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18/07/2009

Valet noir et Baccarat

Bon, apparemment mes vacances vous ont semblées longues (bien plus longues qu’à moi, semble-t-il)... lollllllll. C’est d’ailleurs amusant de regarder les statistiques du blog et sa fréquentation à la moindre nouvelle politique: sorry, tout le monde, pour cette grève sauvage des méninges et de la plume, mais il fallait recharger les batteries. C’est fait (à moitié).

Quoi de neuf en Belgikistan? 


Nous avons tous nos gouvernements: régionaux flamand, wallon, bruxellois, communautaires français (pardon, Wallonie-Bruxelles), germanophone, et fédéral. Nous avons nos ministres et secrétaires d’état: 15 ministres, 7 secrétaires d'Etat et 1 Commissaire du gouvernement au fédéral. Huit Ministres à la région wallonne, 7 Ministres à la communauté française (dont 5 à double casquette, donc compter 2 en plus, « seulement »), 9 Ministres en Flandre, 8 Ministres à Bruxelles et 4 Ministres à la Communauté Germanophone. On arrive donc à 54 "équivalents-Ministres" pour 10 millions d'habitants. Si c’est pas une façon intelligente de résoudre la crise de l’emploi, ça ? Par contre, si vous avez un dossier à faire examiner, commandez le GPS ministériel. Parce que même si vous avez échappé aux méandres institutionnels des entités fédérées, ce n’est pas gagné pour autant.

On a beau nous affirmer le renforcement de « cohérences transversales », j’ai beau chercher, je ne vois aucune logique. Si ce n’est, bien sûr, une logique interne aux partis, à la particratie. Le jeu indigne de chaises musicales qui vient de se jouer au fédéral est en ce sens exemplaire. Coup de maître pour Verhosftad, dont le parti pourtant lourdement perdant aux élections régionales impose une révision générale du casting, et des montages assez surréalistes. Notre ex-ex-ex-premier, qui manifesta pendant les crises gouvernementales une large propension aux voyages à l’étranger, aura désormais des occasions plus légitimes de profiler ses compétences sur la scène internationale. Annemie Turtleboom, dont la force d’inertie obtuse nous a attiré des milliers et des milliers d’illégaux, se voit promue à l’Intérieur. Le secrétaire d’Etat au budget est coiffé d’un ministre flamand du budget, l’asile et l’immigration se voient ajoutés à ses compétences. Vous ne voyez pas le rapport ? Moi non plus.

L’explication est simple, pourtant : le dossier est comme le valet noir du jeu de cartes, tout le monde se le refile, personne n’en veut. Que le CDH l’assume avec autant de bonne volonté et dans un cadre aussi aberrant me semble suspect. J’en déduis donc que la compensation nous demeure tout simplement cachée. L’arrivée des promus-contre-leur-gré socialistes n’est guère politiquement plus cohérente. Là ce ne sont plus les attributions, mais les personnes qui assument le rôle du « valet-qui-pue ». Di Rupo expédie Daerden en cure au fédéral ; celui-ci n’est rien moins que ravi, car il y sera sous la haute surveillance flamande, moins indulgente à son style et à ses frasques qu’à celles d’un Dehaene, moins éthylique mais guère plus raffiné. Loin de ses réseaux, appuis, copinages et rouages, Daerden aura à faire la preuve des talents que ses partisans lui imputent. Qui sait, c’est peut-être pour lui une occasion d’en sortir par le haut… Et si, vraiment, il était un bon gestionnaire ? Et si, vraiment, il sortait les pensions de l’impasse ? A défaut de génie, il a de l’ingéniosité (son montage en révisorat en témoigne). Gageons que proche de la retraite, il veillera à nos pensions… 

Bref, poker, bridge, valet-noir, dames ou échecs, les présidents de parti distribuent les cartes et placent leurs pions. Certains déçus sont amers. De quoi s’étonnent-ils ? Ils ont joué jusque là le jeu particratique, et s’en trouvent soudain eux aussi les victimes ? L’électeur est-il le seul à devoir se sentir floué, lui qui vote, mais n’élit ni ses mandataires, ni ses ministres, ni ses coalitions ? Le jeu est vicié, depuis des mois nous le proclamons, nous protestons, et ceci n’est qu’une démonstration de plus.

Plus que jamais, le pouvoir apparaît comme un gâteau dont chaque parti veut sa part, non pour faire avancer le bien commun d’un peuple commun, mais pour s’attirer, grâce aux miettes qu’il laisse tomber, un électorat qu’il flatte et manipule. Faire des voix, pour continuer à jouer à la table du baccarat, faire des voix, entre compères, quitte à gripper les mécanismes  de la démocratie, quitte à miner irrémédiablement un pays qui va à vaux-l’eau. Notre économie s’effondre, nos banques sont décotées, nous masquons par des artifices notre chômage, la faillite de notre système social, bientôt la santé et les pensions, nous occultons les nouvelles qui font la une de la presse étrangère : Belgique, table tournante de trafics en tous genres, drogues, prostitution, êtres humains, fraude sociale, fraude fiscale, montages financiers. Belgique, risée du monde, décrédibilisée par une multitude d’affaires, et par la médiocrité de ceux qui nous gouvernent. Pardon : que nous payons pour nous gouverner, mais qui, semble-t-il, ont d’autres priorités.

La particratie nous tue. Il faut tuer la particratie. Comment ? En continuant à la dénoncer, à mettre en évidence ses dérives, ses inepties, ses scandales. En refondant une opinion publique active, militante –non pour des partis, mais pour la démocratie, pour la politique en tant que bien commun ; en lui donnant l’occasion, comme l’a fait La Libre depuis ces derniers mois, de s’exprimer, de manifester sa cohérence, sa force. Le salut passe par la mobilisation politique citoyenne, relayée par une presse active et sans tabous. Le ton nouveau des éditoriaux, les sujets abordés sans concession, la remise sur le métier, malgré les pressions, de sujets sensibles (… la sowaer ?)  sont à mon sens des signes positifs que des choses changent.

Face au cirque politique de ces derniers jours, nous pouvons rire ou pleurer, nous asseoir et nous résigner, ou continuer à clamer haut et fort qu’autre chose est possible, autrement. Notre voix doit porter de la rue, des forums, de la blogosphère à la presse, aux médias, à ceux désignés pour nous représenter, aux parlementaires: vous êtes le fruit d’un système que nous voulons réformer en profondeur, des listes électorales aux coalitions, et des coalitions aux ministères. Nous voulons choisir, nous voulons élire, nous voulons définir notre avenir et considérons comme illégitime l’emprise des présidents de partis. Nous voulons choisir qui nous gouverne en fonction des aptitudes, des compétences, des capacités, de la personnalité, et nul autre critère. Nous avons besoin, pour nous sortir de la déliquescence actuelle, des meilleurs, prêts à donner le meilleur.

Il faut fermer le grand casino du pouvoir, et faire enfin de la politique. Une réforme fondamentale du système électoral de ce pays est nécessaire. 

Commentaires

Démarrage en force Pamina.
J'avoue que je n'ai pas encore lu, mais en rentrant d'une longue journée dans la patrie d'Elio je viens de jeter un coup d'oeil sur 'La Libre'.
La photo de première page ne pouvait me laisser indifférent et c'est pourquoi je me permets ce petit commentaire :
Au lieu de regarder les binettes de ces honorables personnages regardons plutôt, peut-être plus révélateur, leur tenue et surtout la longeur du pantalon.

En commençant par la gauche (bien sûr) :

1) Trop long ou mal ajusté sur la chaussure.
2) Modèle taille basse, mais sans excès.
3) Notre ex-premier, un peu croqué dans le bas,comme le dos, genre cow-boy.
4) Michel manifestement trop long, les chiffres du mètre sont bons, mais les paramamètres, élasticité et retrécissement sont mauvais.
A moins que ce soit l'aura de l'homme qui a perdu de sa hauteur .
5) Magnette, là c'est le clou de la photo. Pantalon spaghetti ou fil de fer, ou pantalon clou, avec éventuellement quand il enlève ses pompes, le bas soit recyclé en patins. Sans parler de 'Rentrez de le ventre Magnette!'.
6) Position physique, trop décontractée, à revoir pour le 21 juillet.
7) Courard, premier prix, au moins dans sa présentation générale.

Ceci en clin d'oeil pour nos braves militaires du défilé du 21 juillet.

Allez messieurs les ministres, un peu de tenue et lors du défilé prenez-en de la graine.

Ah,Ah,il y a encore du travail.


Yvan.

Écrit par : Yvan | 18/07/2009

Ce qui vient de se passer dans la nomination des ministres montre le véritable despotisme des présidents des partis.
Comment le citoyen peut-il encore rester aveugle ?

Nous sommes soumis à la dictature des colonnels.

Yvan.

Écrit par : Yvan | 18/07/2009

Bonjour Pamina,
Je découvre à l'instant votre dernier post, votre blog n'est pas indiqué parmi les blogs mis à jour et je l'ai loupé tout à l'heure.
Merci Pamina pour ce texte fort, toujours aussi révolté !
Néophyte en la matière, je suis votre blog depuis quelques mois et grâce à votre discours énergique, je ne suis plus indifférente et je commence tout doucement à me frayer un chemin dans la lecture des méandres politiques au quotidien. J'essaye de prendre le temps de lire différents journeaux et de suivre les nouvelles à la télé, à la radio afin de me forger une opinion et de dépasser ma vision primaire.
Il me semble que bien de personnes me ressemblent, se sentent peu concernées mais se réveillent depuis le printemps et se posent des questions sur la particratie.

Écrit par : quidam | 19/07/2009

@quidam: c'est le but de ce blog, que nous reprenions en main ce qui nous appartient, la politique, l'art d'organiser notre vie ensemble. Elle n'est pas si ardue, si complexe qu'on veut nous le faire croire. On nous la rend hermétique, rébarbative, ennuyeuse pour nous en désintéresser, pour que nous l'abandonnions aux mains d'"experts" sensés être plus compétents. On peut en douter, pour plus d'un. Surtout, l'emprise des partis, plus exactement des présidents de partis, joue un rôle pervers. A tous les niveaux, nous avons à présent non les équipes que nous avons choisies, mais les pions placés par des président -alors que les partis n'ont aucune légitimité. Notez qu'au sein des partis, la "politique" est la même, et se voient écartés par la volonté des Princes auto-proclamés, des personnalités brillantes et méritantes. Westphael, Fonck... peut-être trouverons-nous un appuis au sein même des partis, de certains mandataires (pas les cire-pompes) pour une réforme des listes électorales et du système électoral en général. A mon sens il faut pousser l'idée des circonscriptions uniques, et au niveau de la région, et au niveau du fédéral. A noter que le groupe rebel (universitaires flamands et wallons, politologues...) travaille en ce sens. Re-bel publie d'ailleurs un e-book, avec le sommaire suivant:
REFORME ELECTORALE POUR UNE FEDERATION BLOQUEE.
Une circonscription fédérale pour le Parlement belge
La démocratie fédérale belge paraît connaître de sérieux problèmes. Une réforme du système électoral est-elle susceptible de contribuer à les résoudre? C'est ce que pense le Groupe Pavia, qui propose la création d'une circonscription électorale fédérale pour une partie des sièges du Parlement belge. Cette proposition est ici défendue par les deux coordinateurs du Groupe Pavia et mise en question par deux de ceux qui, en Belgique, en ont fait la critique la plus développée, Laurent de Briey (Namur) et Bart Maddens (Leuven), ainsi que par deux des plus renommés parmi les auteurs qui ont contribué à la discussion internationale sur les systèmes électoraux pour des sociétés divisées, Donald Horowitz (Duke) et Brendan O'Leary (Pennsylvania).
voici le lien

http://www.rethinkingbelgium.eu/rebel-initiative-ebooks/ebook-4-electoral-engineering-stalled-federation

Re-bel travaille un registre que beaucoup trouveront trop élitiste (colloques et publications en anglais, édition scientifique), mais dans la perspective d'une "percolation" de la société, leur rôle est important, parce qu'ils touchent le monde universitaire et une certaine élite économique et politique (bon, sans doute pas Papa, on s'entend...)
Il faut continuer, quidam, il faut oser parler politique, il faut oser avoir des opinions (éclairées, bien sûr, donc il faut nous informer...), il faut oser les partager, sensibiliser tout un chacun à son rôle essentiel dans le fonctionnement sain de la démocratie. La situation est si aberrante et catastrophique qu'elle constitue peut être une occasion unique de changements... Attendons nous à de fortes résistances.

Écrit par : pamina | 19/07/2009

Des directives pour les sans-papiers et pas de circulaire.
C'est vrai que c'est la même chose tous les cinq ans, manière de circuler et que la technique bien rodée consiste à faire durer les choses pour in finé arriver à ses fins. On recrute ses futurs électeurs comme on peut.
Par contre pour le budget on reporte à plus tard, pas grave les amis, les vacances de mes enfants d'abord (Joëlle). Il y a le feu au lac, donc inutile de se presser, et puis les chiffres, ils ne portent pas encore le voile, mais l'origine est la même.

J'ai consulté les photos de la prestation de serment sur 'La Libre'.
Michel Daerden garde la cote : 976 visites pour une moyenne de 540 pour les autres. De quoi réfléchir où la technique du clientèlisme peut conduire et comprendre parfaitement la position de nos amis flamands.

Le seul avenir qu'il reste à un wallon non-assisté est de foutre le camp tant qu'il est encore temps.


Yvan.

Écrit par : Yvan | 19/07/2009

Merci pour le lien et merci pour vos "mots" Pamina... quand vous lancez-vous concrètement dans la cage à lions?

Écrit par : quidam | 19/07/2009

@quidam: en quel sens?

Écrit par : pamina | 20/07/2009

@Pamina
"Faire de la politique" sur le terrain.

Écrit par : quidam | 20/07/2009

quand la politique sera redevenue de la Politique ;0) nul goût d'alimenter la particratie avec un parti de plus, nul goût de rejoindre un des cénacles existants. Mais un mouvement se dessine, qui pourrait bien faire germer autre chose, autrement. Beaucoup dépend de notre vigilance, de notre soucis de la politique, de notre exigence à demander des comptes, de la clarté, de la publicité, de la transparence... et de l'efficacité. Il faut cesser de se résigner à la médiocrité.

Écrit par : pamina | 20/07/2009

C'est pas gagné, Pamina, tout continue. Mantenat, on noie le poisson et on attend la rentrée, quand tout le monde sera calmé pour la campagne 2011 :(

Écrit par : Diane | 20/07/2009

Et je précise que localement les partis préparent déjà les communales de 2012...

Écrit par : Diane | 20/07/2009

il faut casser le jeu politicien... ce pays est en voie de décomposition faute de gouvernance!

Écrit par : pamina | 20/07/2009

peut-être que pour "casser le jeu" il faut rentrer dans le jeu et donc accepter un temps le cercle vicieux, un "mouvement" se fait-il entendre?

Écrit par : quidam | 22/07/2009

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