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07/05/2009

Je ne veux pas voter, je veux élire

Dans un mois, nous serons appelés à voter afin de désigner des représentants au sein d’une des instances parlementaires existant en Belgique: les parlements régionaux. J’ai pesé  chacun des mots de cette phrase. Appelés à voter: ce qui signifie donner des voix; à des représentants: et non à mes représentants. La démocratie parlementaire belge n’est plus une démocratie représentative au sens propre: les “Elus” ne sont pas élus, si ce n’est par le parti. En conséquence nous sommes de fait en particratie: régime qui, sous couleur de traduire au mieux les différentes sensibilités des citoyens, leur a confisqué le droit d’élire, leur laissant juste celui de voter. Démonstration...


La démocratie parlementaire est une des formes de démocratie moderne. Elle est la transposition sensément efficace du principe de la démocratie directe, dans lequel chaque citoyen a le droit de se prononcer sur l’ensemble des matières. La difficulté de l’application de celle dernière(pratiquée à Athènes, et revendiquée par Rousseau et la pensée anarchiste) aboutit à la conception et à la mise en œuvre depuis le XVIIIe siècle d’une démocratie représentative. Le citoyen choisit un certain nombre de représentants –par vote, il les élit, afin de siéger dans une assemblée restreinte, le Parlement. Celui-ci, émanant directement du peuple, légifère grâce au pouvoir qui lui est délégué, et contrôle l’action du gouvernement. C’est le principe, prédominant en Europe, de la démocratie indirecte (et qui peut être en outre conjugué à une forme de démocratie directe, comme le référendum français ou la votation suisse).

Clairement, la légitimité du Parlement tient à sa représentativité. Or, il est facile de démontrer qu’en Belgique, nous ne choisissons pas nos représentants. Ils nous sont imposés par les partis. Si chez Ecolo, les candidats sont approuvés par l’assemblée des membres (en ce sens, leur système ressemble un peu à celui des primaires aux USA), en ce qui concerne les autres partis, c’est le président qui garde la main et place ses pions,  en une procédure qui n’est rien moins que transparente. Elle favorise dans l’ordre les barons en place, les « fils et les filles de », et les attrappe-voix qui concourent tous à l’imposture électorale actuelle. Le parti rassemble des voix pour avoir des sièges, la montée au siège n’est pas directement déterminée par le citoyen, mais par le parti qui détermine l’ordre et répartit les voix du vote en tête de liste, sur des candidats « effectivement effectifs ». En effet, nombre des personnalités qui se présentent sont occupées ailleurs, à d’autres niveaux de pouvoir, voire revendiquent deux sièges à la fois, et choisiront de laisser place à des suppléants… sans nécessairement informer l’électeur qu’ils sont purement et simplement des racoleurs de voix, et clairement, des manipulateurs du jeu politique.

Devant ce constat, certains appellent au vote blanc, refusant de s’impliquer dans ce qu’ils nomment une mascarade –et qui en est une, dans les faits. Maintenant, tourner le dos au cirque ne fait pas disparaître le cirque : Monsieur Dé-Loyal reste en piste…. Le système est ainsi fait qu’il continue à fonctionner, et d’autant plus impunément qu’il ne rencontre pas d’opposition, ni même de grain de sable.

Il faut, au contraire, changer le système électoral, briser ce verrou du pouvoir particratique, en faire l’objectif prioritaire d’une restauration de la démocratie transparente. Je veux, pour ma part, choisir qui j’envoie me représenter, –notamment parce que je ne me reconnais plus aucunement dans les guignols qui, sur autant d’affiches strictement publicitaires, me vantent un « produit  politique» résumé à un slogan et à des initiales de parti. Sans compter que j’ai déjà goûté, en démonstration, à certains produits périmés ou frelatés, et que les présidents de partis me contraignent à les retrouver en « tête de banc » parce que ils sont paraît-ils plus porteurs (comme ces produits de foire frappés du sigle « vu à la télé, en guise de garantie de qualité). Je suis pour ma part fatiguée qu’ils usent de tels arguments de marketing afin de me convaincre : je ne suis et ne serai jamais une cliente, je n’achète pas un produit. Qu’ils considèrent d’ailleurs sous cet angle la politique en dit long sur la médiocrité qui est la leur, leur conception du pouvoir et leurs ambitions. Marquons la révolte des consommateurs, devenons acteurs.

Que faire ?

- Le 7 juin, fuir comme la peste le vote en case de tête, qui n’est rien d’autre qu’un assentiment aveugle au choix du parti, à l’ordre déterminé, au jeu pipé, à la particratie.

- Privilégier le vote nominal (vote de préférence) en faveur de candidats dont ont peut être sûr qu’ils siégeront. Le Télémoustique de cette semaine donne quelques informations à ce sujet, le Blog de Tom aussi, mais rien ne nous empêche en outre de contacter personnellement les candidats pour vérifier ce point. Nombre d’adresses mails sont disponibles sur les sites des partis…. Et ceux qui ont omis ce moyen aisé de communiquer avec leur électorat marquent d’emblée le soucis qu’ils ont de celui-ci.

- On ne peut se comporter en citoyen politique et donc revendiquer le droit d’élire qu’au prix d’un investissement minimal : choisir implique le devoir de s’informer. Demandons à ceux qui veulent nous représenter ce qu’eux-mêmes représentent en tant que personne, et ce à quoi ils s’engagent. Réembrayons le dialogue et nous verrons si nos visions d’un avenir commun, donc d’un projet politique, coïncident. Auquel cas nous pourrons les choisir pour nous représenter. Réellement, et non fictivement : faisons d’ailleurs notre mea culpa, si la situation est telle aujourd’hui, c’est que nous nous sommes désintéressés de la chose publique, et occupés à nos intérêts, avons oublié nos droits et nos devoirs (dont celui de participation à la politique).

- Votons pour des gens neufs, des politiques intègres –il y en a, votons pour des gens qui ne seront pas le produit d’un système, mais auront, portés par nos voix, réussi à restaurer un peu de démocratie représentative. A ceux-là, manifestons notre volonté de revoir la loi électorale et d’établir des principes clairs, garantissant la transparence des listes, et leur caractère effectif. Un candidat doit prendre engagement de siéger s’il est élu ; par conséquent il ne peut ni cumuler différentes fonctions, ni postuler sur deux listes à la fois (régionale et européenne, par exemple). Cette initiative simple, conjuguée à l’organisation de primaires au sein des partis casserait les baronnies, les fiefs familiaux, les effets pervers du vedettariat, les alibis aux cumuls, mais surtout rendrait leurs droits aux citoyens, un sens aux élections, une légitimité aux politiques.

Il est temps de manifester par un acte déterminant (le vote, qui consiste à choisir, de façon volontaire, intelligente, donc informée et réfléchie, nos représentants), que nous avons une conscience politique, une volonté politique, et que nous sommes la source de toute légitimité, y compris celle de ceux qui nous gouvernent.

Aux urnes citoyens ! 

Commentaires

Oui certes mais je vous explique mon dilemne :
le vote blanc ou nul est inutile puisqu'il n'entre pas en ligne de compte. Si 50% des électeurs votent blanc, 100% des sièges sont quand même pourvus.
Les quatres familles politiques installées jouent à ce jeu pipé de remplacer l'élection par un vote. Même écolo qui, s'il constitue ses listes de façon plus démocratique que les autres s'oppose à ce que le bourgmestre d'une commune soit celui qui ait le plus de voix de préférences. Disons qu'au PS, MR et CDH c'est la présidentocratie et chez écolo c'est la comitécratie.
Alors se trourner vers qui ? l'extrême droite ? elle est composée au mieux d'incompétents, au pire de voyous et en tout cas d epersonnages peu recommandables. L'extrème gauche ? elle prône le retour à un système que l'Europe a vomi depuis 1991. Les ratachistes peut-être ? Je pense que ceux-ci ont raison sur le fait que ce pays ne tiendra plus le coup longtemps mais ceci mis à part, leur programme est des plus indigent.
Il reste bien la lutte armée, mais je ne le sens pas encore très bien.

Écrit par : hughes_capet | 07/05/2009

tiens, un critère déterminant de plus. A l'adresse suivante, on trouve la liste des mandataires n'ayant pas rempli leur obligation de déclaration de mandats.... donc contrevenant à la loi :0) (voir en fin de fichier): http://www.ejustice.just.fgov.be/mopdf/2008/08/14_1.pdf

Écrit par : pamina | 07/05/2009

Le seul moyen de montrer à ces ordures (désolé, c'est le terme adéquat) que l'électeur en a marre, c'est de rester chez soi. Point. Tout le reste n'est que littérature, parfois même assez suspecte, d'ailleurs.

Écrit par : Chorsky | 09/05/2009

Si votre façon de dire non, c'est de hausser les épaules et par là contribuer au maintien de la situation, c'est votre attitude que je trouve suspecte. Critiquer le monde, c'est une chose, tenter de le changer, une autre...

Écrit par : pamina | 09/05/2009

La notion de particratie implique l'absence d'honnêteté de la part des politiciens. Aussi des politiciens honnêtes, cela n'existe pas en Belgique. Ceux qui pourraient l'être sont aussitôt écrasés par la loi du parti. Prenons le cas de Destexhe. Il a voulu jouer à l'électron libre aussitôt il fut remis à sa place. Nous partons du principe que ces politiciens se foutent de nous et il n'y a plus pour le citoyen que de leur renvoyer l'ascenseur, c'est la philosophie du MOP (cfr http://www.mop2009.be)

Écrit par : Agatoc | 09/05/2009

En parlant de Destexhe, un des derniers articles sur son blog dénonçait les ...1800 ASBL recevant des subsides de la Région bruxelloise. A la COCOF, ce sont 3400 entités dont 75% sont des asbl, qui sont dans ce cas.

Ceci, pratiquement sans contrôle ...

Écrit par : jo moreau | 09/05/2009

mais Destexhe est le grand copain d'Aernoudt, dont les moeurs politiques sont pourtant très proches de ce qu'il dénonce... alors, hypocrisie?

Écrit par : pamina | 09/05/2009

Dis-moi qui tu fréquentes je te dirai qui tu es ????

Donc 3400 entités ne sont pas financés par la COCOF ?.

Écrit par : jo moreau | 09/05/2009

non, bien sûr; juste, Destexhe n'est pas non plus un agneau virginal...
Mais c'est toi je pense qui avait évoqué également l'usine à gaz du cgri, devenu entre-temps wbi? aucune structure ne peut être efficiente quand son rôle est dévié de mille et une manières. je lisais l'article sur la recherche scientifique qu'il faut valoriser? comment? ILS ONT TROUVE!!! en créant un nouvel organisme pour chapeauter.... cet Etat belge est une république bananière, il n'y a plus d'indiens, rien que des chefs (de tribus).

Écrit par : pamina | 09/05/2009

Je viens de découvrir votre blog et il me parait très intéressant.
Je voudrais quand même faire une petite remarque : nous allons voter deux fois et je pense que ces deux votes sont complètement différents. Les problèmes de l'Europe ne sont pas ceux de la Belgique. En ce qui me concerne, je choisirai mes candidats à l'Europe en fonction de ce qu'ils ont fait précédemment. Ceux qui s'impliquent dans la problématique européenne et qui ont fait, dans le passé, la démonstration de leurs motivations et d'un travail de qualité. Il y en a.
Par contre, pour la Belgique, le choix me semble beaucoup plus complexe. Il faut des individus capables de trouver des solutions au problème de l'emploi ( lui même lié aux problèmes économiques, l'enseignement, etc...) et aussi (malheureusement) au problème communautaire. Il faut bien sûr aussi un réel souhait d'éthique. Pour l'instant, je ne vois pas quel parti propose un programme réaliste dans tous ces domaines.
Je crois toutefois nécessaire de répéter, comme d'autres l'ont fait avant moi, mais je crois qu'il s'agit d'un slogan qu'il faut répéter encore et encore : NE PAS VOTER EN TETE DE LISTE.

Écrit par : Joe | 10/05/2009

oui, je n'ai pas abordé le problème des élections européennes; je partage votre analyse; pour ma part j'hésite à voter; peut être pour une candidate indépendante, dont je ne retrouve plus le nom mais qui a lutté contre la corruption (et notamment la vente de visas par des membres du corps consulaire en Turquie... Elle vit actuellement en Italie.

Écrit par : pamina | 10/05/2009

seul la desobeissance civile fera bouger les choses mais plus on attend pire ce sera......

Écrit par : cedric | 25/05/2009

non, la meilleure façon de faire bouger les choses, c'est le tsunami électoral. Il faut que les politiques se rappellent qu'ils ont un mandat à durée déterminée, et que l'électeur peut leur signifier un C4 au sortir des urnes. L'abstention les conforte.

Écrit par : pamina | 25/05/2009

A retenir : Michel Javaux Ecolo s'est déclaré en faveur du maintien du système électoral actuel.
Ecolo, le vent du changement? Non.
Je les suis depuis 19ans et maintenant c'est fini et bien fini.

Écrit par : Marcel | 30/05/2009

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