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27/08/2009

Austérité, rigueur, scandale

Nos chantres politiques ont beau manier les mots encore moins bien que les chiffres, cela leur permet d’occuper la scène médiatique en vains débats et rodomontades à saveur électorale. Il est vrai qu’en Belgique, le post- est tellement du pré- qu’il n’y a guère de temps de latence, laissé à cette chose semble-t-il secondaire qu’est la gouvernance du pays.

Pour  échapper à la rhétorique mensongère qui sert à dresser les uns contre les autres au bénéfice premier de la particratie reprenons les deux mots dont on nous rabat les oreilles. Austérité: "Qui se montre sévère pour soi, retranche sur ses aises et ses plaisirs" (définition du petit Robert).

Rigueur? "Exactitude, précision, logique inflexible". 


L’emploi des termes par le VLD comme par le PS et leur illustration sont donc sciemment fallacieux. On n’impose pas l’austérité, elle relève du choix personnel, et s’applique à soi même. Par ailleurs, l’exemple du père qui par austérité renonce au dentiste de ses enfants est particulièrement mal venu. La métaphore correcte serait celui d’un père qui, prioritairement, choisirait de se priver de sucreries et de gâteau, pour maintenir des dépenses plus essentielles et altruistes.

Quant à la rigueur, elle est aussi selon le Petit Robert, synonyme de rectitude. Or lorsqu’on regarde dans le catalogue de bonne gouvernance qu’on compte nous faire applaudir aujourd’hui, les conditionnels, les délais et les voies possibles d’aménagement, on perçoit d’emblée la sinuosité du parcours sensé restaurer le bon fonctionnement des institutions démocratiques et la confiance dans le monde politique

 

 

Plus clairement, l’austérité qu’on nous annonce étant vertu personnelle, et la rigueur une qualité morale, il serait bon que les politiques nous donnent l’exemple. Sans quoi, il y a scandale.

Scandale ? du grec skandalon, pierre d’achoppement, obstacle qui fait trébucher. Le «Péché de scandale », tel que le définissait jadis l’Eglise était la faute de celui qui, haut placé et se prêtant comme tel à devenir un exemple, donnait par son comportement prétexte à autrui de mal agir, par effet d’entraînement. Un gouvernement, des ministres, des parlementaires, des cabinets qui ne font preuve ni d’austérité ni de rigueur sont à proprement parler scandaleux. Et qu’on ne nous bassinne pas de quelques mesurettes : les dépenses des cabinets flamands ont été réduites de 40%, le rapport est de 288 à plus de 740 cabinettards, et les explications fumeuses de J-M.Nollet sont tout sauf convaincantes. Alors ? On attend quoi? Quel os nous jette-t-on à ronger, pour détourner notre attention de ce point ?

Austérité et rigueur sont nécessaires, et tout discours qui prend le contrepied de cette évidence est démagogique, électoraliste et par conséquent pervers pour la démocratie qui tend au Bien commun. Qu’il soit énoncé en outre par des hypocrites et des particrates préservant avant tout leurs avantages est intolérable et scandaleux. Nombre de citoyens, Mesdames et Messieurs les politiques, sont prêt à l’effort. Nous suivrons volontiers votre bon exemple. 

Commentaires

Il y a plusieurs choses dans un mot. IL y a, entre autres, ce qu'il signifie et ce qu'on y met. Je ne sais pas pourquoi "rigueur" est considéré en gros comme un mot positif, une qualité dans le travail, l'entraînement du sportif, la tenue de la comptabilité. Seule fait exception la rigueur du climat. Dans le langage politicien, c'est une valeur reprise par les gens qui se disent de gauche.
L'austérité par contre est perçue négativement, c'est l'architecture romane dans ce qu'elle a de plus dépouillé, le désert des Tartares sous un soleil de plomb, le visage du surveillant d'études émacié "qui rit quand y's brûle" et vous colle en retenue, la tenue de travail des croque-morts, des huissiers et des contrôleurs du fisc. Dans le jargon politique, c'est un terme de droite.
On adhère à la rigueur mais on impose l'austérité. On ne doit jamais se départir de la première, il faut sortir de la seconde.

Pour ce qui est de l'exemple et au risque que ma voix sont discordante, j'aime bien aussi le propos de Karr "Il faut supprimer la peine de mort. Que messieurs les assassins commencent les premiers."
J'assumerai donc ma part d'austérité rigoureuse ou d'austère rigueur, suivant l'exemple qui me sera donné. Un milliard et quelques de chinois ne disent-ils pas que le poisson pourrit par la tête ?

Écrit par : hughes_capet | 27/08/2009

les mots continueront à se dévoyer, tant qu'on offrira tribune aux péroreurs sans les interrompre pour leur demander: "qu'entendez-vous précisément par là"?. l'exemple de Laurette est sciemment fallacieux, et évoquer la rigueur en regard de la gestion socialiste une franche rigolade. c'est comme d'avoir une certaine sobriété budgétaire, pour l'ami Daerden...

Écrit par : pamina | 27/08/2009

La rigueur austère ?

;-)

bonjour à toutes et tous !

:o)

Écrit par : olivier | 27/08/2009

NB : Je me voulais pragmatique, n'empêche, Pamina tu t'améliores de mois en mois, bravo pour tes excellents billets.

Écrit par : olivier | 27/08/2009

jouons là en style cornélien:
Une austère rigueur...

Écrit par : pamina | 27/08/2009

Je crains surtout qu'ils sont en panne de sémantique appropriée pour nous annoncer qu'il est bientôt temps de passer à la caisse. Au fond, peu importe les mots retenus, le temps des restrictions budgétaires est venu, seul problème c'est que cette restriction ne sera pas uniformément appliquée, c'est la consommation qui trinquera et les soins de santé, le reste (les réductions de frais des cabinets notamment) ne sont que cosmétiques et plus grave encore (allez lire l'arrêté du Gouv. Wallon du 17 juillet), 3 pages qui valent de l'or...).

Perso j'ai beaucoup aimé l'article qui autorise de déléguer un personnel au domicile privé ou celui qui concerne les fourchettes des salaires, pour les petits métiers (style femme d'ouvrage) on commence à 13.000 € mais ca peut aller jusque 37.000 € pour cette catégorie, à mon avis les cabinets sont en or...

:o)
http://staatsbladclip.zita.be/moniteur/lois/2009/08/05/loi-2009027146-print.html

Écrit par : olivier | 27/08/2009

oui, j'ai lu ça ce matin sur ton blog :0)))

Écrit par : pamina | 27/08/2009

tiens.... j'ai essayé de relayer sur le forum de LLB, en associant le lien à ton nom ...mais mes posts n'apparaissent pas ...ou alors le serveur est encombré. Peut-être.

Écrit par : pamina | 27/08/2009

J'adore l'article 12 de cet arrêté ...

"Art. 12. Par décision motivée, moyennant l'accord du Ministre-Président, dans les limites des crédits budgétaires alloués au Cabinet, le ministre peut majorer les allocations de Cabinet tenant lieu de traitement et les allocations de Cabinet visées aux articles 10 et 11."

Il n'y a virtuellement aucune limite aux montants des "allocations" allouées tants que le ministre président marque son accord.

A votre quelle(s) nouvelle(s) taxe(s) vont-ils nous inventer pour supporter toute cette structure de cirque ?

Écrit par : Weylann | 27/08/2009

Exact Weylann, ce qui me fait dire qu'effectivement les membres de cabinets ont été réduits d'un petit 15% par rapport à la législature précédente (2004), mais d'un autre côté, il y a de grandes latitudes en matières de rémunérations, bref, il faudra m'expliquer ou se situe exactement l'économie, d'autant qu'un autre article lu dans la presse précise que le Ministre aurait le choix entre réduire, soit son personnel, soit son budget de fonctionnement.

Plus fort, le Ministre décide souverainement si un de ses cabinetards bénéficiera du rang de niveau 1 s'il juge son expérience probante (ou comment faire d'un restaurateur un chef de cabinet...), à mon avis les places sont chères dans les cabinets :o)

La bonne blague :o)

Écrit par : olivier | 27/08/2009

Pour revenir à la sémantique (sujet initial de Pamina).

Oserais-je dire que la gestion budgétaire devrait être emprunte de rigueur permanente (y compris en période faste) et pour paraphraser Obama, si on doit adopter l'austérité (c-a-d nous l'infliger), c'est qu'on (ils) a (ont) 'foiré' ? On comprend mieux pourquoi la gauche réchigne à adopter ce terme, quasi aveu d'impéritie ou alors il faut charger le baudet Reynders. (Difficile pour un partenaire fédéral, surtout après avoir constaté l'abyssal déficit régional hérité du cartel Ps-Cdh et de ses vapeurs alcoolisées)

Écrit par : olivier | 27/08/2009

A la manière de Corneille ?

L'austère rigueur, des propos que vous tintes
à l'électeur abscons, tout enivré d'absinthe
s'avère maintenant que le scrutin est clos
être une tromperie ou un attrape-nigaud.
Allez vous appliquer ces remèdes astringents
qui à Dracon lui-même feraient grincer les dents
à ceux de vous amis qui vous ont fait mayeur
ou ministre ou valet, gageant que cet honneur
vous obligerait tant que vous seriez réduit
à satisfaire sans honte leurs odieux appétits?
Quoi ? les priver d'épices ou de prébendes
ce serait inouï. Comme une sarabande
de korrigans furieux pénétrant en ram-dam
jusques au grand autel où l'on prie Notre_Dame.
L'austérité, la rigueur, la contrainte de la loi
c'est bon pour les vilains, les gueux, les sans-foi
les sans grades non plus, les hilotes serviles
ou bien pour les naîfs et pour les imbéciles
qui vous ont fait confiance encore cette fois
et qui dès à présent s'en mordent les doigts
jusqu'à l'os, jusqu'au sang, jusqu'aux tréfonds de l'âme
et pareils au corbeau de l'érudit vidame
jurent mais un peu tard qu'on ne les prendra plus
à croire les promesses de ceux qu'ils ont élus.




d'être

Écrit par : hughes_capet | 27/08/2009

lollllllllllllll j'avais songé le faire, mais je n'ai pas osé.... Sublime, Hughes! Merci pour ce bon moment grandiloquent!
-bon, les Korrigans sont plus Shakespeariens que cornéliens, peut-être, mais on les laissera passer avec le ram-dam!
Allez, au moins, on a encore le talent de passer la rage en fou-rire (pour rire de ces tristes sires, et tristes fous...)

Écrit par : pamina | 27/08/2009

Les mots sont mes amis, Pamina.
Je les aime et ils me le rendent bien.
Un peu comme mes cheveux, je tiens à eux,
ils tiennent à moi
c'est le principal.

Écrit par : hughes_capet | 27/08/2009

"La rigueur, c'est l'austérité plus l'espoir"

(Pierre Maurois)

Écrit par : Le Professeur | 31/08/2009

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