Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

06/03/2009

Quand Suez dit "non"...

Alors, c'est "niet", Suez ne payera pas ses 500 millions de taxes et veut rencontrer le gouvernement pour le lui faire savoir. En attendant, elle s'épanche auprès de la presse. Quelquefois que celle-ci lui concilierait les citoyens, entre-temps convaincus par la campagne "forum nucléaire" que le gouvernement leur a indirectement infligé, en finançant celle-ci de leur poche.


Un peu d’info, pour comprendre les enjeux. Initialement, les centrales nucléaires étaient supposées avoir une durée de vie de 30 ans. Les deux premiers réacteurs de Doel et le premier de Tihange datent de 1975. En 82 et 87, deux réacteurs supplémentaires ont été ajouté sur chacun des sites, portant le nombre total à 7, et faisant de la Belgique, en rapport avec sa superficie et le nombre de citoyens, un des pays les plus nucléarisés au monde. Un délai d’amortissement comptable de 20 ans leur avait été attribué, ce qui signifie que pendant deux décennies, les clients ont financé ces centrales au coût exorbitant par le biais de tarifs de l’électricité parmi les plus élevés d’Europe. Au bout de 30 ans, une provision suffisante pour démanteler les réacteurs était supposée avoir été accumulée (20 ans de capitalisation — 10 ans supplémentaires de croissance des intérêts). Mais en réalité, aucune durée de vie maximale n’était mentionnée explicitement dans les autorisations officielles. Raison invoquée par Electrabel: l’absence de limites techniques à la durée de vie d’un réacteur bien entretenu au vu de la possibilité théorique d’en remplacer tous les éléments. Au début des années 2000 la majorité arc-en-ciel s’est accordée sur la fixation de la durée de vie des réacteurs à quarante ans. Ce laps de temps est très long (et par conséquent particulièrement rentable pour Electrabel-Suez) lorsque l’on sait qu’au niveau mondial, la durée de vie moyenne des réacteurs tourne aux alentours des 21 ans et que certains réacteurs plus anciens ont été démantelés parce que leur entretien était trop onéreux. On ne bénéficie donc que de peu, voire d’aucune expérience concernant les grands réacteurs commerciaux dont la durée de fonctionnement s’approche des 40 ans… C’est le citoyen en définitive qui assume le risque. Consciemment ? En 2003, le gouvernement a décidé la sortie du nucléaire. Notons qu’entretemps les Belges continuaient (et continuent) à payer leur électricité 10% plus chers que leur voisins, en moyenne.

Donc, la taxe imposée à Electrabel-Suez concerne les surplus de bénéfices engrangés par la pérennité des réacteurs (10 ans de plus que prévus), alors que ceux-ci ont été amortis les 20 premières années. Les tarifs n’ont pas baissés, que du contraire, et de surcroît, pour s’assurer d’autres délais voire la suppression du décret marquant la fin du nucléaire, Suez lance des campagnes publicitaires sous forme de pseudo-forum informatif. Cette campagne de promotion, ou faut-il dire de manipulation,  coûte 2 millions d’euros et est orchestrée et financée par un collectif de producteurs d’énergie et, c’est là le comble, par des organismes publics dont Synatom (fonds de réserve pour le démantèlement des centrales !), le CEN (Centre de recherche pour la gestion des risques), Belgoprocess (filiale de l’Ondraf chargée de la gestion des déchets), ou encore l’IRE (Institut produisant des isotopes), bref des organismes censés gérer les dangers du nucléaire ou œuvrer à l’utilisation sécurisée des matériaux nucléaires au bénéfice de la santé ( !).


Donc, résumons :

Pendant 30 ans, j’ai surpayé mon électricité, et je continue à payer les tarifs les plus élevés d’Europe. La compagnie a engrangé des profits importants, et tente de faire pression sur le public (la vache à lait) pour obtenir une nouvelle rallonge pour ne pas appliquer la loi de 2003. On la comprend, ça rapporte un max, les centrales étant amorties depuis  plus d’une décennie ; si on postpose le démantèlement, la provision constituée à cet effet devient pur bénéfice. Donc, il s’agit de convaincre le public de la nécessité de continuer à payer l’électricité très rentablement produite par des centrales obsolètes. Là où le coup est de maître, c’est que l’Etat aide Electrabel à nous convaincre que le décret est néfaste (en utilisant l’argent public pour financer la campagne forum nucléaire) ; et que c’est en définitive à l’Etat (donc aux citoyens), qu’Electrabel refuse de payer la taxe sur les profits engrangés…

On nous prend pour des vaches-à-lait, ou des veaux ? Et rassurez-moi, c’est juste le pdg d’une multinationale, ou le gouvernement, aussi, qui tente de « m’emballer » ? Parce que Reynders, rappelons-le, dénonce les positions d'"ayatollah" du parti Ecolo, très ferme en ce dossier. Est-ce à dire qu'une multinationale n'est pas tenue de payer ses impôts, ni de respecter la loi, comme on me 'impose à moi, citoyenne? 

Les commentaires sont fermés.