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17/08/2009

Le bien commun, à penser en commun

Avant la rentrée qu'on nous promet mouvementée et pour laquelle nos politiciens fourbissent déjà leurs armes (rodomontades, préludes aux élections suivantes ?), il me semble opportun de prendre un peu d'altitude et de tenter de parler politique, autrement. Ce blog vient de fêter ses 6 mois, 125 billets, plus de 66.000 pages consultées, près de 2200 commentaires. C’est peu, et c’est beaucoup, vu qu’il s’agit de chiffres non trafiqués ;0) et que l’ensemble n’a bénéficié que du bouche à oreille, du forward de liens et d’une fidélisation par les flux rss.

Je vous dis merci d’avoir soutenu cette entreprise, cette prise de conscience citoyenne, cet engagement démocratique de plus en plus convaincu et militant. Je vous dis merci d’avoir embrayé, d’avoir, à votre façon, pris la relève et aidé à cette « percolation » de la politique dans d’autres domaines, dans d’autres milieux. Tout ceci n’a de sens que par la militance quotidienne de chacun d’entre nous : le refus d’être spectateurs d’une politique particratique, d’une dérive de plus en plus anti-démocratique, d’un consentement tacites aux systèmes et à leurs dysfonctionnements. Le refus de ressembler à ceci, un chien repus qu'on mène ou qu'on traîne, sur des voies qu'il ne choisit pas.IMG_3116.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Je parlerai donc dans les prochain billet du « Bien commun » qui a donné son nom à ce blog. Notion floue, trop oubliée, et qui pourtant réaffleure ça et là dans l’actualité (relativement à la loi Hadopi, au brevetage du vivant etc.). L’itinéraire que je vous propose passe par l’étymologie, la philosophie, l’histoire. Le but, même si certains développement paraissent austères, n’est pas de faire un cours (…quoique, chassez le prof, il revient au galop ;0)) mais d’outiller mentalement pour alimenter la réflexion. La réflexion, c’est l’antichambre de l’action. Etape incontournable, étape obligée, mais étape seulement sur un chemin long et ardu : celui de la re-fondation d’une conscience politique commune, et d’une volonté de vivre ensemble.

Réhabiliter le bien commun, c’est la seule issue à la particratie qui nous mine. C’est, probablement, et sans jouer les Cassandre, la seule issue pour ce pays déliquescent, où les pouvoirs se féodalisent et se délitent dans une indifférence fatale. Si nous devions échouer, sans doute donnerons-nous à l’Europe le spectacle exemplaire de la fin d’une démocratie opulente, en même temps que la fin d’une nation : et d’aucuns s’en nourriront pour condamner l’ensemble des modèles de l’Etat du Welfare, autrement dit de l’Etat-Providence ou pis encore, l’ensemble des modèles démocratiques.

Nous n’avons plus le choix, et nous n’avons plus le temps : alors, trouvons des mots pour nous entendre, accordons-nous sur leurs contenus, oeuvrons à leur réalisation. C’est l’heure de penser, si nous voulons continuer à vivre ensemble, à définir notre Bien commun.

Commentaires

Les biens communs comme projet d’autonomie

La dépolitisation des citoyens met en péril nos démocraties et l’avenir de notre planète. Les experts ne peuvent pas nous garantir des solutions qui soient socio-historiquement acceptables. Nous, citoyens, devons prendre nos responsabilités pour rester des citoyens libres et autonomes.

Nous fonctionnons actuellement dans un régime libéral qui consiste en une semi-adhésion molle de la population. Son but est l’expansion illimitée de la production et de la consommation, le développement du prétendu bien-être matériel par la croissance, au détriment de toute autre chose comme le bien-être personnel, le bien-être social, l’environnement et le capital naturel de la planète, humanité comprise.
En conséquence, la population est totalement privatisée au sens marchand et individuel : bagnole-boulot–télé sont les trois mamelles du capitalisme occidental.
Pour qu’il y ait un changement, une reconquête de l’autonomie par la société et les individus libres, il faut changer les institutions, qu’il y ait auto-gouvernement, il faut que les citoyens puissent participer à la direction des affaires communes. En d’autres termes, il faut de la démocratie participative.
Ulrich Beck et Edgar Grande démontrent dans “Pour un empire européen” qu’on ne peut rien attendre des institutions elles-mêmes parce qu’elle sont par essence hétéronomes.
Dans le système libéral, la semi-adhésion molle est organisée autour de la séparation de la sphère privée et de la sphère publique. La sphère privée concerne la vie étroitement privée des citoyens. La sphère publique est celle où se prennent les décisions qui s’appliquent obligatoirement à tous et qui sont publiquement sanctionnées si le citoyen ne s’y conforme pas.
Pour qu’il y ait véritablement une démocratie de citoyens libres et autonomes, il faudrait ajouter à ces deux sphères du système libéral, une sphère publique-privée ouverte à tous les citoyens. Mais dans cette sphère publique-privée, le pouvoir politique n’a pas à intervenir. C’est la sphère où les gens discutent, s’expriment, publient, achètent des livres, vont au théâtre, etc... bref se cultivent et s’auto-instituent pour rester autonomes.
Il ne faut pas confondre cette sphère publique-privée avec la “société civile organisée” ; elle est beaucoup plus large que cette “société civile organisée” qui n’est qu’une toute petite partie bureaucratisée et donc contrôlée le plus souvent par les institutions ou des intérêts économiques.
Pour reprendre les termes grecs :
1- oikos est la maison ou la sphère privée,
2- ekklèsia est la sphère publique, l’assemble du peuple,
3- agora est la sphère publique-privée, à la fois le lieu de rencontre et le marché.
Un régime totalitaire consiste à tout concentrer dans une seule main.
Dans une “démocratie” dominée par l’oligarchie libérale, il y a domination de la sphère publique par une petite partie de la sphère publique privée constituée du “marché” ou de l’économie et suppression d’une partie publique de la sphère publique par l’élite administrative et politique des Etats contemporains (technostructures et secrets d’Etat).
La démocratie devrait être l’articulation correcte des trois sphères. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il n’y a pas de demos européen ; s’il n’y en a pas c’est précisément parce qu’il n’y a pas de sphère publique-privée au sens premier du terme.
L’énorme concentration du pouvoir économique, la pseudo-planification bureaucratique, l’absence de liberté dans le travail (causée en partie par le chômage organisé) font qu’il n’y a pas d’autonomie dans la réalité d’aujourd’hui, et que sa réalisation pose encore des problèmes considérables.

Le débat sur les “biens communs” devrait nous permettre de ré-instituer l’Agora pour mieux gérer l’oikos et l’oikonomia, en faisant reculer la privatisation de l’ekklèsia par l’oligarchie libérale, en particulier en contrôlant la spéculation (chrématistique qui détourne les richesses produites par l’économie réelle).

Lorsqu’on utilise l’expression de « capitalisme sauvage », c’est parce que l’économie capitaliste actuelle fonctionne sous sa forme sauvage, non–domestiquée. Les économistes orthodoxes nous prétendent que l’économie fonctionne quelquefois de manière stable, ou plutôt de manière cyclique et que les “crises” font partie du système. Or, de tels cycles se rencontrent également dans la nature livrée à elle–même : ils caractérisent en particulier l’interaction spontanée des populations de prédateurs et de proies (le problème classique des soles et des requins). Les rapports “naturels” dans les théories économiques orthodoxes de la compétition ne laissent en présence que des vainqueurs en petit nombre face à des multitudes de vaincus et c’est ainsi que notre économie globalisée fonctionne aussi.

Les crises, comme celle que nous traversons en ce moment ne feront que s’amplifier : notre organisation économique n’a pas encore dépassé le mode d’expression primitif de la nature avant l’apparition de l’homo sapiens. Le moment est venu pour nous homo sapiens de guider l’économie vers une forme domestiquée, pacifiée en recréant de la démocratie dans le débat sur les biens communs.

Après un premier exercice de débats exploratoires, on pourrait envisager la tenue d’une Agora citoyenne en collaboration avec le Parlement européen nouvellement élu.

Écrit par : SPOEL Daniel | 17/08/2009

why not? A condition d'échapper précisément aux positions idéologiques et sectaires, et d'arriver à susciter une VOLONTE politique. Il est trop simple de parler de confiscation du pouvoir, il faut tabler aussi sur l'immense inertie, la paresse intellectuelle, le conformisme de classe, le vote génétique etc... Toute crise est une chance. A saisir, car elle passe.

Écrit par : pamina | 17/08/2009

Le processus d'autonomisation consiste précisément à lutter contre les positions idéologiques et sectaires, c'est de fait l'objet du réinvestissement dans le débat. Il n'est pas simple au contraire de parler de confiscation du pouvoir et dans la réalité on peut constater que des dynasties de responsables politiques se perpétuent. Sous l'ancien régime,ce droit était reconnu de naissance. Dans nos démocraties libérales, cet état de fait est auto-construit par les technostructures politiques. Les inerties sont effectivement immenses, mais elles offrent des opportunités, et ici,je pense que vous tournez en rond, parce que ce que nous proposons est précisément de saisir les opportunités, mais ce qui est mieux encore c'est de les provoquer et de les construire d'une manière collective. C'est ce que j'appelle, comme quelques philosophes ou épistémologues, la reconstruction de la capacité de recréer un imaginaire social-historique qui corresponde à notre désir d'autonomie et de liberté.
Très cordialement

Écrit par : SPOEL Daniel | 17/08/2009

Bonsoir à tous,

Intéressant le discours. Mais ...
"et ici,je pense que vous tournez en rond...." Ah bon, oui peut-être.

Mais pour ma compréhension personnelle je souhaiterai que vous mettiez votre théorie en équations, histoire de sortir de :

"notre organisation économique n’a pas encore dépassé le mode d’expression primitif de la nature avant l’apparition de l’homo sapiens."

Encore après faut-il pouvoir résoudre vos équations.

Yvan.

Écrit par : Yvan | 17/08/2009

@daniel spoel
je ne pense pas que nous tournions en rond: le but est de faire passer dans le vocabulaire commun, dans les idées communes, des notions simples mais souvent complexifiées par le discours des spécialistes lorsqu'ils le traitent entre eux. Disons que mon option est celle de la vulgarisation; que fait un étudiant lorsqu'il entend deux ou trois mots compliqués qui le déroutent? il ne se sent plus concerné, puisque ce qui s'énonce ne s'énonce pas dans ses mots, dans ses catégories. Il se replie sur le morpion ou facebook (vive la technologie). Que fait le citoyen lambda, lorsqu'il entend des idéologues, aussi brillant soient-ils, employer un vocabulaire qui lui échappe? Il change de chaîne, et laisse la politique aux gens "intelligents". C'est à cette logique là que j'entends échapper. Toutes les démarches sont respectables, elles percolent dans des registres différents et c'est seulement quand nous aurons imbibés toutes les couches, toutes les strates de la société que nous pourrons trouver un langage commun, pour une action commune. J'ai autant de plaisir à évoquer la transcendance des valeurs ou la téléologie de l'Etat avec des confrères spécialistes, que de causer prix du lait et mécanismes de solidarité avec ma voisine. 25 ans de pédagogie active des 18 ans et plus (jusqu'à 60...) m'ont donné le goût de faire passer quand même, de transmettre malgré tout, malgré les obstacles dont le premier est est le désintérêt: "ce n'est pas mon langage, donc, ce n'est pas de mon ressort, de mes capacités, donc, ça ne me concerne pas".
C'est en ce sens que j'ai parlé de sectarisme: il n'y a pas de voie unique, et encore moins de voix unique pour redéfinir un bien commun.

Écrit par : pamina | 18/08/2009

Bonjour,

Je vais grouper mes réponses.
En ce qui concerne Yvan d'abord. Il n'existe pas de self-service de la pensée, ni de la mise en équation. Chacun peut s'assoir sur la chaise de la réflexion et s'adonner à une évaluation des réponses aux questions qu'il se pose. S'il n'arrive pas à trouver une réponse personnelle, il peut se cultiver en augmentant ses expériences ou ses contacts avec ce que d'autres ont pensé pour eux. Les représentations mentales des mises en équation sont toujours personnelles, personne ne peut le faire à la place d'un autre. C'est cela l'autonomie. Cela prend du temps, il ne faut pas être pressé, mais cela a aussi l'avantage d'augmenter la confiance en soi, ce qui n'est pas négligeable. Aujourd'hui, beaucoup de monde est trop pressé. On peut lire à ce sujet Zaki Laïdi "Le sacre du présent". Il n'y a pas de prêt à porter pour l'individu autonome, mais il y a bien un self-service des idéologies.

Pour Pamina.
Je partage votre point de vue, on est malheureusement amené à utiliser certains termes pour être plus précis, mais l'idéal est toujours d'utiliser les termes les plus simples ou poser les questions dans des termes simples pour éviter de déclencher la violence de ceux qui ne peuvent pas s'exprimer avec un vocabulaire étendu. Il n'y a pas de gens "intelligents" et d'autres qui ne le sont pas. Il y a des gens qu'on a privé ou qui se sont privés d'expériences multiples et variées aussi bien sur la téléologie de l'Etat que sur le prix du lait. Ne se sentant pas assez sûrs d'eux, ils abandonnent à d'autres le soin de penser à leur place, et les autres ne s'en privent pas :ils leur délivrent la panade, en néerlandais "de pap in de mond".
Bon remue-méninges.

Écrit par : SPOEL Daniel | 18/08/2009

oui, et c'est là l'essentiel et la difficulté de toute pédagogie: arriver à "motiver", donner un motif de changer de comportement, un motif de s'"autonomiser" dans la pensée.
ce travail là, je le trouve beaucoup plus "usant" que n'importe quel travail intellectuel; il vide les batteies, met les énergies à plat. Mais quand ça marche.... ah, quel bonheur!
Réflexion inénarrable d'une de mes étudiantes, au sortir d'un examen de philo: "oufti (j'habite Liège, hein ;0), oufti Madame, c'était dur, fallait vraiment penser, hein!"

Écrit par : pamina | 18/08/2009

@SPOEL Daniel, La meilleure façon de se faire comprendre n'est pas d'éclabousser les autres avec sa prétendue culture (des mots).
'La culture c'est comme la confiture, c'est quand on en a le moins qu'on l'étale le plus'.
Je pense avoir été, contrairement à vous, respectueux de votre personne quand j'ai demande la mise en équation de votre théorie.
Il est heureux que beaucoup de nos mathématiciens et physiciens se soient rassurés par leurs équations. Nous en profitons largement, maisons, routes, voitures, avions, ordinateurs, Internet,... la conséquence de l'économie libérale, toujours suivant votre théorie.

Vous êtes peut-être très instruit, mais en ce qui concerne l'éducation,je crois que vous avez un léger problème.

Au plaisir de ne plus vous lire.

Yvan.

Écrit par : Yvan | 18/08/2009

La NATION.

Ce terme n'a pas de terme car il est comme une institution. il représente tout c que l'on peut dire d'un peuple, ou plus simplement d'une famille.

Le canada peut savoir ce que veut dire la Nation. mon pays le Cameroun, peut se représenter l'idée de Nation.

La Belgique s'est construite cette Nation depuis le 19e siècle; elle a bien cohabité et il parait de plus en plus aberrant d'exiger à un maire élu de parler la langue de la localité qui l'a élu. Il a obligation à l'apprendre et la démocratie ne repose pas sur cette intolérance.

le bien commun est pour l'instant bien cerné et apprivoisé par l'Eglise catholique: que de pretres arrivent dans nois contrées africaines, sans roiute bitumée, sans eau, sans électrification, sans maitrise de la langue locale, mais qui pourtant feront des années dans cette localité. il apprend avec le temps et sa mission n'est pas de connaitre ou de maitriser la langue mais d'atteindre les objectifs visés.

la culture et les moeurs des communautés fait qu'aujourd'hui, l'intolérance s'apparente à une vertu démocratique et que la votation populaire apparaisse plutot comme un banal leurre.

au cameroun, depuis 1961, date de la réunification entre les francophones et les anglophones, 1972 avec l'unification pour un cameroun uni, il n' a pas manqué des heurts tribaux mais sans atteindre la classe dirigeante. on retrouve des anglophones élus locaux dans des coins à forte culture francophone sans que cela ne pose un problème; l'inverse est aussi incontestable.

certes, la décentralisation et le fédéralisme ne sont pas encore effectifs au cameroun, mais le sentiment national refuse de déshumaniser un individu parce qu'il ne parle plus votre langue. Enc ela, la Francophone demeure un moteur de communion, elle qui parle de diversité comme symbole de richesse commune.

la réalité historique de la Belgique n'est pas la plus étrange qui soit: en Corse, on sent souvent ces relents d'hypostase communautariste mais, on s'effroce de ramener les gens à l'ordre.

le canada, le cameroun et le problème corse ne sont pas des cas isolés ou qu'on peut appliquer directement au cas belge, mais pour ma part, la belgique est un grand pays resepcté qui ne doit plus tomber dans les travers d'intolérance politique.

audelà tout, malgré encore les réserves à émettre, le modele de socialisation américain et la culture de l'appartenance du pays à tous au-delà des discriminations raciales de quelques groupes isolés est encore le plus plausible. apres tant de siècle, les américains ne savent pas si la proprieté foncière est une affaire de culture ou de langue ou alors elle est liée au titre foncier. mais il parait qu'en belgique, ce n'est pas le titre foncier qui détermine la proprieté mais le lien culturel, linguistique, et là, les bases sont fragiles pour consolider l'unité nationale...d'où cette intolérance à faire reveiller Voltaire.

Écrit par : Baruc I. J. Mekoul | 21/04/2010

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