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26/04/2009

Citoyennement correct

Peu de réactions à l’édito de Paul Piret hier dans la Libre. http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/497979/une-fin-debile-de-legislature.html. Je trouve ce “calme plat” assez interpellant, voire même inquiétant . En effet, d’autres forums sont mieux alimentés (affaire Van Cau fils, affaire de la vente des biens provinciaux au profit de ticket de SPA Francorchamp...), et les internautes continuent à s’y “lâcher” avec un humour corrosif. Serait-ce que le web se résume à un café du commerce, dont les propos seraient plus virulent en temps de campagne électorale? C’est la thèse de certains politiciens. Je ne le crois pas, et pour suivre de près et de l’intérieur cette dynamique, je soutiendrai qu’il y a bien plus qu’un salutaire défoulement dans cette saillie de l’opinion publique. Il y a une volonté de changement, mieux, de mutation. La question porte sur le comment. 


Trois axes se dessinent. Le premier qui a aussi été le plus médiatisé est constitué par des actions de citoyens, -comme l’accueil des missionnaires à Zaventem, la constitution d’un “comité de vigilance”, le projet de “charte éthique”. Si la première de ces actions était strictement “réactive”, sa suite manifeste clairement un désir de changement rapide, une volonté que “ça bouge”, et un engagement actif de la part de certains. Le fait n’est certes pas, dans le paysage politique belge, courant. Aussi, quelle que soit l’ampleur de cette forme de mobilisation citoyenne, elle est à mon sens représentative d’un état d’esprit qu’il serait dangereux de considérer comme anecdotique.

Le second axe sera est constitué par nombre de citoyens outrés, scandalisés, qui appellent au boycot des élections, au vote blanc, ou encore au à une réponse  quasiment “coluchienne”, comme par exemple l’appel au “MOP”. http://www.mop2009.be/. Cette dernière inititative est présentée comme un refus de la mascarade électorale, du guignol politique actuel mais affirme dans le même temps une dimension positive:  “ce n'est pas de l'incivisme mais une volonté de voir se rétablir l'ordre démocratique ».  Ce courant qui prend de l’ampleur est fondé et argumenté. C’est peut-être là le constat le plus inquiétant : que des citoyens loin d’être intellectuellement démunis, des gens informés et intéressés à la politique optent pour cette solution radicale. On est loin ici du poujadisme ou du populisme primaire, cette opposition là ne « roule » apparemment pour aucun parti et ne trouve à s’exprimer que dans le refus extrême, je dirais presque, désespéré, de ce qu’il revendique : l’exercice de la démocratie.

Le troisième axe rassemble  ceux qui ont choisi de se manifester dans une prolifération de commentaires, de blog, de forums dont l’effervescence, n’en déplaisent aux analystes hâtifs, n’a rien de superficiel. Ces citoyens-là manifestent aussi un désir d’action, mais inscrite peut-être dans le plus long terme –excédant en tous les cas le 7 juin, et un éventuel changement de « paysage » politique. Dans l’immédiat, ils veulent voter, s’interrogent sur le comment afin de ne pas conforter les pouvoirs en place ; - des solutions sont proposées, comme de voter pour des gens, et non des partis, de supporter les « déclassés » par les pouvoirs en place (fin de liste, suppléant), de tenter une « évaluation citoyenne », en interrogeant les candidats… Des idées germent, mais les temps sont courts. La difficulté de trouver des solutions praticables et applicables maintenant suscite l’impatience et des tensions entre ceux qui espèrent « marquer le coup » dès les élections, et ceux déjà occupés à penser l’action citoyenne dans le long terme.

A dire vrai, ces mouvements différents peinent à se rejoindre : pourtant ils ont le même objectif, manifestent un même désir, et celui-ci est politique. Tous, nous voulons, non, nous exigeons que l’on nous restitue le pouvoir démocratique d’élire, et non plus seulement de voter ; tous nous voulons, non, nous exigeons, des mandataires compétents, efficients, attelés à la tâche pour laquelle nous les élisons ; tous, nous voulons, nous exigeons un exercice transparent du pouvoir, qui permette au citoyen le contrôle des objectifs, des méthodes et des moyens employés. Rien de plus, rien de moins.

Nous revendiquons tout simplement une démocratie fonctionnelle : et le point neuf à prendre en compte, c’est qu’une large part de ces citoyens, mobilisés selon ces trois axes, se disent prêts à prendre leurs responsabilités, en se comportant en citoyen politique, donc, en s’informant, en se formant, en s’impliquant, en restant attentifs à la chose publique. Le temps de l’électeur passif est révolu, le web ouvre d’autres horizons que le marketing de masse, c’est aussi un extraordinaire instrument de communication, de fédération des énergies. Celles-ci, en agissant à différents niveaux, sur différents registres, peuvent déboucher sur des synergies et générer une transformation en profondeur de la politique. Un retour, en fait, à ses origines : parce que la politique est la définition et l’organisation d’un « bien commun », nous somme tous, en tant qu’individus, intéressés à la définir, à l’orienter au travers d’une démocratie représentative et transparente.

Les élections ne vont pas changer la politique, mais elles peuvent marquer la première défaite de la particratie. Il me semble que le refus des « listes-bidouille », « listes-bidons » telles que constituées par les présidents de parti pourrait fédérer les différents courants, en proposant un vote alternatif : de ce fait, bouleversons les équilibres au sein même des partis, boycottons les barons qui se revendiquent du nombre de voix pour asseoir leur pouvoir autocratique au sein des formations, évitons les « fils et filles de » catapultés sur les listes sans expérience préalable, tentons le changement radical de personnel politique, choisissons des représentants conscients qu’ils nous représentent, et promettons leur d’exercer notre vigilance vis-à-vis de l’exercice de leurs mandats.

Au delà –car c’est l’au-delà qui importe, convertissons notre réaction en action, politisons-nous. Redéfinissons un mode de vivre-ensemble, un bien commun auquel chacun puisse contribuer de façon positive, tentons de retrouver un désir, un idéal, un horizon –et aussi, et surtout, une fierté : celle de nous battre pour sortir de l’impasse actuelle, et construire un avenir au delà de la crise. Nous n’avons pas d’Obama, hélas, pour nous guider, nous galvaniser : marchons devant, et tentons de réveiller chez nos politiciens, le goût d’une Politique au sens noble du terme. A défaut ? Changeons-en !

Des idées concrètes pour réembrayer la démocratie? Discutons-en sur le "Think tank" (laboratoire d'idées): http://dac.blogs.lalibre.be/

Commentaires

Cette synthèse devrait convenir à ceux qui se sentent impliqués.
Je retourne donc sur http://dac.blogs.lalibre.be.
Mais ne faudrait-il pas un G.O. (gentil organisateur) pour éviter la cacophonie.
Des propositions, il y en a plusieurs et pas idiotes. Mais chacun y va de sa partition sans même écouter celle de l'autre.
Il faudrait donc regrouper les talents, donner le même 'LA' que nous puissions accorder nos violons.
Non détrompez-vous, je ne cherche pas un 'Herbert Von ...'

Yvan.

Écrit par : yvan | 26/04/2009

Pas moyen de vous envoyer un mail personnel ?
pierrefendregella@gmail.com

Écrit par : pierre fendregella | 26/04/2009

C'est dommage que ce texte d'analyse et d'intention n'ai pas eu vie plus tôt.

Au delà d'un 'clash' entre personnes, probablement aiguisé par une pression indicible et subite, il aurait largement rencontré mon approbation et rencontrera celle de beaucoup d'autres, je n'en doute pas.

Je ne peux que souhaiter, à tous, de continuer sur cette voie, en vous nourrisant non seulement des avis partagés, mais aussi des regards de sens critique. Le citoyen lambda est bien peu armé et préparé contre le métier et la pratique du discours politique.

Longue vie à Dac, au Bien Commun et aux personnes de bonne volonté et de bonne foi.

Dernier commentaire, à l'avenir chacun devrait (moi y compris) éviter de se cabrer sur des actes, des écrits ou des déclarations, en favorisant d'abord une démarche interrogative : Pourquoi ? Dans quel but ?

Ou mieux encore, interroger la ou les personnes concernées avant de disposer de tout préjugé ou pire, d'interpréter des 'impressions' comme une vérité unique mais parfois très injuste.

A titre personnel, je ne participerai pas (plus) à vos forums dont l'hôtesse est Pamina, mais je lui ai toujours reconnu et reconnaitrai encore la capacité remarquable de rédaction et de synthèse.

Décision non pas fondée sur un profond désaccord, mais tout simplement parce que les objectifs que j'ai choisit de suivre, accompagné par un certain nombre de citoyens, ne s'inscrit pas (plus) dans la voie proposée ici. Et de préciser que l'une, n'invalide pas l'autre, les objectifs étant simplement différents mais très complémentaires.

Cordialement et bon dimanche à toutes et tous, y compris à l'hôte de ces deux blogs.

Écrit par : olivier | 26/04/2009

Pamina: Que c'est beau, je boycotte le vin rouge pour l'Orval dés aujourd'hui

Écrit par : paturon | 26/04/2009

@Olivier
Bonne route, Olivier. On chemine parallèle, et je suppose qu'il y aura des carrefours. Je l'ai dit, je le répète, ce que tu fais à la façon dont tu le fais, est aussi nécessaire.
@salut Yvan, tu me manquais. Ton expérience est précieuse.
@tous:
je vais être très prise professionnellement les trois prochains jours. Si mardi je ne peux travailler concrètement à la lettre, mercredi je me tape 7h de train, donc ça devrait être possible à ce moment là. Si vos méninges et plumes convolent, que vous voulez travailler un brouillon, mettez les gaz. j'aimerais que la lettre soit très individualisée: ce sont des gens, des électeurs qui demandent des comptes
Est-ce que quelqu'un veut s'attacher à relever les adresses de partis (y compris les régionales), ainsi que les mails? si oui le signaler pour pas faire le job plusieurs fois
est-ce que quelqu'un a repéré un site présentant toutes les listes de toutes les circonscriptions, ou faut-il aller à la collecte morceau par morceau?
je travaille sur mac, mais je lis word, y compris .docx -le mieux, même si vous êtes sur version avancée, c'est de sauvegarder en .doc version 97-2004 pour une meilleure compatibilité. Plusieurs ont des problèmes avec .docx
Ciao tutto; et en avant.
@paturon: on va décliner la lettre, selon une de tes suggestions d'action :0)

Écrit par : pamina | 26/04/2009

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