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01/06/2009

Particratie politique, particratie culturelle

Non, je ne suis pas cyclothymique. Enfin je ne crois pas. Après la phase dépressive d’avant-hier (billet: pourquoi je suis désespérée) et celle manifestant mon irritabilité (billet: le signal fort), c’est vrai qu’on pourrait diagnostiquer dans mon vague, très vague optimisme de ce matin, une hypomanie caractérisée. Mais de toute façon la cyclothymie est liée à l’ambiance, au contexte, lequel à moins d’une semaine est résolumment politique: c’est celui-ci qui vous intéresse.
C’est pourquoi je vais vous parler de culture :0)


Un titre a retenu mon attention, sur le fil d’info de la RTBF: Mons 2015: et si rien n’était joué? En deux mots, pour ceux qui n’ont oublié le premier acte de la comédie, depuis 2004 le bourgmestre de Mons (Elio di Rupo, pour ceux qui l’ignorent) a positionné sa ville pour devenir, en 2015, “capitale européenne de la culture”; cette “proposition” a fait l’objet d’un consensus entre tous les partis... jusqu’à ce qu’en 2008, certains Liégeois se découvrent le goût de faire concurrence à la cité du Doudou. Coup de colère de di Rupo, qui enjoint au bourgmestre socialiste de Liège, Demeyer, d’écraser. Ce que celui-ci tente de faire en négociant avec les promoteurs du projet liégeois, qui finalement, amadoués par de rutilantes promesses, ne déposent pas le dossier réclamant une consultation populaire... mais se font doubler par les mécontents qui refusent l’arrangement. La consultation sera organisée au corps défendant du bourgmestre, la veille d’un jour férié, avec une complexité volontairement décourageante, dans des lieux peu accessibles, malgré erreurs ou oublis de convocation.... et échouera à moins de 500 voix près à obtenir le quorum nécessaire à la candidature. 

Alors? Et le titre de la RTBF? Quele rapport avec la politique? Et la particratie? –je vous donne deux liens pour que vous puissiez creuser le sujet, si le coeur vous en dit. Mais en bref, des Liégeois ont mis le dossier dans les mains d’un avocat, qui conteste la légalité du choix unique de Mons, contraire selon lui au règlement européen de 2006. L’argumentation soulève quelques points étonnants, relatifs à la gouvernance culturelle wallonne:

« La Région wallonne a attribué un million d’euros à la Fondation Mons 2015 en juin 2008, explique-t-on dans l’entourage du comité liégeois. L’appel d’offres a été lancé en septembre 2008. Et en décembre de la même année, la Région a dégagé un nouveau montant de deux millions d’euros pour Mons, alors que l’appel d’offres n’était même pas terminé. Nous voulons montrer aux autorités européennes comment l’appel à candidatures a été truqué, afin que la procédure soit relancée, pour permettre à toutes les villes qui le veulent d’être candidates ».

Pour l'avocat liégeois de l’association Liège 2015, Maître Misson, l'accord politique qui a cadenassé la candidature belge à celle de la ville de Mons n'a aucune valeur légale face à la réglementation européenne qui réclame de son côté une émulation entre plusieurs projets au sein du même pays (comme cela vient de se passer en France, entre Marseille et Toulouse, par exemple). "Comment peut-on mettre dans la balance les décisions prises par des associations privées - les partis politiques - face à une réglementation européenne?" s'interroge l'avocat. Et d'ajouter que "les autorités européennes ont voulu la pluralité des candidatures. Nous ne sommes pas dans une république bananière".

Voilà un coup de voix qui suffit à enclencher chez moi un petit sursaut d’optimisme, une hypomanie légère, un brin d’exaltation positive. D’abord parce que je suis liégeoise, oui, bien sûr… mais surtout parce que des voix s’élèvent là aussi contre la particratie, osent l’avérer et la dénoncer, la pointer enfin comme responsable directe d’autres dénis démocratiques auxquels nous nous sommes jusqu’à présent résignés. L’affaire de Mons 2015 est un cas exemplaire –un cas de plus- des pratiques féodales des politiques. Car si di Rupo a obtenu la mise, n’oublions pas que celle-ci était le fruit d’un consensus. Le consensus des présidents de partis qui s’arrogent le droit de décider, hors consultation des citoyens, des priorités « culturelles » (et économiques afférentes) de notre belle région.

Sus à la particratie, et aux urnes citoyens!

 

http://www.rtbf.be/info/belgique/judiciaire/mons-2015-et-si-rien-netait-joue-le-soir

http://archives.lesoir.be/culture-le-jury-de-preselection-se-reunit-le-2-juin_t-20090530-00NAUD.html?query=mons+20015&firstHit=0&by=10&sort=datedesc&when=-1&queryor=mons+20015&pos=8&all=36597&nav=1

Commentaires

Moi ce qui me crucifie et me fait littéralement douter de tout, c'est lorsqu'un vol s'écrase au-dessus de l'atlantique entraînant 228 familles dans l'horreur et le deuil, pendant ce temps l'action BNP baisse, les spéculateurs inquiétés par la présence de membres du CA de BNP sur le vol, obligeant la banque à communiquer un démenti.

(voir la libre et mon blog).

Voilà ou nous en sommes arrivés... Pauvre de nous...

Écrit par : olivier | 01/06/2009

Pamina,

loin de moi l'idée de vouloir te décourager, mais bon, si les sondages ont raison, nous constatons que rien ne va changer...

http://download.saipm.com/pdf/libre/marsmaiwal.pdf

Hélas.

Écrit par : gérard | 01/06/2009

le ps a son score le plus bas depuis 1919 c'est quand même une nouvelle. Faut pas se laisser intoxiquer par Di Rupo qui dit qu'il est quand même le premier, na na nère.
Si on se dit que MR et PS font jeu égal en Wallonie, (à un ou deux sièges près), la différence est telle à Bruxelles qu'il n'y a pas de doute possible.

Écrit par : hughes_capet | 01/06/2009

pfff, Dans une semaine vous aurez les résultats, les sondages sont les sondages, de toute façon ils ont tous une constante assez remarquable, les 20 % d'indécis et la marge d'erreur.

Que ce soit MR, PS ou ECOLO un parti à 20% c'est à peine 5 % de plus que le nombre de votes nuls, blancs et abstentionniste.

C'est la ou ca coince... question légitimé ...

Écrit par : olivier | 01/06/2009

20% d'indécis à une semaine des élections c'est dans l'ordre des choses, les gens se décident de plus en plus tard. l'électorat n'est plus acquis comme c'était le cas dans le passé. Sur ces 20% une bonne partie va tout de même faire un choix dimanche, soit en courant au secours de la victoire, soit en retrouvant de vieux réflexes conditionnés c'est pour cela que la lutte va être à couteaux tirés jusqu'à la fin.
Suivez le dossier Tsunami, s'il éclate, c'en est fini du PS

Écrit par : hughes_capet | 01/06/2009

regardé Javaux sur RTL, il ne s'en tire pas mal mais faudra quand même apprendre aux journalistes que donner 20 secondes pour répondre à une question citoyenne, c'est encourager le surf idéologique, plutôt que le débat démocratique. Entendu di Rupo, c'est le summum de l'hypocrisie et de la malhonnêteté intellectuelle. Une tache. Pauvre Jaurès... Pour en revenir à RTL, j'ai cru entendre Javaux pencher vers le MR (blablabla et voir"aussi le parti qui permettra de réformer la gouvernance en profondeur"), mais je les pense coincés par leur base militante, qui reste rouge. Nos gosses auront quand même des devoirs, par contre vague un peu sur les sous de leur politique... ça pédalait un peu sur ce point.

Écrit par : pamina | 01/06/2009

Techniques de propagande : http://fr.wikipedia.org/wiki/Propagande (tout à la fin)

Écrit par : Lilou | 01/06/2009

Ce recours semble n'être qu'une tentative un peu pathétique d'allonger la sauce de la part d'une petite partie des gens qui ont composé le fameux comité "Liège 2015" et d'un avocat dont les motivations mériteraient d'être explicitées.

Ce que Me Misson appelle "une décision prise par des organisations privées" est... une décision du gouvernement de la Communauté française.

Concernant l'accord de décembre, vous devriez allez lire ce texte, signé par François Schreuer, qui explique en détail ce qui s'est passé (et il me semble que son avis est plus que défendable) :
http://bulles.agora.eu.org/20090223_liege_2015_bilan.html

Écrit par : Ugo | 02/06/2009

Vous savez, je suis plutôt partisan d'une cure d'opposition pour un parti qui n'est pas parvenu à se réformer profondément. D'un autre côté l'alternative proposée ne me convainc absolument pas, d'un côté des écologistes qui persistent à laisser planer un énorme doute sur la taxation verte (péage urbain, cout des poubelles, cout de l'énergie, sortie du nucléaire,...) à un moment ou nous n'en avons vraiment pas les moyens. De l'autre des libéraux qui ne proposent que la bonne gouvernance, l'excellence et la compétitivité. On ne parlera pas du CDh, parti hybride à géométrie variable, qui veille courageusement à enterrer tous les sujets de discorde (Antoine qui cherche à museler le site docteur antoine, Milquet qui conteste la manipulation à propos de sa candidate voilée), on ne parlera pas de la pub pour les prêts tremplin et son impéritie budgétaire.

Du côté socialiste, ce qui fait mal ,c'est que ce parti n'a pas osé écarter à temps les fameux parvenus, ces dinosaures politiques Happart, Van cau et consorts, en ajoutant une couche de fils de au passage.

Bref, nous en sommes à devoir choisir la proie pour l'ombre, et la seule nouvelle alternative écologiste consiste à voter pour un parti qui s'alliera ensuite avec on ne sait qui...

On en revient toujours au même point, on nous confisque notre droit de choisir en limitant le vote à un choix particratique au nom de la sacro-sainte démocratie représentative, mais nulle part on ne nous laisse le choix d'une coalition et de son programme.

Quelqu'un me disait, on ne peut choisir pour un parti à la carte, c'est vrai, mais ce parti lui n'hésitera pas à choisir ses partenaires et un programme à la carte, en interprétant nos votes à leur guise.

Presque de quoi donner l'envie de voter pour une petite liste bien discrète qui ne fera pas de gros scores, juste assez pour dire qu'on en a peut-être marre d'un système révolu ?

Écrit par : olivier | 02/06/2009

aucune de ces listes ne me paraît présenter une rupture avec le système particratique, bien au contraire. Alors, je préfère prendre part active dans la polarisation actuelle... charybde ou scylla. et continuer à mettre en évidence les méfaits de la particratie, le paradoxe anti-démocratique qu'elle représente, plus que jamais car selon les pronostic, on va à égalité de chiffres partout.... et nous n'aurons nul moyen d'indiquer quel est le sens de notre vote, en terme de coalition.

Écrit par : pamina | 02/06/2009

@ugo: le texte de François Scheuer est, effectivement, une remarquable analyse... et non détachée de notre propos politique, en fait.
Par contre, justifier que la décision a été prise par la Communauté Française me paraît un peu court. La décision a été prise par le président du ps, encouragée puis soutenue financièrement par les responsables ps, avec l'argent de l'ensemble des contribuables. Et l'accord implicite (monnayé par des retours d'ascenceur) des autres partis, qui demeurent bien des associations privées. La place de cet épisode ici, sur ce site, tient à cela précisément: la confiscation démocratique par les arrangement particratiques.

je rends le lien, qui en vaut décidément la peine: http://bulles.agora.eu.org/20090223_liege_2015_bilan.html

Écrit par : pamina | 02/06/2009

on dira ce qu'on veut mais ce qu'a fait la communauté française c'est unpeu comme donner un vélomoteur à un participant aux 20 km de bruxelles, et pendant la course, encore bien.

Écrit par : hughes_capet | 02/06/2009

Pamina, le point clé est que les règles d'attribution de la capitale européenne de la culture ont changé en 2006.

Auparavant, les Etats (dans le cas de la Belgique, les Communautés, qui ont compétence sur les questions culturelles) choisissaient librement, à tour de rôle, la ville qu'ils souhaitaient mettre à l'honneur. C'est donc en conformité avec le règlement européen que le gouvernement de la Communauté française (c'est un fait indéniable : ce n'est pas "le président du PS" qui a pris une décision, même si personne ne discutera son influence, c'est une institution publique légitime) a choisi Mons (et a en conséquence commencé à mobiliser des budgets pour soutenir cette candidature).

En 2006, les règles ont changé, et il semble que personne, à la Communauté française, n'a compris (ou voulu comprendre) les conséquences que cela avait. C'est dans cette brèche que le Comité "Liège 2015" s'est engagé. Il est passé à un cheveu de réussir son coup, mais pour obtenir une réelle remise en cause de la procédure (pour déclencher la procédure de sélection), il aurait fallu obtenir le dépôt d'une candidature concurrente à celle de Mons.

Ce qui est regrettable, c'est que le mouvement "Liège 2015" n'ait finalement rien produit, rien donné de concret sur le plan culturel (en tout cas rien de visible, parce qu'il a quand même bousculé certains équilibres, en faveur de Liège). De ce point de vue, le choix d'une négociation (fait en décembre, puis récusé), qui aurait permis à Liège d'engranger quelques acquis de poids était sans doute plus constructif que la lutte sans fin dans laquelle quelques jusquauboutistes sont aujourd'hui engagés.

Écrit par : ugo | 02/06/2009

comme je l'ai dit, j'ai pris le train en marche, et donc jette un oeil extérieur sur le non-événement de Liège 2015; ce qui est indubitable, en tous les cas, c'est que la candidature de Mons est une candidature particratique; et c'est à ce titre que j'ai voulu relayer l'info, comme exemplative de dérives possibles en termes démocratiques. Pour le reste, comme le dit François Schreuer, les Liégeois ont aussi leur part de responsabilité. Hélas.

Écrit par : pamina | 02/06/2009

On peut souligner aussi la force d'inertie qui a contribué à la candidature unique de Mons 2015, en dépit du changement de règles européennes: car le choix de Marseille 2013, lui, s'est bien opéré en émulation avec Toulouse et Bordeaux...

Écrit par : pamina | 02/06/2009

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