Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

04/03/2009

De l'art de contourner les règlements

Le "coaching" de cadres au forem interpelle à plus d'un titre. La volonté affichée de dépolitiser l'administration a-t-elle purement et simplement contribué à de nouvelles et coûteuses dérives? Ce pays est-il définitivement devenu celui du contournement et détournement de la règle? La presse a à assumer un rôle important dans le démasquage de pratiques qui tablent sur le détachement des citoyens, par rapport à la gestion de la chose publique. Elle doit alerter l'opinion, alimenter son éveil par une interrogation constante et vigilante mais au delà du sensationnalisme, traduire des faits d'actualité en questionnement de fond.


Le Forem : un mot qui évoque la faillite de la Wallonie, les pertes d’emplois, le chômage, le défaut de réinsertion, l’inadéquation au marché du travail, et le profitariat dénoncé par Rudy Aernoudt. Le Forem, un mot qui devrait sonner comme issue, espoir, efficacité. La crise va lui donner un alibi, en jetant sur son seuil des milliers de travailleurs licenciés. Ça permettra d’oublier peut-être que pendant des années, des entreprises ou indépendants ont cherché maçons, plafonneurs, boulangers, bouchers, plombiers… et ont été les recruter au sud ou à l’est, gonflant à la fois les chiffres du chômage et ceux de l’immigration. Pendant ce temps, l’administration du Forem administrait, et l'on apprend aujourd'hui que pendant que les fonctionnaires de base triment et sont débordés, quelques élus (PS) se préparent aux frais du contribuable à s’accrocher aux postes désormais soumis à un « recrutement transparent et équitable».
Transparent, parce qu’il est normal que le public sache qui il paye pour son service. Equitable, parce qu’a priori n’importe quel citoyen peut postuler et, s’il est compétent, mettre sa compétence au service du public. Et que le public, vous, moi, nous les citoyens, avons intérêt à choisir les personnes les plus aptes, les plus qualifiées. D’où les nouvelles procédures de recrutement, censées être surveillées par le Selor au niveau fédéral, et on ne sait par quels organismes satellites au niveau de la communauté française. Pour rappel, la nomination des délégués de la communauté française à l’étranger (les « diplomates » wallons ») vient elle aussi d’être suspendue pour irrégularité.

Dans le cas évoqué aujourd'hui, on découvre que le Forem consacre 20,000€ par an au « coaching » de ses dirigeants en place, pour les préparer à l’examen du Selor, qui entérinera leur nomination. Ce n’est qu’une partie de l’argent consacré à la formation au sein du Forem: 966 000 euros ont été dépensé à ce titre en 2006, 910 000 en 2007 et 777 000 en 2008. Quant aux sommes dédiées à des formations à l’étranger, elles s’élèvent pour les prestations à 162 000 euros en 2006, autant en 2007 et 239 000 euros en 2008; auxquels s’ajoutent les frais de transport, logement et restauration - ce qui porte l’addition internationale à 400 000 euros rien qu’en 2008 ( !). Je serai curieuse, en tant que citoyenne contribuable, de connaître l’affectation précise de ces sommes : à quoi, et à qui elles servent. Et quelles sont les retombées efficaces, en terme de résorption du chômage en Belgique. Car c’est là, je pense, le but prioritaire du Forem ?

En ce qui concerne le « coaching », il s’agit donc d’une préparation non à une fonction, mais à un examen qui permet d’accéder à une fonction. Monsieur Marcourt explique que cela se fait dans le privé, aussi. Vraiment ? Vous postulez chez ING, et avant votre entretien d’embauche vous facturez à votre futur éventuel employeur les frais que vous coûtent par exemple votre remise à niveau en langue, ou votre cours particulier en « management » ? L’employeur en bénéficiera, dit Monsieur Marcourt. C’est donc que l’employeur est sûr du résultat de l’examen « transparent et équitablet » qui va être passé ? Comment peut-il en être sûr ? En pipant les dés ? –Dans ce cas, pourquoi faire les frais d’une formation ?

Monsieur Marcourt, votre comparaison avec le privé est déplacée, car ce que vous gérez, ce sont des fonds publics. A savoir, l’argent de MES contributions. En tant que citoyenne, je suis absolument scandalisée que mon argent serve à la politisation de l’administration, au contournement et au détournement des règles qui visent un bon fonctionnement de l’Etat et des services publics. Suis-je seule à m’insurger ?

Quand, en tant que citoyens, allons-nous demander des comptes, et j'entends non seulement par là des explications, mais des réparations? 

 

Commentaires

Compte rendu édifiant à propos des pratiques politiciennes...

Malheureusement, ces pratiques ne sont pas l'apanage du seul PS... même si le pouvoir absolu en wallonie est PS...
Les mêmes dérives ont été dénoncées en Flandre à propos de l'Etat CVP (opposé à l'Etat PS).

In fine le problème me parait surtout relever un état d'esprit !!!

NB j'aimerais connaitre vos sources.

PP

Écrit par : PourquoiPas | 04/03/2009

La Libre et Le Soir (qui donne les chiffres), ...et mon expérience personnelle de "dysfonctionnements" administratifs. Oui, ces pratiques sont généralisées. je ne vois qu'une solution: vigilance de la presse, vigilance des citoyens. Nous avons le droit qu'on nous rende compte de l'utilisation de notre argent. Il est temps de rappeler aux politiciens qu'ils sont d'abord nos employés.

Écrit par : pamina | 04/03/2009

Les commentaires sont fermés.