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15/05/2009

Le "piège populiste"

Voilà, nous y sommes, le grand déballage commence. J'y vois un, ou plusieurs dangers que je résume brièvement.

D'abord, après la fièvre d'aujourd'hui, je vois poindre un consensus des "chefs de bandes" (pardon, des présidents de partis): cet étalage d'affaires, c'est malsain, on ne parle que de ça, c'est populiste, c'est poujadiste, revenons au débat d'idées (même si  ça fait des années qu'ils nous infligent de la pub particratique plutôt qu'un débat politique). Bref, retour au bla-bla-bla, cher confrère, chère consoeur.

Deuxième étape, l'éthique en bouche qui vous met la bouche en coeur, opération "colmatage" -résolutions, codes, circulaires destinés à rassurer le citoyen sur la "volonté de transparence". Le tout ficelé à la va vite, sans débat, emballé-voté,  mais sans réelle force contraignante.  Notez le bien, les comportements déviants ne seront toujours pas "illégaux", comme le dit le Père Happart ou le brave Donfut: pas de loi, pas d'illégalité, hein... fallait y penser ;0)

Troisième étape: on ramasse les ordures, on redresse les poubelles, on remet le couvercle, parce que ce climat malsain génère l'insécurité, les citoyens risquent d'attraper le paludisme, la malaria, la peste brune... Les malandrins continuent de zoner, mais plus discretement, sans doute. On crée d'ailleurs de l'emploi: des comités d'audit, de surveillance de l'audit, de vérification de la surveillance de l'audit et de communication rapport aux résultat du comité de surveillance de la vérification de l'audit des actes posés.

Pamina est elle poujadiste ou populiste? Non, lucide, je crois, et passablement remontée. Le piège est grossier. N'y tombons pas. La réponse à la prévarication s'appelle transparence et sanction en cas de déviance. Pour ma part je ne veux plus entendre parler de recommandations, de codes, de circulaires, et d'engagement éthique personnel. Je veux une réforme électorale en profondeur, qui casse les ressorts de la particratie, du pouvoir de ces chefs de bandes, et nous restitue le droit d'élire, donc de choisir pour nous représenter des gens honnêtes, intègres, intéressés à la chose publique. Si les "normes" sont à ce point estompées, re-précisons les par des lois. Ceux qui s'engagent sauront à quoi ils s'engagent, et n'auront plus le paravent du "on a toujours fait comme ça".

Commentaires

Bonjour,

Je lis votre blog depuis environ une dizaine de jours et je l'apprécie fortement. Vos analyses sont assez justes et les commentaires rarement excessifs et justement pas sortis du café de chez Pouj'.

Etant membre d'un parti politique depuis 2 ans, je dois bien avouer que les déballages programmés de ces dernières semaines commencent à être, disons, fatigants.

J'aurais eu envie pour ma première campagne "vu de l'intérieur" avoir des débats plus constructifs et des prises de position plus tranchées.
C'est la classe politique dans son ensemble qui en sort salie, car il est plus simple de sortir du "tous pourris" que d'affirmer que la corruption n'est pas une fatalité. Et on est jamais à l'abri d'une peste brune ...

Écrit par : Jean-Marc | 15/05/2009

j'ai très envie de vous renvoyer vers un texte figurant sur le site du GRECE, ce mouvement de ce qui fut la Nouvelle Droite française.
En matière de morale et d'éthique, je trouve que c'est très bien exprimé.
http://www.grece-fr.net/textes/_txtWeb.php?idArt=853

Écrit par : hughes_capet | 15/05/2009

mwoui. Un peu trop pédant à mon goût. Je préfère la distinction posée par Comte-Sponville.
Ethique: souvent un synonyme de morale, en plus chic. Mieux vaut
donc, quand on ne les distingue pas, parler plutôt de morale.
Mais si on veut les distinguer? L' étymologie ne nous aide guère. « Morale et
« éthique » viennent de deux mots - ethos en grec, mos ou mores en latin - qui
signifiaient a peu près la même chose (les moeurs, les caractères, les façons de vivre et d'agir) et que les Anciens considéraient comme la traduction I'un de l'autre. Aussi est-ce une distinction qu'ils ne faisaient pas : morale et éthique ne seraient pour eux, si nous les interrogions en français, que deux façons différentes - l'une d'origine grecque, l'autre d'origine latine - de dire la même chose. Si I'on veut pourtant se servir de ces deux mots pour penser deux réalités différentes, comme un usage récent nous y pousse, le plus opératoire est sans doute de prendre au sérieux ce que I'histoire de la philosophie nous propose de plus clair: Kant, parmi les Modernes, est le grand philosophe de la morale; et Spinoza, de l'éthique. Sans reprendre en détail ce que j'ai montre ailleurs, cela amène à opposer la morale et l'éthique comme l'absolu (ou prétendu tel) et le relatif, comme I'universel (ou prétendu tel) et le particulier, enfin comme l'inconditionnel (l'impératif catégorique de Kant) et le conditionné (qui n'admet d'impératifs qu'hypothétiques). En deux mots : la morale commande, l'éthique recommande. Ces oppositions débouchent sur deux définitions différentes, que je ne fais ici que rappeler :
Par morale, j'entends le discours normatif et impératif qui résulte de
l'opposition du Bien et du Mal, considérés comme valeurs absolues ou trans-
cendantes. Elle est faite de commandements et d'interdits : c'est l'ensemble de
nos devoirs. La morale répond a la question « Que dois-je faire ?”. Elle se veut
une et universelle. Elle tend vers la vertu et culmine dans la sainteté (au sens de
Kant : au sens où une volonté sainte est une volonté conforme en tout à la loi
morale).
Et j'entends par éthique un discours normatif mais non impératif (ou sans
autres impératifs qu'hypothétiques), qui résulte de l'opposition du ban et du
mauvais, considérés comme valeurs simplement relatives. Elle est faite de
connaissances et de choix : c'est l'ensemble réfléchi et hiérarchisé de nos désirs.
Une éthique répond a la question « Comment vivre ? ». Elle est toujours particulière a un individu ou a un groupe. C' est un art de vivre : elle tend le plus souvent vers le bonheur et culmine clans la sagesse.
L'erreur, entre rune et l'autre, serait de vouloir choisir. Nul ne peut se
passer d' éthique, puisque la morale ne répond que très incomplètement a la
question « Comment vivre ? » puisqu'elle ne suffit ni all bonheur ni a la
sagesse. Et seul un sage pourrait se passer de morale: parce que la connaissance et l'amour lui suffiraient. Nous en sommes loin, et c'est pourquoi nous avons besoin de morale.


j'ai quelque part aussi un intéressant texte d'Etchegoyen. je cherche où (dans l'antre viscéral de mon mac...)

Écrit par : pamina | 15/05/2009

pas trouvé; c'était dans le ventre d'u!n mac défunt, alors, sans doute. je dois avoir une photocopie quelque part, c'était tiré de la Valse des éthiques.
Mais Ricoeur et Etchegoyen dient en gros ceci:
La morale représente lʼensemble des règles de conduite considérées comme valables de façon absolue. Lʼéthique, contrairement à celle-ci, ne prétend pas délimiter à priori ce qui relève du bien et du mal, même si elle cherche tout comme la morale, à énoncer des principes destinés à servir de guide pour les actions humaines, en référence à des valeurs. Elle le fait néanmoins pour que chacun puisse se déterminer en individu libre et responsable, de manière à pouvoir répondre à des situations concrètes et souvent inédites.
Paul Ricoeur1, dans son essai intitulé Morale et Ethique2, distingue la morale, qui est de lʼordre de lʼimpératif, de lʼordre, du devoir, et qui se présente sous lʼaspect de lʼuniversel (ne tue pas, ne vole pas, ne mens pas…), de lʼéthique, qui elle, relève du sujet, de la personne, de son désir de mener une vie bonne, en
quoi elle se révèle nécessairement relative. Lʼéthique est antérieure à la morale (je désire mener une vie bonne et je réfléchis aux conditions de celles-ci, que jʼénonce en règle, en norme, dans le cadre dʼun formalisme –ce
sera la morale3), mais aussi postérieure à la morale, puisquʼelle lʼactualise, évalue les possibles contradictions de règles postulées universelles, et opère un choix en situation. Lʼéthique précède donc la morale (qui en est
son explicitation universelle), mais aussi en constitue lʼaccomplissement.
Alain Etchegoyen4 soulignera de son côté dans un de ses ouvrages5, que la vogue du mot éthique tient notamment à la révolution de Mai 68, et au rejet du terme « morale » associé à lʼhypocrisie de la bourgeoisie
dominante. La nécessité dʼaffirmer des valeurs demeure, néanmoins, et le mot éthique habille désormais des notions anciennes et réhabilitées –même si plus relatives : lʼauteur recourt, pour expliquer la différence entre
les termes, aux notions kantiennes dʼimpératifs catégoriques et hypothétiques. Etchegoyen rejoint ici la pensée de Paul Ricoeur, mais en soulignant la relative étroitesse des éthiques par rapport à la morale, et, parfois, leurs
rapports conflictuels.
Bon, je ne vous mets pas les notes de pages, mais suis certaine de la conformité avec el texte :0)

Écrit par : pamina | 15/05/2009

@jean-marc: il faudra que le politique comprenne que c'est notre exigence démocratique qui fait l'ampleur de cette réaction, ... et qu'elle survivra aux élections, du moins en ce qui me concerne. Là, les forums éructent une rage bien compréhensible vis à vis d'indélicats, pour ne pas dire de magouilleurs, qui nous affligent de leur médiocrité en même temps qu'ils nous pillent. Ce pays est un pays de cocagne sans gouvernance, sans politique, sans avenir; un gâchis monumental de ressources et de talents. La particratie est responsable.... et nous sommes responsable, par notre indifférence, de la particratie, et de ses "dérives génétiques". Mais cela peut changer, et ce déballage scandaleux peut aider à une restauration de la politique au sens noble, et donc au renouvellement de la classe politique. Si vous y êtes "jeune", et que vous en comprenez els enjeux, vous aurez peut-être la chance de faire un métier merveilleux: travailler au bien commun.
En attendant, le nettoyage des écuries d'Augias est nécessaire et salutaire.

Écrit par : pamina | 15/05/2009

Je viens de finir la lecture du 'Soir' et d'avoir la confirmation que grâce à l'article de 'La Libre' de ce mardi 12 mai, le camarade président Elio a mesuré la portée de la lettre qu'il avait reçue le 23 mars.
Allons messieurs les journalistes, ce n'est pas bien de laisser nos politiciens dans l'ignorance pendant plusieurs semaines, il faut réagir plus vite.
@ Jean-Marc : "...les déballages programmés de ces dernières semaines commencent à être, disons, fatigants."
Je ne sais pas qui est le plus fatigué, mais ce que je peux dire c'est que chaque fois que la commune, la province, la région, l'état m'adresse un courrier c'est pour me réclamer du pognon et jamais pour m'en donner.
Quand on constate le comportement de certains mandataires et le silence sinon la complicité des autres, il y a de quoi réagir.
Trop is te veel.

Yvan.

Écrit par : Yvan | 15/05/2009

Il y a pour certains le sentiment de fatigue, qui souvent parlent aussi de poujadisme ambiant.

Je préfère parler de lucidité, pour que le poujadisme existe, il faut qu'il se nourrisse et repose sur des faits criticables, la meilleure manière de ne pas l'alimenter est donc d'agir avec lucidité et bon sens, et non de détourner le problème, d'ailleurs l'affaire donfut provient des rangs du PS ! N'est-ce pas pathétique que cette affaire fut révélée par un militant déçu ne pas avoir obtenu une promotion au Forem ou comme adjoint de cabinet ?

Allons allons... Le poujadisme c'est comme l'éthique : a géométrie variable, selon le sens du vent...

Écrit par : olivier | 15/05/2009

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