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31/03/2009

Le choc des photos. Sans le poids des mots?

La dernière campagne de prévention contre les accidents sur les passages à niveau, m’interpelle. D’abord parce que le visuel est, sans mauvais jeu de mots, frappant. Mais surtout parce que nulle part je ne lis d’interrogation rapport à ces chiffres ahurissants. Dix fois moins de passages à niveau qu’en Allemagne, deux fois plus de morts. Pire encore: diminution de moitié du risque depuis 20 ans par suppression des points de passage, maintien du nombre des victimes.


La campagne de prévention rappelle que passer la barrière, c’est dangereux. Efficace? Le temps des spots télévisés, peut-être.  Et puis? Vous vous rappelez toutes les autres (celle contre le gsm au volant? Celle contre l’amour sans préservatif? Celle... euh.... j’ai oublié ;0))... Pourquoi les Allemand meurent-ils moins? Je vais donner une réponse qui d’emblée me ferait encore ranger parmis les nostalgiques du fascisme et de la marche au pas (ce que, j’espère, vous avez perçu entretemps que je ne suis pas?).

C’est une affaire de règle, et de loi. Quoi? Oserai-je, moi qui aime si souvent faire des pas de côté, vanter, après la méthode, ces deux mots austères? Oui. Je ne disserterai pas aujourd’hui sur Hobbes, Montesquieu ou Rousseau, qui justifient chacun à leur façon l’imposition d’un ordre au sein de la société. Je soulignerai simplement que vivre ensemble nécessite une organisation; l’organisation s’établit par l’énoncé de règles, et leur application; celles-ci ne font pas que brider ma liberté individuelle, elles me la garantissent, aussi, en délimitant un espace de libertés communes.

D’où viennent les bouchons (par exemple au pont de Fragnée, à Liège, haut lieu de l’incivisme automobile en cité ardente?) –du non respect des feux par quelques uns, ce qui entraine le foutoir pour tous; pour gagner une minute, un plus-malin-plus-important-plus-pressé que les autres s’engage à l’orange foncé... et bloque par conséquent les automobilistes qui passent légitimement au vert; ceux qui les suivent, trépignent et passent à leur tour à l’orange foncé, prenant exemple sur le malappris qui les a bloqué... en bloquant à leur tour ceux qui ont pour eux priorité de passage. Résultat: une métaphore de la société belge –l’inertie totale et l’exaspération.

Plutôt que de multiplier les campagnes expliquant pourquoi il n’est pas bien de transgresser la loi, ne pourrait-on commencer par le début, et expliquer, ou réexpliquer, que la règle et la loi sont de bien belles choses: elles sont la condition de notre vie ensemble, par l’aménagement d’une coexistence d’individus libres, mais aux libertés parfois contradictoire. Le train (enfin les voyageurs qu’il transporte) et l’automobiliste ont droit de circuler. Chacun au carrefour a droit de traverser. La barrière et le feu donnent cette liberté aux uns et aux autres, avec pour seule rançon un peu de patience, et de fair-play.

Bien sûr, cette apologie de la règle ne va pas sans tabler sur l’exemple: et celui qui la conçoit, ou la garantit, est d’autant plus lié par elle. Le catholicisme et en particulier Thomas d’Aquin sanctionne plus vigoureusement les puissants que les humbles, pour “raison de scandale”: leur exemple en effet entraîne une contagion malsaine des comportements délictueux. C’est pour ce motif me semble-t-il que nous avons à faire preuve d’exigence vis-à-vis de ceux là qui se pensent au-dessus des lois,  ou encouragent par leurs pratiques, ce fameux “estompement de la norme”, alibi de tous les dysfonctionnements –de la mort de Julie et Melissa aux crashes sur la voie ferrée.

La prévention? Je la crois innefficace, car en définitive, elle table sur la peur d’une conséquence individuelle, peur qui s’estompe avec les images d’une campagne axée sur l’émotionnel. Je pense que nous manque, et cruellement, une éducation citoyenne, s’adressant à notre esprit, notre intelligence, une éducation qui rappelle simplement que le respect de ma liberté passe par le respect de celle de l’autre, et que notre garantie mutuelle est la loi. Pour celui qui refuse de comprendre cette vérité élémentaire (parfois frustrante, certes), pour celui qui comprends mais refuse d’y adhérer, je pense que toutes les pubs de prévention du monde ne changeront pas son comportement. Mais en tant que citoyenne, alors, je demande que la loi prenne mesure pour se faire respecter. Cela s’appelle:  sanction. Je pense que la volonté positive de vivre ensemble, de construire un bien commun, peut  à terme rendre cette dernière facultative -un sens civique fait office alors de garde-fou. Par contre, cela n’est envisageable que par la “tolérance zéro” vis-à-vis de ceux qui, en se mettant au dessus des règles, s’affirment en définitive au dessus de la société... 

Je ne pense pas qu'il faille légiférer plus, mieux ou différemment. Je pense qu'il faut simplement appliquer les règles, pour le bien de tous. Et, aussi, nous apprendre à les aimer, peut-être: première façon de les respecter.

Commentaires

On lit une première fois.
On n'en croit pas ses yeux et on lit une seconde fois.
La liberté individuelle s'arrète où commence celle des autres.
C'est un raccourci rapide, mais qui se vérifie souvent.
La sanction : permettez-moi de m'interroger. Car, sans mettre de l'huile sur le feu, je constate que l'on s'évertue toujours à trouver des circonstances atténuantes aux auteurs et jamais aux victimes.
Vous avez dit business, yes business again.

Écrit par : Yvan | 31/03/2009

pas d'accord sur la sanction, Yvan?
seule solution à mon sens quand la prévention ne suffit pas à entendre raison. je contemple le long de la route qui me mène au boulot, la porcherie de déchets qui s'accumulent; et j'ai la chance de voir chaque année les routes du Québec, propres -mais balisées de panneaux avec un petit marteau de juge, et le coût de la "déogation": 350$... question de mentalité, ou d'action?

Écrit par : pamina | 31/03/2009

Estompement de la norme, tolérance, lois, sanctions, individualisme, prévention, tout le cocktail y est, mais les exemples 'd'en Haut' ne sont pas légion non plus. Faites ce que je dis, pas ce que je fais, en politique c'est souvent une constante presque normative.

Peut-être revoir à la baisse le libre-arbitre, cette petite voix qui nous rappelle qu'on dépasse parfois la 'limite des bornes...'

:-)

Écrit par : olivier | 31/03/2009

pamina , je suis 100% d'accord avec votre vision..oui nous sommes !!! inciviques,égoïstes,resquilleurs , irrespectueux la plupart du temps...je me surprends souvent en indélicatesse avec certaines règles et que je dépasse les bornes des limites...il me manque sûrement une sanction pour peut-être corriger certains dérapages

Écrit par : jacques legrand | 31/03/2009

Houla ! Jacques, un petit côté masochiste sommeille en vous ?

;-)))))


Je taquine bien sûr !

Bonsoir à toutes et tous, je zappe pour aujourd'hui, Defeyt m'a donné mal au crane lol

Écrit par : olivier | 31/03/2009

Il y a un truc qui m'a toujours stupéfié dans ce royaume surréaliste : la plétore de lois votées (il y en a tellement qu'elles en deviennent contradictoires) et, stupéfaction, leur non-application. Explication, qui laisse totalement pantois : les "arrêtés d'exécutions" n'ont pas été définis/décidés/votés/etc. Ahurissant : la loi existe mais elle n'est pas appliquée !!! Faut tout de même vivre chez nous pour voir ça, non ?

Ca, c'était mon premier point. Mon deuxième concerne l'éducation : sans prôner, et de loin, le retour de l'époque victorienne, il me semble qu'il y a un minimum syndical à respecter, et il ne l'est plus aujourd'hui. La démission parentale est un sujet de débat à part entière et a dû probablement faire l'objet de thèses de doctorats intéressantes... Celle du milieu scolaire aussi. Le résultat est une catastrophe profonde au sein de notre société. Ce qui me fout la trouille est que ce fait évident n'est cité par aucun de nos politiciens. En fait, ils s'en foutent.

C'est ainsi qu'on passe des passages à niveau fermés. Mais finalement, dans ce cas, il n'y a que le responsable qui encaisse de sa vie, généralement...

Christian

Écrit par : Christian Coppe | 01/04/2009

la fille d'une collègue est institutrice MATERNELLE, et elle vit des situations qui lui font PEUR. Y'a un problème, peut-être? (pas chez la fille de ma collègue, chez les parents et les enfants...). Le boxon, il ne commence pas en secondaire, hein... j'ai vu un gosse de 4 ans exploser une porte vitrée parce que l'institutrice l'obligeait à aller jouer dans la cour de récré..... vrai de vrai, et le fait date d'il y a 12 ans déjà!

Écrit par : pamina | 01/04/2009

Bonjour à tous.

Je me suis mal exprimé Pamina, Je suis pour la sanction car il ne peut y avoir de règles sans sanctions associées . Ce que j'ai voulu exprimé c'est que la sanction est rarement appliquée dans son entièreté, voir pas du tout. Nous connaissons des exemples dans le secteur, business, de la Justice.
L'exemple que tu donnes des déchets le long des routes est frappant. Le long des chemins de remembrement dans ma région, il y a une cannette tous les 50 mètres, quand ce n'est pas, une fois 7 téléviseurs, une fois un salon complet ... Il faut aussi savoir qu'il y a un parc à déchets à 3Kms à l'est, à l'ouest et au sud (pas encore au nord).
Dans l'école d'enseignement spécialisé,de mon épouse, le professeur de maçonnerie a été appelé chez le directeur parce qu'il était trop sévère avec les élèves. Quand on constate les déprédations dans les locaux, on ne peut que s'inquiéter du comportement de certains adultes(le directeur).
En résumé, je suis à 100 % pour la discipline et les sanctions fermes.
La dernière au JT hier soir : " c'est malheureux qu'un 'évadé d'IPPJ' ne retrouve pas place, sa chambre, et ses petites habitudes sans doute, après son escape ." C'est l'histoire de l'enfant prodigue sans doute?
Sur ce, bonne journée.

PS : La pub prévention sur les accidents avec le rail ; très délicat et réfléchi vis-à-vis des parents du jeune qui s'est fait faucher. Accident en gare de Waremme il y a 5 ans.
Il y en a d'autres qu'il faudrait frapper.

Écrit par : Yvan | 01/04/2009

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