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22/07/2009

Refonder, refondre la Belgique

Notre politique-sparadrap cache des plaies sous des pansements de fortune, promis à se décoller ça et là à la moindre averse. Elle ne favorise pas la cicatrisation des blessures. A terme, elle sera cause de pus, voire de gangrène, et cette dernière est mortelle pour la démocratie. Qu’on ne se méprenne pas sur mes termes, pollués par l’usage qu’en fait une extrême-droite que je honnis de toutes mes forces. Si gouverner c’est prévoir, c’est aussi trancher: poser des règles, des lois, instaurer des normes –et s’y tenir. Nos gouvernants (méritent-ils ce nom?) répugnent à l’usage du scalpel: parce qu’ils sont maladroits, ils craignent, en procédant à telle ou telle mesure impopulaire, d’amputer leur parti de voix. 


Il faut régulariser les demandeurs d’asile: ils y ont droit, comme le prévoient les conventions internationales, européennes et la loi belge, cette loi, imprécise sur plusieurs points, qui a par ailleurs été peu ou mal appliquée, encourageant un afflux, un engorgement des centres, des situations désespérées. La situation est intolérable: Et pour les demandeurs d’asile légitimes, qui se voient perdus dans une masse indistincte de migrants ne pouvant revendiquer ce statut, et pour les migrants escroqués par des trafiquants de tout bord, et pour le citoyen belge, appelé à financer les conséquence de l’incurie et de l’impéritie du gouvernement et de l’administration, incapable de faire le tri rapidement et efficacement entre ces deux catégories. Parler d’argent face à l’humanitaire offusque, n’est-il pas? Et pourtant! Comment omettre ce paramètre –celui là même qui alimente des cohortes de désespérés économiques, pour lesquels la misère d’un revenu du CPAS représente une fortune, une promesse, malgré tout, d’avenir meilleur que l’enfer quotidien qui est le leur. Ils auront du pain. Ils auront un toit. Et souvent rien d’autre, -que la peur, le mépris, la haine.

Il faut régulariser les sans-papiers –ne serait-ce que parce que je ne vois guère comment faire quoi que ce soit d’autre, qu’entériner -à nouveau- une situation de fait. Gageons que certains se disent déjà: “jamais deux sans trois” et préparent une troisième régularisation “one shot”. Toutefois, je considère  “l’instruction” sur le droit d’asile qui vient de nous être triomphalement présentée comme fondamentalement mauvaise. D’abord, quoi qu’en disent ceux qui s’en contentent, elle est en retrait sur la notion de circulaire. En second lieu, elle prête à interprétation: sans quoi expliquez-moi l’auto-congratulation des différents partis, qui tous crient victoire, alors qu’ils ont des objectifs diamétralement opposés. Ainsi VLD et PS-CDH lisent et disent la même chose? Laissez-moi rire!

Enfin, on nous bassine que le texte est clair, et table sur des principes objectifs. Rien n’est plus faux. Faut-il rappeler la définition?

Objectif: qui existe comme un objet indépendant de l’esprit, indépendamment d’un sujet. L'un des critères d'objectivité les plus courants est celui de l'indépendance à l'égard d'un quelconque sujet connaissant.

Le critère de 3 ou 4 année, posé par l’instruction, est effectivement objectif: il est mesurable, quantifiable, vérifiable. Il relèverait de ce que Locke appelle les “qualités premières”. Par contre, la notion d’ “ancrage social durable” n’est pas objective. Le terme “durable” est indéfini, il relève de ce que Locke appelle les “qualités secondes”, c’est à dire qu’il dépend de l’appréciation par un sujet. Une union durable, pour ma fille ado, c’est un même copain pendant plus de six mois. Une union durable, pour mes grands-parents, dépassait 50 ans de vie commune. Alors, un ancrage social “durable”, c’est quoi? Et le terme “vulnérable”? Quel peut être sa mesure objective? L’”humanitaire”, enfin, présenté entre de singuliers guillemets dans l’introduction du texte, à quoi correspond-t-il exactement?

Ces éléments ne sont rien moins qu’objectifs, et la meilleure preuve est la récurrence, dans le corps du texte, de termes autorisant (comme s’en réjouissait ingénument Joëlle Milquet), le pouvoir discrétionnaire du ministre. Oubliant sans doute les implications des carrousels particratiques: Ministre CDH aujourd’hui, VLD demain, NVA après demain? Beau ballotage en perspective, arbitraire, critique, révolte, chantage... etc

Cet accord est mauvais, mal formulé, imprécis, et surtout, non assorti de mesures pour résorber les retards et empêcher que la situation ne se réédite: car à chaque fois, ne l’oublions pas, ce qu’on légalise, ce sont aussi des transgressions volontaires de la loi, une immigration illégale, non encadrée, non contrôlée, dont on mesure mal l’impact et les effets sociaux, économiques, culturels.

Les journaux faisaient avant hier leur Une de ces immigrés qui proclamaient leur amour de la Belgique, drapeau à l’appui. Cela m’a fait sourire. Quelle Belgique? Aurait-on pu les interroger sur cet idéal que représente pour eux notre Etat? Peut-être aurions-nous pu apprendre d’eux un peu de notre identité, de notre spécificité, et, en ces temps moroses, des qualités qui nous font ainsi désirer par un flux incessant de malheureux? Ou l’idéal n’est-il qu’économique, entre rêve d’euro-million et garantie du CPAS? Mais d’autre part, comment ne pas les comprendre, sinon les excuser? Les torts sont aussi les nôtres. Si nous paraissons comme un gris Eldorado, c’est que notre pays en déliquescence ne présente guère d’image plus séduisante que celle de son système social pourtant en voie d’implosion, et son multiculturalisme brouillé, “conséquentiel” et non volontaire.

Où sont nos valeurs, notre identité, notre projet de vie et de société? Il n’y a plus, depuis longtemps en Belgique, de direction, de sens permettant d’envisager un progrès, de mobiliser des forces, des énergies, des espoirs. On réclame l’intégration, mais à quoi? Que sommes nous, que voulons-nous, que refusons-nous? Est-il possible de poser la question, ici et maintenant, est il possible de trouver des réponses consensuelles? Est-il possible de rendre aux Belges la conscience d’être un peuple, une nation, avec un avenir que définit la politique, et qu’organise la loi? Est-il possible d’accueillir positivement ceux, venus d’ailleurs, qui voudront travailler dans ce cadre, et à ce projet, comme forces vives? Est-il possible aussi de dire à celui qui n’a pas ce souhait d’adhérer à nos principes démocratiques (qu’il faut réaffirmer haut et fort) ni d’intégrer activement notre projet de société (par la langue, par le travail, par des liens sociaux diversifiés) que nous n’avons pas les moyens de subventionner des facteurs conflictuels, fussent-ils “simplement” culturels?

La Belgique a à refonder l’identité et l’image qui furent la sienne, celle d’un creuset d’avenir. Pour cela, il faut qu’elle cesse de s’afficher comme un territoire clanique où chacun campe sa tente, des politiciens communautaristes aux particrates régionaux, en passant par les intégristes religieux, groupes d’influence, de pression et lobbyistes de tous poils. Nous n’avons plus les moyens de nos divisions: essayons de les dépasser, -ensemble. 

Commentaires

Rien à ajouter ...

Si ce n'est que la route sera longue et sinueuse ...

Écrit par : Weylann | 22/07/2009

oui, et rendue difficile aussi par le manque de courage, inhérent au désir de "donner une bonne image à l'électorat".

Écrit par : pamina | 22/07/2009

Effectivement j'avais oublié les trous façon routes wallonnes.

J'ajouterais : "donner une bonne image à un certain électorat" --> Cette "bonne image" et cet "électorat" étant à géométrie variable ... Le tout dépendant d'où vient le vent.

Écrit par : Weylann | 22/07/2009

oui, c'est paradoxal que le ps se présente comme le parti des travailleurs... pas sure qu'ils y soient majoritaires, hélas...

Écrit par : pamina | 22/07/2009

tiens... depuis 19h, j'essaie en vain de poster une réaction sur un article de la Libre (sur l'Asile).... les commentaires n'apparaissent pas instantanément. Sont-ils "examinés" en temps réel? ou suis-je bannie (mais pour quel motif, cela, j'aimerais le savoir...). Décidément, je ne veux pas être parano, mais ça fait bizarre quand même...

Écrit par : pamina | 22/07/2009

C'est la faute du modérateur ? Peut-être bien. Je constate quand même que la LIBERerté d'expression est plus présente sur la 'Libre'.

C'est un très bon billet Pamina, mais nos ministres viennent de prendre les mesures qui les autorisent à partir en vacances la conscience tranquille (il y a longtemps qu'ils n'en n'ont plus).

Personnellement la belgique je n'y crois plus, et encore moins à la wallonie à laquelle on ne peut plus souhaiter que la flandre la largue au plus vite.

La nouvelle majorité avec les verts qui allaient provoquer le changement, la bonne gouvernance, nous savons déjà qu'en fait le partage du gateau etait la principale sinon la seule préoccupation.

Mais tous les wallons sont contents, c'est les vacances et Standart est champion. Il sera toujours temps de réclamer des chèques mazout au mois de septembre quand on sera rentré fauché des vacances en Turquie.

A vot bon coeur Monsieur.

Yvan.

Écrit par : Yvan | 22/07/2009

Bonsoir à tous,en effet,j'ai aussi constaté que les forums des sites de presse sont quasi tous devenus 'modérés' depuis peu.

Cela a commencé avec l'affaire du voile.

A mon humble avis, il y a eu un serrage de vis auprès des responsables de ces forums...

Écrit par : olivier | 22/07/2009

Yvan, du calme, du calme.... n'en fait pas pour ta santé ;0) on a besoin d'hommes valides pour changer le monde ;0)
paraît qu'il y a eu des "interrogations" hier, rapport à "l'instruction" lollllllllllll
attendez la mise en rpatique, vous allez voir, ça va être performant. aussi performant que la lutte anti-terroriste... ah... tiens, ce n'est plus sur la page de titre de la Libre... faut pas médire, faut pas dire.... tout va bien en Belgikistan

ah: l'article est là (quand même): http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/517985/les-cafouillages-de-l-antiterrorisme-belge.html qui relaie le Soir http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2009-07-22/cafouillages-antiterrorisme-belge-719099.shtml

Écrit par : pamina | 23/07/2009

@Pamina, mais je suis très calme en faisant le constat que les choses ne changerons pas tant qu'il n'y aura que des paroles. Nous nous adressons à des personnes qui refusent obstinément d'écouter et de prendre conscience de la réalité du terrain. Ces personnes ne sont jamais si actives que quand il s'agit de se partager les marocains et les émoluments attachés.
Après cette période, la plus éprouvante de leur mandat, ils pourront en profiter pendant cinq ans. Il suffit pour s'en convaincre de comparer les photos, ou la pesée; de nos guss au début et en fin de législature. C'est sans doude le stress qui fait grossir.

Yvan.

Écrit par : Yvan | 23/07/2009

lolllllllllll et le pire... c'est que tu as raison...

Écrit par : pamina | 23/07/2009

Et quand je vois ceci : "Maintenant j'ai du temps pour mon parti" --> Mme Fonck ...

A croire qu'être déupté laisse plein de temps libre pour faire autre chose ... Quant on voit ce qu'ils sont payés pour avoir du temps libre ça me sort de mes gonds

Écrit par : Weylann | 24/07/2009

judicieuse remarque: ainsi, un mandat de parlementaire fédéral n'est pas consacré à la politique fédérale, mais à la croissance (ou la maintenance) du parti. Donc le contribuable paye deux fois: une fois pour le financement du parti (asbl), une fois pour un mandat mi-temps (dans le meilleur des cas) rémunéré temps plein. remarque ingénue révélant ici encore l'omniprésente particratie...

Écrit par : pamina | 24/07/2009

les partis ne sont pas des asbl, pamina. Ce sont des associations de fait, sans personnalité juridique. Seule est imposée une asbl de gestion, au niveau national, qui reçooit les dotations publiques, est révisée par un réviseur d'entreprises et voit ses comptes et bilans publiés (par extraits, faut pas rêver) au Moniteur. Par contre votre section locale ou votre fédération d'arrondissement ou de province ne sont soumises à aucun contrôle. Et quand on s'interroge sur leut patrimoine et les sommes qui y circulent, cela fait froid dans le dos.
Notez qu'il en va de même pour les syndicats, ce qui leur permet de planquer leurs "trésors de guerre" n'importe où dans le monde au nom de l'intérêt des travailleurs.

Écrit par : hughes_capet | 26/07/2009

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