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04/08/2009

Les mots qui fâchent sont-ils "fachos"?

Je reviens sur le mot “effort”, employé par Luc Vanhengel et Herman Van Rompuy. Il a suscité sur un certains nombre de forums une réaction quasiment épidermique. C’est vrai que Didier Reynders avait fait de la restauration du “sens de l’effort” un de ses thèmes de campagne. Est-ce assez pour le réduire à un mot “de droite”, et vous faire aussitôt qualifier de réac, si vous l’employez? Je note en effet sa propension à marquer le“point Goldwin” des débats (ce seuil où l’échange courtois se transforme en insulte idéologique, convoquant Hitler et le national-socialisme et, assez fréquemment, Mao, Staline et le Bolchevisme en riposte).


Or si Nietszche emploie le terme “effort” plus fréquemment que Sartre, faire de l’encouragement au surpassement de soi un symptôme de fascisme témoigne d’idées particulièrement courtes, en même temps que d’une notable inculture: c’est oublier le stoïcisme contemporain d’un Camus, l’humanisme viril d’un saint-Exupéry ou l’engagement extrême des héros de Malraux. Bref, c’est faire fi d’un existentialisme chrétien ou athée qui a vu en l’homme une dignité non à défendre mais à conquérir, et par la force, et par l’effort. Alors, grand mot ou gros mot?

Mot effrayant en tous les cas pour certains. J’en donnerai quelques exemples -et qu’on me pardonne le trait léger, je jure que je ne tends pas ici à la caricature et ne rapporte que des faits véridiques (hélas!). Ma petite voisine compte 19  printemps et une scolarité peu engagée.  Après 6 mois de stage à 3 jours/semaine dans la formation professionnelle qu’elle vient d’entamer (coiffure) après quelques errements, elle tombe en congé de maladie pour épuisement... ce qui n’affecte nullement ses sorties le week-end. Elle n’est pas apparentée à cet autre voisin de 11 ans, pris en stop en haut du quartier alors qu’il regagnait la maison (300m plus bas) et qui soupirait sans rire “fait chier l’école, vivement la retraite”. Au fond je ne vois pas pourquoi je médis des voisins: ma fille s’est fait virer de son premier job d’étudiant -caissière au Delhaize- pour avoir exprimé son mécontentement de voir arriver une cliente à 18h55, alors qu’elle terminait à 19h, et avait sa caisse à faire, en plus! A sa décharge, son second employeur (boucher) a trouvé le moyen de lui enseigner rapidement ce qu’est “travailler”, selon lui. Quelques heures au frigo ont gelé bien des récriminations, et enseigné cette grande vérité que les cours c’est chiant, mais moins que des boyaux de porc à laver. Moralité: grande Dis en première BAC. Chapeau. La recette n’est hélas pas extrapolable à tous les cas: j’en suis toujours aux prises avec son frère cadet, et si l’on voit des chrysalides devenir papillons, je m’interroge sur les mutations possible du lombric-en-chambre. Mais je digresse.

Nous avons appris à marcher en surmontant plaies et bosses; nous avons assumé des écorchures aux genoux avant de rouler vélo. Rares sont ceux d’entre nous qui ne savent ni marcher, ni rouler. Ainsi avons-nous tous appris à nous dépasser, au moins dans ces circonstances là, et connu la joie du triomphe sur nous même et sur ce qui nous faisait obstacle.

La plupart du temps, c’est la sollicitude qui nous a mené au premier pas, et le lâcher-prise de notre guide  qui nous a forcé au premier coup de pédale. Rien s’est fait au delà sans persévérance et obstination. Ces vérités élémentaires, il faut les rappeler: car personne d’autre que nous ne peut applanir la route qui est nôtre. Ceux qui ont empoigné la pelle et la pioche et ont des calles aux mains pour avoir déjà commencé l’ouvrage voudraient juste s’assurer que d’autres, allongés sur un sofa, ne passent pas la journée à les regarder bosser. Car le premier paie sa pitance, et contribue à celle que le second se voit servir...

Aucun projet politique -organisant par définition la vie ensemble- ne peut réussir sans un minimum de cohésion sociale. Or la particratie, favorisant le vote d’intérêts, a miné celle-ci et s’obstine à diviser au lieu d’unir. Actifs et inactifs, fonctionnaires et indépendants, Belges et allogènes trouvent de justes motifs de récriminer envers un Etat  agissant moins qu’il ne réagit, car il se révèle incapable d’anticiper au dela des échéances électorales. La seule issue est la rédéfinition d’un bien commun qui transcende précisément ces échéances, une réaffirmation claire de l’étendue et des limites de l’Etat du Welfare, encore appelé “Etat-Providence”, et le rappel des droits et des devoirs de chacun; de sorte que les balises claires une fois posées, l’Etat assume pleinement l’étendue de ses tâches, et y soit aidé par des mesures de contrôle garantissant l’exécution de ses décisions.

J’ajouterai néanmoins qu’un préliminaire me semble indispensable, pour éviter au couvercle de la marmite de sauter d’ici là: il faut d’urgence trouver des solutions pour instaurer une équité sociale, dans la contribution de tous au bien commun. La route est longue, pavée de bonnes intentions, mais  on ne peut continuer à demander à certains de continuer à piocher et pelleter, sans que d’autres au bord du chemin ne soient invités à prendre la relève. L’effort en commun tisse des liens souvent indéfectibles, et fait naître la fierté du travail accompli: le goût de l’entretenir, de le défendre, de le faire respecter et admirer aussi.

Efforçons nous de rêver, efforçons nous de réaliser notre rêve. Si du moins, ce sens là du mot “effort” n’est pas perçu comme “facho”?

 

sur le point Goldwin:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin

Commentaires

What's in a word ?
Surtout ce que l'on y met... L'effort en arabe classique se dit (d'après ce que j'en sais) "djihad". C'est l'effort de conversion que le musulman doit faire sur lui d'abord pour devenir meilleur puis pour encourager son entourage à le devenir. Ce n'est que dans certaines écoles et selon certains interpètes que djihad devient l'effort pour obtenir la conversion forcée des infidèles, ce que de notre côté on traduit par guerre sainte.
Ce qui me sidère actuellement c'est la manière dont un même mot peut être connoté différemment d'après le domaine d'activité où on l'emploie : un sportif doit faire des efforts, participe de bon coeur à des compétitions, s'emploie à surpasser l'adversaire et à être le premier. Par contre à l'école c'est le contraire : plus d'effort, pas de rivalité, le moins de comparaison possible.. Je ne sais pas si cela relève d'un plan ou du hasard mais cette schizophrénie me fascine.
Je crois aussi (et là, Pamina, vous allez me flinguer) que nous souffrons de la perte des valeurs masculines de notre société. La libération de la femme (que je ne tiens pas à remettre en cause) s'est accompagnée d'un bouleversement des valeurs ( une transvaluation, je ne reviens plus sur l'expression de Nietzsche ) qui met en avant le (faux) consensuel, la dicussion perpétuelle, la crainte du conflit ouvert, la médiation plutôt que l'affrontement direct... Bref, ce monde manque d'hommes, de vrais;
;-)
PS (si j'ose écrire) : quand on me traite de nazi, j'aime à rappeler que le terme se décompose en national et socialiste, ce que d'habitudes les gauchistes aux idées courtes (pléonasme) ont complètement occulté.

Écrit par : hughes_capet | 04/08/2009

... non, cela ne mérite pas un coup de "flingue", Hughes: juste une interrogation, peut-être: en quoi certaines valeurs seraient-elles plus "masculines" que féminines? Je ne suis pas très "Beauvoirienne", mais si vous rangez le courage, la combativité, l'endurance, la persévérance, dans le "clan" exclusivement masculin, là je ne vous suivrais pas... Parlons de valeurs viriles? le "vir" étant liée à la vertu, même si le lecteur hâtif n'y lit que "masculin", on pourra, avec un peu d'application, voir que ce ne sont pas des valeurs sexuées, et donc échapper à une opinion sexiste ;0)
ne m'acculez pas à une position féministe, surtout, j'ai HORREUR de ça lollllllll -et je ne suis pas un "homme manqué", non plus (enfin je ne crois pas. Mieux vaut consulter mon mari sur ce point lolllll )
Une autre nuance, aussi. Je pense que le consensuel vaut mieux que le destructeur conflictuel, mais consensuel ne veut pas dire "flou, mou, vidé de nerf et de substance". Il fait part à la dialectique, qui est moteur de progrès. Dans cette perspective, plutôt que la "rivalité", ne peut-on promouvoir l'émulation?
-Ne transférons pas aux principes le défaut de leur application par des personnes sans envergure. L'humanisme est une belle chose. La logorrhée humaniste est un fléau.

Écrit par : pamina | 05/08/2009

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