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18/08/2009

Le Bien commun (1)

Quoi de plus rébarbatif que le mot même d’étymologie? Cet éty- là n’a pas l’h d’éthylique, lequel renvoie à l’alcool d’éthyl, et à ses multiples variantes, dont le Pekêt ravageur (13 comas aux fêtes liégeoises du 15 août dernier) . Etymologie tire plus sagement son nom d’ etumos, qui en grec signifie “vrai”. C’est une science du vrai, du vrai sens des mots. Elle reconstitue leur ascendance en remontant de l’état actuel à l’état le plus anciennement accessible. J’adore l’étymologie: elle dévoile l’origine souvent ambigue des termes, le dévoiement de leur sens, leur usage, leur usure. Elle nous amène parfois à repenser les concepts, pour les ramener à leur fraîcheur originelle.

Tentons la chose avec le Bien commun, en passant outre précisément cet aspect rébarbatif, qui n’est là que pour dissuader les paresseux refusant l’aventure intellectuelle. Intellectuelle, ai-je dit: non pas intello. Distinguons la chose. Il ne s’agit pas de se “cultiver” mais de s’outiller mentalement pour penser juste.


L’origine de la locution du “Bien commun” est latine. Bien vient de bene, adverbe, que l’on retrouve associé à d’autres termes: bene dico = dire du bien (bénédiction), bene facio = faire du bien (bienfait, mais aussi bénéfice), benevolentia = bon vouloir (bienveillance, bénévole). Mais on le réfère également à Bonus, adjectif : bon, de bonne qualité. Bonum, substantif se traduit quant à lui par un bien, un avantage. Au pluriel, bona = les choses bonnes, opposées aux maux, et les biens, les avoirs.

Le terme “commun” vient quant à lui de l’adjectif latin communis, commun, accessible à plusieurs, mais la langue classique connaît aussi “commune”, substantif neutre, qui renvoie selon le dictionnaire Gaffiot à ce qui est en commun, le bien commun.  Le Trésor de la langue française  définit ce dernier de plusieurs façons:

Qui est le fait de deux ou plusieurs personnes ou choses. Qui appartient à un grand nombre ou à une majorité de personnes ou de choses. Qui est propre ou incombe à un ensemble donné.

Le Littré insiste quant à lui sur la dimension collective, sociale pour ainsi dire, de l’application du terme:

Commun: Qui est de participation à plusieurs ou à tous. L'air, la lumière sont communs. Qui se fait en société, ensemble ; qui est conjoint. À Sparte les repas des hommes étaient communs. Le travail commun resserre leur union. Un commun naufrage. Général, public. L'intérêt commun. L'opinion commune.

“Je n'ai pour ennemis que ceux du bien commun”. [Corneille, Sertorius]

Formé d’après les termes cum (avec) et munia (les charges, les fonctions, les devoirs) le substantif communio désigne l’ensemble de ceux qui participent aux mêmes charges, puis, dans un sens dérivé, la mise en commun, la communion au sens religieux (assemblée, communauté des fidèles, repas pris en commun) ; lui sont apparentés: communitas = communauté, état, instinct social mais aussi communicare = partager, recevoir en commun, communiquer.

 

Après ce parcours cursif, qui nous enseigne que ce qui est commun est “bien” ou “un bien, une propriété”,  que ce qui est commun est aussi ce à quoi on contribue, je relèverai en outre la singularité qui, vraisemblablement sous l’influence de l’usage anglo-saxon, nous a fait passer du concept singulier (LE bien commun) au concept pluriel (LES biens communs). Derrière cette transformation, anecdotique en apparence, se cache une mutation profonde, philosophique et politique, de la notion. Ce sera l’objet d’un autre développement, puisque j’escompte vous emmener à rebours, au fil d’une histoire ni périmée ni ennuyeuse, dans les antres qui n’ont rien de sombre de la pensée grecque ou médiévale.



 Pour les spécialistes qui voudraient creuser davantage, j'ai mis quelques notes et liens. Voir notamment les différents dictionnaires de référence (Trésor de la langue française, Littré, Dictionnaire de l’Académie, disponibles en ligne par le biais du site lexilogos : http://www.lexilogos.com/francais_langue_dictionnaires.htm

e.a. Le trésor de la langue française : http://www.cnrtl.fr/definition/commun; le Littré+ : http://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/definitio...; le Nicot et les Dictionnaires de l’Académie : http://portail.atilf.fr/cgi-bin/dico1look.pl?strippedhw=c... (on line, 17/8/2009)

Dictionnaire Gaffiot, on-line, 18/08/2009, http://www.dicfro.org/?command=search&frozen=&last-page=356&page-index=&save-lang=&dict-text=Gaffiot+1934+%28Lat-Fra%29&open-text=Ouvrir+un+dictionnaire...&no-compress=&dict-lang=lat&dict=gaffiot&dict-filter=&lang-filter=&word=commune&page=356&language=fra

Il est à noter que les dictionnaires historiques (dont ceux de l’Académie française) relèvent le terme exclusivement pour son emploi littéraire. Ainsi, Corneille se voit épinglé:

« Et pour le commun bien /Vous et moi ne négligeons rien. (Agesilas). Cette inversion est dure, même en poésie; il faut dire, le bien commun. »

Godefroy relève ainsi le terme médiéval, commun, pour assemblée communale, et communable, adjectif, pour ce qui est en commun ou se partage en commun (vin communable, armes communables). On notera une illustration des biens communs par le poème La Résurrection du Sauveur de Richel (902) : Ciel et terre et ewe et vent/Trestuz comunablement/Sunt al ton commandement. Fr. Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXème au XVème siècle, http://www.dicfro.org/?dict=gdf&word=, (on line, 17/08/2009). Pour l’étymologie latine, voir Gaffio,t consultable en ligne (on line 18/8/2009): http://www.dicfro.org/?dict=gaffiot&word=munia

Commentaires

trouvé ce jour sur le site de la libre, dans un commentaire à propos des deux petites frappes qui ont braqué deux homes, hier et tué un innocent. Je trouve l'analyse courte mais exacte.

"Comparez la Belgique à une copropriété dont vous êtes le propriétaire d'un apart au sein de celle-ci.
Accepteriez vous que le syndic qui travaille mal vous présente un décompte trimestriel de charge de plus en plus élevé tout en se payant des honoraires eux aussi de plus en plus cher ?"

Écrit par : hughes_capet | 18/08/2009

;0) ça percole, ça percole :0)))
-je note aussi 6 experts pour aller voir sur place les modalités de transfert du détenu de Guantanamo... SIX!!! -ils ont chacun une expertise vraiment très pointue, et limitée, alors..... j'aurais préféré qu'on envoie un généraliste, et que les experts communiquent par internet, ou ce bon vieux téléphone, peut-être. Au fait, ces "experts" parlent-ils anglais, ou sont-ils assistés par des traducteurs?

Écrit par : pamina | 18/08/2009

Méfiance tout de même avec l'étymologie. On sait que l'espagnol senor est dérivé du latin senex, vieux (comme dans sénile ou sénescence).On sait aussi que les suffixes en -ito, -ita, sont des diminutifs. Pedrito, petit Pierre, Juanita , petite Jeanne, Jeannette.
Oui, mais Senor-ita ne signifie pas "petie vieille".
C'est que le sens des mots évolue. Prenons "république", la chose publique, étymologiquement qui en latin de l'empire finit par signifier l'état. D'ailleurs sur les premières monnaies de la révolution française, on voit coexister sur une face "république française" et sur l'autre "Louis XVI, roi de france".
Toujours chez Cicéron (catilinaires), on accuse Catilina et ses acolytes d'être "rerum novarum cupientes", désireux de choses nouvelles. C'est à dire d'être non pas des progressistes (connoté positivement chez nous ) mais des révolutionnaires (connoté négativement à Rome).

Écrit par : hughes_capet | 18/08/2009

oui... c'est cela le plus passionnant: que disons nous actuellement par le biais de mots venus du passé? et c'est pour cela que tout travail de réflexion doit selon moi partir du mot, pour voir quelles sont ses inflexions idéologiques...

Écrit par : pamina | 18/08/2009

bonjour

je suis votre passion mais j'suis un peu trop court d'haleine là..

Écrit par : jacques legrand | 19/08/2009

Bon, alors, ça existe ça, le bien commun ?
Le bien n'est pas facile à identifier - sauf en rêve - puisqu'il n'est pas facile à faire.
Ensuite, je ne vois vraiment pas ce qu'il pourrait y avoir de commun entre les hommes. Chacun est unique. Chacun a son histoire. Chacun a ses idées, ses goûts, son expérience. Alors en quoi est-on semblables ?
On dira : la liberté ou la sécurité sont des biens communs. Tout le monde y aspire. Non, tout le monde n'aspire pas à la même liberté. Chacun sa conception de la liberté.
Quelle liberté est un bien commun ?

De plus, avec le bien commun, il y a danger. Imaginez quee votre voisin décide que sa conception du bien - de la liberté - est la conception commune et qu'il se base dessus dans ses rapports avec vous..Pire que votre voisin ait un pouvoir politique et qu'il puisse vous obliger à pratiquer sa conception de la liberté....
Ce n'est pas très bien.

Écrit par : jean louis | 28/05/2010

La politique est l'art noble de la gestion de la Cité (polis) pour le Bien Commun. Malheureusement, pas mal de nos politiques ont perdu de vue trop souvent ce sens véritable et l'ont remplacé par un compromis insipide et mou dans une masse d'intérêts particuliers.
L'indifférence, grande ennemie du bien commun, règne en maître.
Einstein écrivait : "le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire."

Écrit par : Dominique | 17/01/2011

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