La constitution pastorale Gaudium et Spes, promulguée sous Paul VI, et la lettre encyclique  Caritas in veritate d’un certain Joseph Ratzinger, mieux connu sous le nom Benoît XVI. Ciel ! 

Catholique distante si pas dissidente, j’ai regretté tant et tant de fois que l’image de l’Institution et de son principal représentant contribue à jeter le bébé avec l’eau du bain, le message avec le porte-parole… et j’ai regretté tant et tant de fois aussi que les actes n’épousent pas les paroles, que Jean-Paul II visite le Chili de Pinochet mais que Don Elder Camara soient enterré sans représentant de l’autorité pontificale… Qu’importe, il reste dans la Parole une puissance d’Evangile (littéralement de bonne nouvelle), une capacité de fermentation.

Oublieux de ses racines et encombré semble-t-il de son étiquette confessionnelle, le PSC a cru nécessaire de muter en centre humaniste (opportuniste ?), plutôt que de puiser dans son terreau natif les éléments nourriciers d’une pensée politique spécifique et originale. Pour ma part, je me retrouvais davantage dans cette dernière malgré les restrictions évoquées, que dans ce « bien-pensisme » mou, invertébré, ce succédané d’une doctrine socialiste qui a montré ses failles : en particulier, son amoralisme et sa carence spirituelle, son défaut d’horizon (autre que le pouvoir d’achat) pour la personne humaine.

Bon j’en reste là, de peur que, après avoir été qualifiée de crypto-socialiste, crypto-reyndersienne, vous ne me rangiez parmi les fans de l’Opus Dei. Je verrais à vos réactions si développer quelques peu la doctrine sociale de l’Eglise sur ce thème du Bien commun fera partie de l’itinéraire, ou si nous obliquerons plus pragmatiquement vers l’utilitarisme anglo-saxon.

Ci-dessous néanmoins quelques liens permettant l’exploration des encycliques traitant du Bien commun, si du moins vous ne craignez l’eau bénite et le goupillon plus que l’ail et la lumière lolllllllll.

Amen!

 

Gaudium et spes (à ce jour, la réflexion la plus approfondie de l’Eglise sur le sujet : la locution « bien commun »  apparaît 31 fois dans le texte)

http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_co...

Divini redemptoris (Pie XI, 1937)

http://www.vatican.va/holy_father/pius_xi/encyclicals/doc...

Caritas in veritate (Benoît XVI, juillet 2009)

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclical...

Commentaires

La plus grande famille politique européenne (en tout cas , telle que représentée au Parlement européen) se revendique d'inspîration catholique. C'est vrai qu'il y a plusieurs demeures dans la maison du Père et qu'un auditeur polonais de Radio Marija n'a peut-être pas la même sensibilité qu'un basque qui a le souvenir de l'opposition de son clergé régional à Franco.
Néanmoins, il serait trop simple de se débarasser du message social et politique que l'Eglise a élaboré au cours des siècles et qui, nolens volens, a percolé (quel joli terme,n'est-ce pas ? mais n'est il pas breveté? ) jusqu'à nous ?
Ceci dit, et comme je ne peux pas m'empêcher de provoquer un peu , l'AKP, le parti turc actuellement au pouvoir à Ankara me paraît sur bien parti pour créer le premier mouvement démocrate-musulman, comme il existe des démocrates-chrétiens.

Écrit par : hughes_capet | 31/08/2009

"Sans doute serais-je chrétien si les chrétiens l'étaient 24 heures pas jour..."

Mohandas Karamchand Gandhi

Écrit par : Le Profeseur | 31/08/2009

.... chrétiens, pas cathos: belle nuance, déjà ;0) -Comme je suis cataloguée comme hérétique depuis mes 13 ans, je crois, ça me laisse du champ lollllllll

Écrit par : pamina | 31/08/2009

Tiens, professeur, nous discutâmes récemment de surveillance, censure etc etc: un petit test très amusant -pamina est censurée sur le forum traitant de l'enseignement flamand. Deux messages identiques recalés. Fiorabella reposte le même.... ça passe sans problème, à la seconde. Brrrrrrrrrrrr, je deviens une dangereuse agitatrice. pourrais-je encore survoler les Etats-Unis dites-moi?

Écrit par : pamina | 31/08/2009

teneur du message incriminé:
En fait, tant que la CF n'aura rien fait de concret pour pallier ses résultats catastrophiques (évalués au niveau international par l'étude PISA), les parents continueront à se battre pour mettre leurs gosses dans des écoles dites "élitistes", ce qui veut simplement dire: "d'où on sort en sachant lire et écrire". Pareil pour la fuite vers l'enseignement flamand, qui est, lui, excellemment classé par PISA.

Écrit par : pamina | 31/08/2009

Pamina, c'est de la haute trahison. Vous risquez douze balles dans la peau, une cravate en chanvre, d'embrasser le rasoir national, l'estrapade , la roue, l'écartèlement et le pal tout à la fois. L'écolier francophone a le droit de fuir vers l'est, l'allemagne,le sud-est luxembourgeois, l'occident anglosaxon,la mère patrie française mais jamais, au grand jamais chez les Ménapiens, les Bataves, ces anthropophages des temps modernes.
Montjoie Sait Denis
Trépasse si du bien de la Flandre je dis
est la devise des nouveaux Montmirail qui nous gouvernent.

Écrit par : hughes_capet | 31/08/2009

cruel dilemme: si j'étais flamande (ce que je suis d'ailleurs par lointaine origine, mais aussi batave, et alcôti comme on dit à Liège, donc ça tempère la vertu de la race lolllll), je me demande si je ne serai pas nationaliste? -En fait, je crois que ma question est rhétorique. J'ai la réponse.

Écrit par : pamina | 31/08/2009

Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt ? comme disait le grand philosophe Jean-Jacques Goldman.
C'est quoi un alcôti ? un alcolo rôti ? quelqu'un né de l'autre côté ?

Écrit par : hughes_capet | 31/08/2009

un alcôti, c'est un chien de corrotte lolllllll -ça doit être quelqu'un au sang-mêlé, un chien bâtard, l'équivalent d'un zinneke sans doute. Avec un côté "baraki". J'ai un 8 quartiers flamands, 4 hollandais, le reste on sait pas trop mon arrière grand-mère et sa propre mère étant des pécheresses, des filles-mères, le mystère demeure. Mais il vaut mieux chercher du côté de Zola que de Gala (magazine pipeule des rois), je crois lolllllllll

Écrit par : pamina | 31/08/2009

Petits exercices...

1. Chaque fournisseur d'accès "classiques" (Voo, skynet, mobistar,...) a une "gamme" d'adresses IP (l'adresse que vous recevez sur internet lorsque vous vous connectez)...
Pour des raisons commerciales, certains fournisseurs "censurent" les adresses venant de leurs concurrents.
N'essayez pas de lire vos mails chez skynet via une connexion de Voo... Cela ne marche pas.

2. Les "black-lists" fonctionnent à partir d'adresses IP ou à partir de la MAC Adress (adresse théoriquement unique de votre carte réseau...) mais pas à partir de noms (il y en aurait de trop...)

3. Comme vous utilisez un Mac (l'ordinateur) il y a peu de chance que vous soyez infecté par un bot (espion dormant existant sur les pc windows mal protégés et activés à distance par des pirates...)
Néanmoins, si votre pc contient un bot (et fait donc partie d'un réseau de bots=botnet) qui communique régulièrement avec le serveur que vous souhaitez joindre, un bon service informatique aura mis automatiquement votre macadresse et votre adresse IP sur une liste noire...
Google fonctionne à présent selon ce principe sans que vous ne vous en aperceviez, sans doute.
Cas de figure : si vous obtenez l'adresse IP de quelqu'un qui était contaminé et qui a été banni... vous serez bannie pendant un certain temps !!!
Solution : déconnecter et reconnecter votre "modem" internet après 10 secondes pour obtenir une nouvelle adresse.
Petite particularité : si vous utilisez le réseau de l'Université, il y a de grande chance que vous soyiez refusée sur certains sites : les adresses du Belnet sont souvent utilisées par des étudiants (ou des professeurs) peu soucieux des mesures de sécurités à prendre...
J'en connais qui préfèrent réinstaller tous les deux mois leurs PCs plutôt que de se perdre dans les dédales des firewalls et autres protections...

Bref, il est plus probable que ce soit le PC qui soit rejeté plutôt que l'auteur du message...

Écrit par : Le Professeur | 31/08/2009

Bonsoir à tous,

La météo de ces derniers jours, mois, n'incite pas tellement à des échauffements au niveau des neurones. J'en suis resté cet été à mon jogging matinal de chiffres en ayant bien soin de ne pas m'aventurer dans un marathon de mots pour lequel je n'ai aucun entraînement. Et puis ce n'est de toute façon pas mon truc.

Je viens de lire la dernière leçon du 'Professeur'. Et là aussi, je ne vais pas remettre sur la table les bons souvenirs du temps passé. Je préfère le petit rosé bien frappé de cette agréable soirée : 'In vino veritas'. Bien que pour la technique des réseaux et la sécurité, le vieux n'est pas encore pres de se faire enterrer.

@ Pamina, plus sérieusement, pourrais-tu demander à ton homme de mari de me contacter. Il faut avouer que ma machine n'est pas très organisée pour ce qui n'est pas du domaine 'technique'. A chacun son talon.

Yvan.

Écrit par : Yvan | 31/08/2009

"Le monde politique se martyrise (et on va encore prendre deux couches supplémentaires grâces aux écolos) en se demandant comme jouer les Saint-François D’Assise et aider la pauvreté en sandales."

Interview de S. Kubla site de Le PAN, 31 aout 2009.


c'est juste pour alimenter ta réflexion spirituelle Pamina ;-)

Sinon j'ai lu, intéressant, pas ma tasse de thé mais cette approche différente est intéressante ;-)

Écrit par : olivier | 31/08/2009

@professeur:
oui, mais: fiorabella a écrit 30 secondes après que Pamina ait tenté d'envoyer son post: et elle a écrit du même mac, avec la même IP .... de cela, je suis CERTAINE...

Écrit par : pamina | 01/09/2009

Alors, votre mari va être comptant (euh... non, content), vous devez valoir votre pesant d'or...
Vous imaginez, un "homme de la sureté" spécialement affecté à votre surveillance...
Il y a des maris qui paient des détectives pour moins que cela !!!!
(A moins que votre mari ne travaille à la sureté, ce que naturellement, vous ne pouvez savoir...)

(LOOOOOOOOOOOOLLLLL !!!!)

Écrit par : Le Professeur | 01/09/2009

Le bien commun est une notion connue depuis la plus haute antiquité. Elle est déjà présente dans l'Egypte pharaonique, incarnée par la figure du vizir. On le retrouve ensuite en Grèce (ce que vous amenez sans y donner sa véritable dimension). Ailleurs, le bien commun est conceptualisé et pensé chez les philosophes hindouistes et chinois. On le retrouve même dans les sagesses traditionnelles aborigènes, africaines et autres.

Les chrétiens l'ont peut-être reformulé en conformité avec leurs dogmes, mais il ne l'ont pas inventé.

Et sur le fond, je n'aime pas du tout la conception de bien commun tirée du christianisme. Je préfère nettement les conceptions de Max Stirner. L'idée de l'association d'égoïstes me semble bien plus proche de la réalité que le "bisounourisme" de certains penseurs de salon.

Écrit par : Le Sanglier | 25/12/2009

Que la notion existe avant sa formulation, évidemment: remontons peut-être jusqu'à Lucy, qui n'a pas laissé trace matérielle de ses borborigmes en la matière. Que l'approche chrétienne et sa formulation singuliere (UN bien commun) soit originale, et fondatrice de l'évolution occidentale, c'est indiscutable. N'en deplaise aux laïcs .... et aux cyniques, c'est dans la lignée de Thomas que naissent les Lumières, pas du Vizir, ni de l'hindouisme, ni du bouddhisme. Ce qui n'empêche pas de rendre hommage à ces lignées parallèles, qui sont parfois bien plus fertiles que la nôtre.

Écrit par : pamina | 26/12/2009

Pourquoi alors laissez-vous entendre le contraire ? Votre titre et votre article sont en décalage avec votre réponse.

Écrit par : Le Sanglier | 26/12/2009

absolument pas: relisez ne serait-ce que le premier paragraphe; qui plus est le billet s'inscrit dans une séquence, ce qu'a bien compris l'ensemble des lecteurs.

Écrit par : pamina | 26/12/2009

Bravo pour cet article... Je prépare un doc de théologie et je suis tout à fait d'accord avec votre vision des choses.
Je suis sur Twitter ... si ça vous dit, je vous suis déjà !
zazietwitt !

Isabelle.

Écrit par : Isabelle | 01/09/2010

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